Le lendemain, vers minuit, les médecins étaient assis dans la chambre
impériale et chuchotaient entre eux, très inquiets, car la maladie de
l'empereur semblait grave. Ils ne pouvaient se dissimuler que chaque
fois qu'ils lui administraient une nouvelle drogue, il s'en trouvait
plus mal. Cette constatation les attristait, en leur enlevant tout
espoir. Le pauvre empereur émacié somnolait, les yeux fermés. Son page
favori chassait les mouches autour de son chevet et pleurait doucement.
Tout à coup le jeune homme entendit le léger froufrou d'une portière
qu'on écarte; il se retourna et aperçut le lord grand-maître du palais
qui passait la tête par la portière entrebâillée et lui faisait signe de
venir à lui. Vite le page accourut sur la pointe des pieds vers son cher
ami le grand-maître; ce dernier lui dit avec nervosité:
--Toi seul, mon enfant, peux le persuader. Oh! n'y manque pas. Prends
ceci, fais-le lui manger et il est sauvé.
--Sur ma tête, je le jure il le mangera.
C'étaient deux grosses tranches de melon d'eau, fraîches, succulentes
d'aspect.