Un arbre qui tombe et tranche en deux la tête d’un homme, voilà un
accident qui n’arrive pas tous les jours. On en parla dans les journaux.
Les gens du village en furent fiers comme d’une gloire locale. Et leur
médecin acquit une juste notoriété par son explication scientifique du
phénomène.
Il démontra que le crâne de Pascal avait été fêlé en plusieurs endroits
dans sa jeunesse par des chutes, des coups de cailloux et de bouteilles.
Ces fêlures se suivaient sans solution de continuité autour de la tête
et la partageaient très également. Au choc de l’arbre, la partie du
sommet s’était détachée comme une calotte, avec une rectitude parfaite.
Quoiqu’on fût dans la période des accouchements et qu’il fût par
conséquent très absorbé, le médecin préparait sur ses observations une
communication qui devait causer de l’émoi à l’Académie de Médecine.
Ourtic le désapprouva, au début, de faire tant de bruit sur cette
affaire. Mais, bientôt, il dut reconnaître son erreur et voua une
admiration profonde au médecin. De toutes parts, des blessés, des
traumatiques, venaient consulter ce dernier. Grâce à la publicité
gratuite des journaux, il était connu dans toute la France. Il habitait
un beau pays avec l’eau du gave dans toutes les vallées. Il y restait
modestement. Il obtenait des malades si passionnés qu’ils ne pouvaient
croire, malgré ses dénégations, qu’il n’avait pas ressoudé un crâne
partagé et, en définitive, ressuscité un mort.
Ambrosine profitait de cette affluence d’étrangers pour monter un
cabaret dans sa ferme. Les jolies filles allaient y prendre l’apéritif
et ne quittaient plus le pays.
Omer était bouvier.
Ourtic admirait la transformation du village.
Maïténa choyait son fils.
Et Jeanty, sur les routes, chantait sa nuit miraculeuse.
Il n’oubliait plus, le soir, de laisser la porte de sa chambre
entr’ouverte. Il arrivait à des filles dévêtues d’y entrer pour se faire
raconter cette aventure. Mais, pour si nues et si blanches qu’elles
fussent, il n’y en eut jamais d’aussi pures que Maïténa.