Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu devisant et filant,
Direz, chantant mes vers et vous émerveillant:
Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.
Lors vous n'aurez servante oyant[17] telle nouvelle,
Desjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Bénissant vostre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantosme sans os
Par les ombres myrteux je prendray mon repos:
Vous serez au fouyer une vieille accroupie.
Regrettant mon amour et vostre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain,
Cueillez des aujourd'hui les rosés de la vie.
Ronsard.
[Footnote 17: "Oyant," entendant.]
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Philosophes resveurs, discourez hautement,
Sans bouger de la terre allez au firmament,
Faites que tout le ciel branle à votre cadence
Et pesez vos discours mesme dans sa balance;
Cognoissez les humeurs qu'il verse dessus nous,
Ce qui se fait dessus, ce qui se fait dessous,
Portez une lanterne aux cachots de nature,
Sçachez qui donne aux fleurs ceste aimable peinture;
Quelle main sur la terre en broye la couleur,
Leurs secrettes vertus, leurs degrés de chaleur;
Voyez germer à l'oeil les semences du monde,
Allez mettre couver les poissons dedans l'onde,
Deschiffrez les secrets de nature et des cieux:
Vostre raison vous trompe aussi bien que vos yeux.