[P]lebs timet ingenio superari parva potentum.
Jure cadit causa pauperis exigua.
Tousjours doubte petite gent
Des riches le superement
La cause du povre indigent
Souvent se pert en jugement
Les puissans ont l'entendement
Pour faire tout ce qu'il leur plaist
Mais on voit manifestement
Que tousjours ung povre desplaist
Est et ubique fides prisco spoliata calore.
Que tegitur sceleris actibus immineris
Oultre foy n'est plus en valeur
S'on la voit regner c'est a tart
Perdu a sa belle couleur
Et a prins habit de regnart
Le monde n'a plus de regart
Que a faire quelque tricherie
Qui de tromper ne congnoist l'art
Ce n'est que toute misserie
Nulla tamen fortuna obliviscere fatis
Dat mare sepe motus nulla pericula tamen
Mais touteffois nulle fortune
Ne peult les destinees changier
Bien souvent la mer se desrune
Qu'el ne porte point de dangier
Ceulx qui dessus mer vont nagier
Y voyent plusieurs mouvemens
Souvent changier et rechangier
Et si n'y a point de tourmens
Que promisisti fortune munera mande
Sed que promisi dona tamen capies.
Au plaisir de fortune mis
Soit ce dont m'as promesse faicte
Quant de ce que je t'ay promis
C'est une chose pure et nette
Qui sans faulte sera parfaicte
Vienne fortune ou infortune
Par quelque peine que g'y mette
Mais faulte n'y aura pas une
Convenit ut vadam nunc exorare puellam
Si placet ut veniat huc tibi sola loqui
Affin que la chose soit telle
Convenable est que je m'en voise
Prier celle doulce pucelle
Et la requerir qu'il luy plaise
Que sans faire ne bruit ne noise
Seule vienne avec toy parler
Affin que puisses a ton aise
La baiser bien et acoller
Si vos nostra simul solertia collocat ambos
Et locus affuerit te precor esse virum
S'el vient ainsi comme il me semble
Qu'elle viendra et que une fois
Par mon art soiés mis ensemble
Et lieu soit propre touteffois
Monstre luy ce que tu congnois
Tout realement et de fait
Monstre luy en dictz et en faiz
Que tu es ung homme parfait
Mens animusque manet inconstans semper amantum
Parva que forte dabit quod petis hora tibi.
D'amans le couraige et pensee
Tousjours inconstante demeure
Et de lieu en lieu reversee
Sans repoz ne quelque demoure
Et ne fault que une petite heure
Pour te donner ce que demendes
Mais il est force qu'on labeure
En telles choses qui sont grandes
Comme la vieille vient a gallathee pour la tempter la seconde fois et
fait son introite par admirations.
[O]ccultare nequit sua lumina maximus ignis
Occultare potest/ nec sua vota venus
Gallathee je te vien anoncer
Sans riens laisser
De ton amy nouvelles
Le tres grant feu qui brusle sans cesser
Ne peut mucer
Ne du tout absconser
Ou rabaisser
Ses ardans estincelles
Venus aussi la plus belle des belles
Damoiselles
Ne peut par quelque voye
Celler si fort son fait qu'on ne le voye
Omnis vestrarum venus rerum michi panditur ordo
Quarum mente memor vix teneo lachrymas.
Toute l'ordre de voz faiz
Je congnois cest une fois
Et ce que par plusieurs fois
J'ay veu retien en memoire
Et m'en souvient touteffois
Quant a par moy je congnois
De voz amours les effaiz
A peine que je ne ploure
Nam cognosco satis quod non sapienter amatis.
Res et ipsa sue nuncia stulticie
De souspirer
Et de plourer
Suis toute plaine
De veoir la peine
Que a tous deux je vous voy tirer
L'ung desirer
L'autre admirer
Son entreprinse souveraine
Vous aimez c'est chose certaine
De jour en jour amour vous lie
Mais vous n'aimez que par follie
Je voy et congnois clerement
Auz faiz plains de melencollie
Ou sagesse est toute abollie
Que vous n'aymez point saigement
Pallida furtivum facies manifestat amorem
Atque dolore gravi rabida facta cutis
Face palle est monstrative
Note magnifestative
Qu'il y a entre vous deux
Quelque peu d'amour furtive
La face est figurative
Du couraige aux amoureux
Apres palleur transitive
Vient une rougeur hastive
Ainsi que a homme paoureux
Une cuyrie motive
Qui contre la chair estrive
Et fait le cueur douloreux.
Pamphilus ille miser nimis est/ miser omnibus horis
Quam male duriciam comperit usque tuam
Pamphille le povre meschant
Est bien meschant a toutes heures
Qui cuide que pour luy tu pleures
A l'heure que leves ton chant
Autant en levant qu'en couchant
Il vit pour toy en maleureté
Quant il regarde la durté
Que contre luy tu veulx tenir
Las il ne sçait que devenir
Amours le point de toutes pars
De ses cruelz et mortelz dars
Et tu ne luy veulz subvenir
Nocte die que satis pueriliter ille laborat
Nam sibi nulla refert semina durus ager
Je voy que le povre pamphille
A toute heure soit jour soit nuyt
Travaille en labeur puerille
Car il n'en raporte nul fruit
Puis que ta grace de luy fuit
A laquelle du tout il pense
Et que le champ nulle semence
De fertilité ne raporte
Bien est meschant que tant il porte
De peine de travail aussi
Puis qu'il n'y a qui le conforte
Et le vueille prendre a mercy
Quis nisi mentis inops sua semina mandat harene
Cum mercede labor gratior esse solet
Le laboureur qui va semer
En la gravelle de la mer
Feves pois blé orge ou aveine
Se doibt il point bien fol nommer
Celuy aussi qui veult aimer
Sans estre aimé et pert sa peine
Or est ce une chose certaine
Que pamphille fait en ce point
Qui aime s'on ne l'aime point
Helas labeur semble si doulx
Quant on le salarie a point
Selon l'oppinion de tous
Hunc tua forma prius et postea lingua fefellit
Hiisque duobus eum vulnerat acer amor.
Ta grant beaulté premierement
Et puis ta langue doulcement
Parlante/ le navrent a mort
Par ces deux poins la seulement
Cruel amour hastivement
Le navre sans quelque support
Tousjours de plus fort en plus fort
Croist sa douleur et desconfort
Dont tu causes la griefve playe
Se ne luy veulx donner confort
Autant lui vauldroit estre mort
Car jamais au cueur n'aura joye
Ut promisisti sibi non medicina fuisti
Sepe sibi gravior affuit ipse dolor.
Une fois promis luy avoies
Que sa medecine seroies
Et touteffois tu n'en faiz rien
Par moy mesmes tu luy mandoies
Que tresparfaictement le aymoyes
Et que ton cueur estoit le sien
La belle tu ne faiz pas bien
Ton couraige n'est pas le mien
Car se ung si beau filz que pamphille
Estoit a moy comme il est tien
Pour son doulx et plaisant maintien
Je le choisiroie entre mille.
Nunc ope plagam caret dolor ejus semper abundat
Et licet ipsa taces te quoque flamma gravat
Sa playe a faulte de mire
Qui autre chose ne desire
C'est que tu luy donnes secours
Pour destaindre le feu d'amours
Autrement tu le veulx destruire
Tu l'aymes je l'ose bien dire
Mais crainte te fait escondire
Ce nonobstant en ce decours
Sa playe a faulte de mire
Qui autre chose ne desire
C'est que tu luy donnes secours
De jour en jour son mal empire
Et va tousjours de mal en pire
Et si te regrette tousjours
Il a fait pour toy mille tours
Ne vueilles donc plus contredire
Sa playe a faulte de mire
Qui autre chose ne desire
C'est que tu luy donnes secours
Pour destaindre le feu d'amours
Autrement tu le veulx destruire
Plaga malum sepe parit inconcessa necem que.
Nos quoque tectus amor sepe gravare solet
Tu te tais et amours te point
Mais playe qu'on ne monstre point
Souvent engendre mal et mort
Entens tu bien note ce point
Amours sont de ce contrepoint
Quant on les veult celler trop fort
Descoeuvre ton cueur hardiement
Et si me dy tout plainement
Se tu aymes pamphille ou non
Lequel t'ayme parfaictement
Helas tu vois certainement
Que c'est ung si gent compaignon
Ergo quid inde velis celeri circonspice mente
Et michi sint animi nuncia verba tui
Regarde que tu me diras
Et me desclaire ta pensee
Se tu ne es folle ou insensee
Ton vouloir me descouvriras
Par moy nul deshonneur n'auras
Pour chose qui soit confessee
Regarde que tu me diras
Et me desclare ta pensee
Pense que quant tu l'aymeras
Tu seras par tout avancee
Tu vois la chose commencee
Que se tu veulx tu parferas
Regarde que tu me diras
Et me desclare ta pensee
Se tu n'es folle ou incensee
Ton vouloir me descouvriras
Comme gallathee respont a la vieille indifferentement disant que amours
d'une part la contraint d'aymer pamphille et que honte de l'autre la
retarde.
Me premit igniferis venus improba sepius armis
Hunc michi vim faciens semper amare jubet
Venus par armes tresardantes
Igniferes et abrasantes
Souvent me foulle et admonneste
De me mettre au renc des amantes
Et me dit en chansons plaisantes
Qu'il n'y aura que chose honneste
Le tourment que j'ay en la teste
Par sa grande et cruelle force
Tousjours me contraint et efforce
D'aymer celuy qui me demande
Et reallement me commande
Par son commandement royal
Que je l'ayme puis qu'il me mande
Qu'il m'ayme tant de cueur loyal.
Me jubet pudor/ et metus esse pudicam
Hiis que econtra meum nescio consilium.
D'autre part je ne l'ose faire
Honte me commande au contraire
Et de l'accorder me retarde
Je ne sçay auquel doy complaire
Je ne sçay conseil ne affaire
En ces choses quant g'y regarde
Amour me meut/ honte me garde
L'ung me appelle l'autre me tient
Et ne sçay auquel appartient
Que obeissance doyve rendre
L'ung dit que je doy entreprendre
En amours ceste hardiesse
L'autre apres me le vient deffendre
Et commande que je le laisse
Comment la vieille respont a gallathee et lui dit que elle ne doit point
avoir crainte.
Sit timor ipse procul hic non est causa timoris
Hiis rebus nunquam proditor ullus erit
Rejette ceste crainte au loing
Pour cella ne te fault point faindre
En ce cas il n'y a besoing
Ne quelque matiere de craindre
Se venus t'a voulu attaindre
De son feu doulx et gratieux
Pour quoy le vouldrois tu destaindre
Par la crainte des envieux
Oultre plus le cas de vous deux
Sera secret celuy ne celle
Ne sera et eust il mil yeulx
Qui en saiche aucune nouvelle
Ut tuus existat hoc tantum pamphilus optat
Nititur omnis ad hoc cura daborque suus
Pamphille ne desire rien
En ce monde tant seullement
Fors que de ta grace il soit tien
C'est prie honnourablement
Tout son labeur entierement
A ceste fin tent et sa cure
Considere que largement
Des douleurs pour toy il endure
Mille modis acres habitus michi prodidit ignes
Cum michi flens sepe talia verba refert
Monstré m'a en mille manieres
Qu'il t'ayme souvereinement
Voire par amours singulieres
Qui luy donnent moult de tourment
Je l'ay congneu signantement
Qu'il soit vray amoureux de toy
Car tousjours en parlant a moy
Plouroit et faisoit ses regrets
En disant tousjours par expres
Qu'il ne aymoit au monde autre femme
Tu te dois de luy tirer pres
Car il te ayme bien sus mon ame
Et galathea meus dolor et medicina doloris
Hec dare sola potest vulnus opem que michi
Helas dit il gallathee est
Ma douleur et ma medecine
Bien me peut guarir s'il luy plaist
Par sa bonté doulce et benigne
Elle seulle est de guarir digne
Ma playe et me donner santé
Ma vie est a sa voulenté
Ma mort aussi entre ses mains
Tous les entendemens humains
Ne sçauroient par leur science
Rapaiser mes maulx inhumains
Si elle mesme ne me pense
Illius ad lachrymas pietas me flere coegit
Et tamen in tacito pectore leta fui
A voir les larmes de ses yeulx
J'ay eu le cueur trestant piteux
Qu'il m'est presque fondu en larmes
Car il avoit plus piteux termes
Que je vy onc a amoureux
De le voir ainsi doloreux
J'ay esté de plourer contrainte
Combien que fusse fort attainte
De joye dedans mon couraige
En le voyant aimer sans fainte
Autant que fist onc parsonnaige
Omnia cernebam fieri velut ipsa volebam
Ardentes sensi vos simul igne pari
Toutes choses je regardoie
Faire ainsi comme je vouloye
Pleurs souspirs et gemissemens
La grant amour consideroie
De qui emflambé le veoye
En ses grans et cruelz tourmens
Cent regretz mille pensemens
Tous signes de cueur amoureux
Lors jugoye que de vous deux
Seroit l'assemblee honnourable
Par amour pareille et semblable
Ainsi mon cueur s'esjouyssoit
Qui de trouver voye louable
Moyen utille et convenable
Ledere flamma solet precor ipsi parcite vobis
Vos que duos pariter jungere possit amor
De cecy parfaire pensoit
Je sçay bien que l'ung l'autre aymés
Voire d'une amour souveraine
Vous estes tous deux enflammés
Et amy l'ung l'autre clamés
C'est une chose bien certaine
Flamme d'amour blesse et fait peine
Et plus croist tant plus on la celle
Seullement la moindre estincelle
Abraseur le cueur d'amoureux
Ayés donc pitié de vous deux
Pardonnés vous et que amour vraye
Vous puisse joindre pour le mieulx
Ensemble ainsi que je vouldroie
Comme gallathee respont que elle ne desire autre chose mais qu'elle
n'ose et si ne peut trouver lieu secret pour parler a pamphille.
[Q]uod petis affecto nil est michi carius esset
Si meus annueret illud uterque parrens.
Tu demandes cella que je desire
Qui le moyen propre trouver sçauroit
Rien au monde plus chier ne me seroit
Ne que ayme tant cella ose bien dire
Quant mes parens ne vouldroient contredire
Et que chascun a ce s'accorderoit
Tu demendes cella que je desire
Qui le moyen propre trouver sçauroit
Mille choses il y a pour y nuyre
Que une seulle toutes rapaiseroit
Quant pamphille le moyen trouveroit
D'y accorder ceulx qui m'ont a conduire
Tu demandes cella que je desire
Qui le moyen propre trouver sçauroit
Rien au monde plus chier ne me seroit
Ne que ayme tant cella ose bien dire
Istud enim nostris fieri non convenit ausis.
Si bene vellemus non locus esset ad huc.
Tu congnois assez se tu veulx
Qu'il n'appartient point de noz deux
Par hardiesse follement
Traicter cestuy appointement
Qui nous pourroit estre honteux
Combien que soyons amoureux
Tant que plus nous ne pourrions
Encore quant le vouldrions
Si y a il de l'empeschement
Faulte de lieu premierement
Qui sus tout y est necessaire
Aviser ne puis bonnement
Comme cecy se puisse faire
Nam mecum modo custos michi semper habetur
Tota que me servat nocte dieque domus
Ma mere a toute heure me garde
Ou je vois donc je vien regarde
Matin ou soir soit bas soit hault
Tousjours suis en sa sauvegarde
Et souvent d'aller me retarde
Au lieu ou de force aller fault
Vella une grande raison
Oultre/ de toute la maison
Sont nuyt et jour fermés les huys
Dy doncques par quelle achoyson
A pamphille parler je puis
Comme la vieille monstre a gallathee comme furtivement elle peut parler
avecques pamphille et tiennent mode de dyallogue.
[I]ngeniosus amor portas et claustra relaxat
Vinxit quicquid obest ingeniosus amor.
Gallathee ne te excuse en ce cas
Tu scez que amour subtil ingenieux
Oeuvre portes/ huys de hault et de bas
Et ne treuve contraires ne debas
Quant le vouloir y est intentieux
C'est ung deduyt ung passetemps joyeux
Ung droit giblier qui le cueur resconforte
Quant en amours grandes peines on porte
Et qu'on s'en met souvent en grant dangier
Voire plus grant qu'on ne sçauroit songier
Quant on treuve sa voulenté parfaicte
Cella vault plus que boire et que menger
Ne que chose qui soit ou monde faicte.
Vanos pone metus pueriles corrige cures
Mecum dulcis amor te petit ut venias
Oste ces craintes qui sont vaines
Corrige cures puerilles
Car ilz ne te sont point utilles
Dommaigables sont et villaines
Tu voys demonstrances certaines
De doulce amour qui devant toy
Dit que t'en viennes avec moy
Pour congnoistre la grant doulceur
Qui est en amours doulce seur
Ne redoubte point vitupere
Avec moy es aussi asseur
Comme avecques ta propre mere