LA GUERRE
DE LA SOMME AUX KARPATHES.
La bataille s'est poursuivie, toute la semaine, de la Somme à la Meuse,
avec des accalmies tantôt sur un point, tantôt sur l'autre, des avancées
ici, plus loin de légers reculs bientôt suivis de reprises de terrain.
Au total, nous progressons, et notamment au Nord-Ouest, où la lutte est
la plus ardente.
Au commencement de la bataille de l'Aisne, les fronts des deux armées
occupaient deux lignes parallèles entre elles, orientées suivant la
direction Soissons-Reims-Verdun. Actuellement, notre aile gauche, par
une avance régulière, a repoussé, vers le Nord-Est, l'aile droite
allemande.
Ainsi, dans cette véritable lutte de siège engagée depuis vingt jours
par nos soldats infatigables contre un ennemi solidement retranché; dans
cette bataille à propos de laquelle on a rappelé celle de
Moukden--qu'elle passe déjà, en longueur--nous avançons toujours.
Or, c'était une maxime d'un capitaine de chez eux, du grand Frédéric,
que «vaincre, c'est avancer».
Solidement appuyées sur le camp retranché d'Anvers, les troupes belges
harcèlent sans relâche l'ennemi et lui disputent énergiquement le
terrain qu'il occupe. Les Allemands ont tenté une diversion sur
Schooten, au Nord-Est d'Anvers; ils ont été repoussés avec des pertes
sérieuses. D'autre part, l'armée belge a remporté un gros avantage près
de Termonde. Enfin, elle a coupé sur plusieurs points le chemin de fer
de Liége à Hasselt, entre Tongres et Bilsen.
Les Allemands, prévoyant la nécessité de se replier de France, se
préparent à la résistance en territoire belge et y exécutent
d'importants travaux.
Nous devons mentionner ici plusieurs protestations qui nous arrivent de
Hollande, au sujet d'une carte publiée dans notre numéro du 8 août.
Cette carte, où étaient tracés les itinéraires de l'invasion allemande,
tendait à faire croire que les armées du kaiser avaient violé le
territoire néerlandais. La véhémence avec laquelle nos
correspondants--et même un communiqué officiel--s'indignent qu'on ait pu
supposer la Hollande assez complaisante pour avoir toléré le passage de
nos ennemis nous touche profondément. Ils nous affirment de toute leur
énergie que leur pays saurait défendre au besoin par les armes sa
neutralité, et nous le croyons. Nous espérons que la Hollande aura le
même souci de garder la neutralité commerciale et se fera scrupule
d'éviter sur ce terrain jusqu'au soupçon.
En Galicie, nos alliés russes ont obtenu d'importants avantages.
Maîtres de Jaroslav après une série de combats dont l'un, celui de
Sadava-Visznia, ne dura pas moins de sept jours, ils ont aussitôt
poursuivi leur marche en avant, enlevant d'abord Rzeszov, progressant
vers Cracovie et tendant évidemment à atteindre au plus vite la Silésie.
Ils ont pris Khyrof et poussé jusqu'à Przemysl, place très forte au Sud
de Jaroslav qu'ils ont investie. Les deux grandes voies ferrées qui la
relient au centre du pays, l'une vers Cracovie, l'autre par Lisko, sont
en leur possession. Sans doute, Lisko, sur le San, a été occupée à son
tour. Le _Messager de l'armée russe_ annonce qu'à la date du 28 la
Galicie est complètement purgée de forces ennemies, qui s'enfoncent dans
les Karpathes. Les Russes ont fait un butin de guerre considérable.
Enfin, Tarnovitz, en Silésie, est déjà occupé.
L'armée russe du Nord qui, sous le commandement du général Rennenkampf,
s'était avancée d'abord en Prusse orientale, obligeant l'Allemagne à y
remener une partie des forces qu'elle avait lancées contre nous, s'était
ensuite repliée, dans une retraite admirable, vers les régions de Kovno
et de Grodno. Elle a repris l'offensive. Elle a arrêté l'ennemi et le
poursuit actuellement dans la forêt d'Augustov, à la hauteur de Lyck.
Une autre armée cerne progressivement Koenigsberg.
L'activité des Serbes et des Monténégrins ne se ralentit pas non plus.
Des combats aussi longs et aussi vifs que ceux que nous livrons
nous-mêmes se sont déroulés sur le front
Mitrovitza-Lovnitza-Zvornik-Lioubovia. La dernière et la meilleure
nouvelle qui nous parvient de Serbie est que les alliés arrivent devant
Sarajevo et occupent le massif de la Romania, qui domine la capitale de
la Bosnie.
Sur mer, l'Angleterre a eu malheureusement à déplorer la perte des trois
croiseurs _Aboukir_, _Hogue_ et _Cressy_, coulés par des sous-marins
allemands dans la mer du Nord.
Dans l'Adriatique, la flotte franco-anglaise a occupé l'île de Lissa et
commencé le bombardement de Cattaro.
La cueillette des colonies allemandes se poursuit méthodiquement. Les
soldats et marins de l'Angleterre et de la France collaborent à
l'occupation du Cameroun; Douala, le port le plus important de cette
colonie, s'est rendu le 27. Nous avons repris la plus grande partie des
territoires du Congo que nous avions cédés en 1911. Des forces
britanniques ont occupé la Nouvelle-Guinée. Enfin, les Japonais viennent
d'écraser les Allemands à 10 kilomètres de Kiao-Tchéou.
[Illustration: L'INCENDIE DE LA CATHÉDRALE DE REIMS _Dessin de G.
Fraipont, d'après le croquis d'un témoin._]
[Illustration: Un contrefort et une verrière, éprouvés par le feu et par
le bombardement.]
[Illustration: La façade méridionale de Notre-Dame de Reims après
l'incendie. Les lignes pointillées indiquent les profils des toitures
détruites.]
[Illustration: _Phot. Neurdein._ Avant.] [Illustration: Après. _Phot.
Branger._]