Mon hôte voulut m'accompagner une partie du chemin; nous fûmes en
pirogue jusqu'auprès du poste de Fayette. Presque toute la côte est
couverte jusque là de roches brisées et de mangliers. Près du
débarquement nous vîmes sur le sable des traces de tortue, ce qui nous
fit mettre pied à terre; mais nous ne trouvâmes que le nid. Nous
passâmes à gué l'anse aux Aigrettes, bras de mer assez large. J'étais
sur les épaules de mon noir; quand nous fûmes au milieu du trajet, la
mer qui montait pensa le renverser: il eut de l'eau jusqu'au cou, et je
fus bien mouillé. A quelque distance, nous en trouvâmes une autre,
appelée l'Anse aux Requins. J'y remarquai de larges plateaux de rochers,
percés d'un grand nombre de trous ronds, d'un pied de diamètre:
quelques-uns étaient de la profondeur de ma canne. Je présumai que
quelque lave de volcan, ayant coulé jadis sur une portion de forêt,
avait consumé les troncs des arbres, et conservé leur empreinte.
Du poste de Fayette à la rivière du Rempart, la prairie continue. Ce
quartier est encore bien cultivé: nous y dînâmes. Je passai la rivière;
ensuite je continuai seul ma route jusqu'au-delà de la rivière des
Citronniers. Le soleil baissait déjà à l'horizon, lorsque je rencontrai
un habitant qui m'engagea fort honnêtement à entrer chez lui; cet
honnête homme s'appelait le sieur Gole.