LE 4 SEPTEMBRE.

Je partis à cinq heures et demie du matin, résolu de faire un effort

pour arriver à la première habitation d'une seule traite.

A peu de distance, nous trouvâmes une petite rivière, et un peu plus

loin un ruisseau presque à sec. Après une heure de marche, toute cette

belle pelouse qui commence au morne Brabant finit, et l'on entre sur un

terrain couvert de rochers comme dans le reste de l'île. L'herbe,

cependant, en est plus verte; c'est un gramen à large feuille,

très-propre au pâturage.

Je passai à gué le bras de mer du Chalan, sur un banc de sable. Il est

mal figuré sur le plan. La mer entre profondément dans les terres par un

passage étroit, dont je pense qu'on pourrait faire un grand parc pour la

pêche, en le barrant de claires-voies.

Je trouvai sur sa rive gauche un ajoupa où je me reposai.

A une demi-lieue de là, le sentier se divise en deux; je pris celui de

la gauche, qui entre dans les bois; il me conduisit dans un grand chemin

frayé de chariots. La vue des ornières qui me désignaient le voisinage

de quelque maison considérable, me fit un grand plaisir: j'aimais encore

mieux voir des pas de cheval que des pas d'homme. Nous arrivâmes à une

habitation dont le maître était absent, ce qui nous fit revenir sur nos

pas, et suivre un sentier du bois qui nous mena chez un habitant appelé

M. Delaunay. Il était temps d'arriver; je ne pouvais plus me soutenir

sur mes jambes qui étaient très-enflées. Il me prêta un cheval pour me

rendre à deux lieues de là à l'habitation des prêtres.

Je passais successivement la rivière de la Chaux qui est fort encaissée,

et celle des Créoles. A trois quarts de lieue de cette dernière, je

traversai en pirogue une des anses du port du sud-est.

Les bords en sont couverts de mangliers. Tout ce paysage est fort

agréable; il est coupé de collines couvertes d'habitations. De temps en

temps on traverse des bouquets de bois remplis d'orangers. Il était six

heures du soir quand j'arrivai chez le frère directeur de l'habitation.

On me bassina les jambes d'eau de fleur de sureau, et je me reposai avec

grand plaisir.

Voyage à l'Ile-de-France (1/2) · 第 66 / 82 题