I.

À l'époque où la France prit rang par sa littérature, la plupart des

autres pays avaient déjà la leur.

L'Italie possédait le Dante, l'Espagne Cervantes, l'Angleterre

Shakspeare.

La France était restée en arrière. Il y avait eu dans ce pays de plus

fréquentes périodes de guerres qu'ailleurs; le travail de fusion entre

les éléments qui constituent la nationalité avait demandé du temps, et

le latin y avait été tenu en honneur comme langue savante: tout cela

retarda l'évolution de l'idiome populaire, et il ne peut y avoir de

littérature que le jour où il y a une langue formée et fixée.

Pendant quelque temps il y eut même deux langues en France, l'une au

midi, LA LANGUE D'OC,[1] l'autre au nord, LA LANGUE D'OÏL.[2]

[Footnote 1: Langue d'oc, l'ancienne langue qui se

parlait au sud de la Loire, dont se servaient les

troubadours. Oc, du latin hoc, veut dire oui.]

[Footnote 2: Langue d'oïl (ou langue d'oui),

l'ancien français du nord, la langue des trouvères.

Oïl vient du latin hoc illud.]

La langue d'oc fleurit la première. Au 13e siècle elle possédait une

littérature brillante, la littérature provençale. Les troubadours en

étaient les gracieux poètes; mais elle ne dura guère, elle périt dans

la croisade des Albigeois.

Le français du nord ou français wallon devint la langue nationale.

Elle acquit peu à peu ces qualités de clarté, de force, d'élégance et

de politesse, qui en firent la langue des cours et de la bonne

société. Quelques écrivains ont eu l'honneur d'associer en particulier

leurs noms à l'histoire de ses premiers progrès. Ce sont:

Au 13e siècle, Geoffroy de VILLEHARDOUIN et JOINVILLE; au 14e siècle,

Jehan FROISSART; et au 15e, Philippe de COMINES.

Littérature Française (Première Année) · 第 15 / 137 题