SERMON VI.

VI. Néanmoins, messieurs, beuvez pour la pareille. Aussi bien peut-on

mentir en liberté de conscience, deux fois l'an: l'une en été, disant:

je n'ai pas soif: l'autre en hiver, disant: je n'ai pas froid. Mais

pourquoi est-ce que, quand on demande à boire, fusse à un laquais, on y

va courtoisement, de même qu'à requérir une garce de dormir avec elle

théologalement? Nous en sommes bien! Voilà de belles demandes, dit

Sapho! C'est parce que cela coule comme foutre de prêcheur. Achevez;

aussi bien cette fille a voué son pucelage à autre chair qu'à vie

consacrée; & nous dites la résolution de la caupeaude. Ha, vous en

souvenez vous? Hé, bel engin de dame! ainsi vous puisse-t-il croître de

jour en jour. Nous demeurâmes tous cois, & plus étonnés qu'un évêque

sans mitre. Elle nous ferma la bouche, & nous dit, il lui faudroit dire:

con sans cul, que fais-tu là? Epaminondas, qui venoit de racoûtrer ses

chausses, rentra à table à ces mots; & les ayant ouis, il dit: que

répondroit-il? Voire, voire, c'est bien parlé à moi; mais pourquoi

est-ce qu'un tel cas, puisqu'on le nomme ainsi, ne parle point, vu qu'il

a une langue!

ALBERT. C'est parce que le cul est auprès, qui lui dit paix.

EVIMQUARBRE. Quel sermon est-ceci? Vous ne parlez que du cul.

NOSTRADAMUS. Ce seroit belle chose de parler du cul; ce seroit un

langage excellent; il seroit plein de toutes sentences: & si cela étoit,

on parleroit comme on s'assiet; & si on écrivoit de même, vraiment on

verroit de belles orthographes de femmes, qui souvent écriroient du cul.

Cela me fait souvenir de ceux qui parlent du nez, s'ils écrivoient comme

ils parlent, ils écriroient du nez. Or, mon bel ami, sans cul on ne fait

rien. Savez-vous pas que c'est la base & le vrai milieu du corps, le

mignon de l'ame; d'autant que, s'il ne se porte bien, & que ses affaires

soient incommodées, elle s'en déplaît & s'enfuit par-là. Je parle pour

les doctes. Or donc, doctes, venez ici succer la moëlle de doctrine;

venez apprendre de beaux secrets, sans vous amuser à brider chevaux au

rebours, _id est_, leur mettant le mords au cul, tout ce qui se fait au

monde est pour exercer monsieur du cul, pour lequel boucher sans y

toucher, (grand miracle) il ne faut rien permettre entrer en la bouche.

Mais devant que j'acheve, je vous demande à vous, François & Anglois, à

qui le baiser est commun, lequel vous aimeriez mieux baiser une fille au

dernier noeud de l'échine ou à l'entonnoir du cul?

HYPOCRATE. A, ha, e, hé, l'entonnoir du cul est la bouche. Et de fait,

tout ce que l'on apprête de plus friand, n'est enfin que pour faire de

la merde entre les dents, & partant pour mettre en oeuvre maître cul,

_id est, frater culus_, frere cul, qui est le gouvernail de tout le

corps, & le mignon de l'ame. Je le vous prouve. Si le cul ne se porte

bien & ne fait bonne chere, que ces affaires ne soient en bon état,

l'ame en est incommodée, & le plus souvent sort par le dédain qu'elle en

a, & nommément quand les matieres sont par trop claires, & que l'ame s'y

laisse couler faute de glu. Le cul n'est-il pas le prince des membres,

puisque tous lui font service, & que ses dédains, ou ennuis, ou coleres

les affligent tous? Puis, c'est lui, à qui tous font honneur, le faisant

seoir le plus dignement & le premier: & de fait, il chemine en prélat,

après tous les autres membres, allant en procession.

FORBIN. Je ne m'étonne pas si vous en parlez tant, ayant été disciple

d'Esculape, qui voyoit le jour par le cul de sa femme.

DIOGENES LAERTIUS. Il y en a beaucoup qui voient le jour par le cul,

comme vous diriez les chaudronniers, & ceux & celles qui travaillent de

l'éguille, & les bons buveurs, qui voient le cul & le montrent aux

autres. Mais comment voyoit-il le jour par le cul de sa femme?

FROBEN. Sur ses vieux jours, ce bon preud'homme épousa une femme

Allemande. En allemand, une femme est appellée _frau_, c'est-à-dire,

tromperie. Voilà pourquoi les dames Allemandes aiment mieux les

François, que ces gros pifres d'Allemands, qui ne font que souffler &

les injurier. Le pauvre grand bon hommet, quelquefois ayant veillé après

ses études, & s'étant couché tard, s'endormoit: puis sur le matin, ainsi

que toutes les femmes, après avoir été approvisionnées, (je vous le

conte comme il me le racontoit) je voulois, disoit-il, à cause de ce bon

vin grec, étant tapis dans le lit, fomenter ma complexion. Alors ma

femme qui m'aime tant, qu'elle tire de son ventre pour me le donner,

étant confite en humeurs, ouvrant les yeux, elle ouvre le cul & laisse

aller une vesse ou une vesne épouventable, & qui, couvée entre les

replis de gras double, a une odeur de tous les mille diables. Adonc

sentant cette alenée postérieure, (femmes ont beaucoup de conduits,

évaporant des parfums de plus haute odeur que civette) moi qui crains

ces venues culieres, à cause de l'air mélancolique & coëde, qui, rendant

le cerveau rélant, cause l'épilepsie par un effet de corrosion punaise,

à quoi sont sujets les hommes du siecle qui sont mariés, (aussi pour

cette cause, moines & prêtres sont plus longuement sains, d'autant

qu'ils s'abstiennent de la fréquentation des femelles, joint que, s'ils

les hantoient, l'odeur leur feroit bander la cervelle.) Je dis; je (sans

plus faire de parenthèse) odorant ce spécifique exodin & abominable, je

jette le nez hors du lit, ouvrant les yeux, de peur d'y avoir enfermé

cette espece de vapeurs & corps momentaires, ne tombant que sous un

sens; je vois le jour tout clair, parquoi me résous à me relever: &

voilà un des bons usages de ce benoît cul.

STAT. C'étoit une vesniere que cette femme; & à cela je me souviens, lui

changeant de nom, de ces messieurs d'Angers, qui changerent leurs noms,

sur quoi un oyant qu'ils avoient mis _du_, _de_, ou _le_, &c. à leurs

noms, dit: j'ai nom Vanier; & me nommerai le Vesnier.

PUC. Mais vous ne dites pas de celui, qui voulut servir de secrétaire à

notre Prélat; & il avoit nom _Meusnier_. Monsieur voulut qu'il eût nom

_Mesnier_; parce que, dit-il, mon ami, quand vous viendriez après moi,

on diroit: _meusnier touche ton âne._

RABELAIS. Mais vraiment, pour mieux dire, cette femme étoit ou devoit

être une belle grande vesse, d'autant que chaque espece engendre sa

semblable.

STATIUS. Je ne sais pas qu'en dire; mais elle étoit fort haute à la

main, & possible aussi au nez. Ce fut elle qui me mit une fois en

colere. Vraiment, la porte en est bien étroite: joint que chacun sait

que je n'y entrai jamais, qu'alors qu'elle m'appella _beau vaisseau_, &

je l'appellai, _belle vesse_, elle. Lui faisois-je tort?

LICOFRON. Il faut avoir bien dur coeur, & encore en soupant, pour

supporter telles paroles, & tant ordes.

METRODORUS. O le délicat! tu es né entre la merde & le pissat; & tu en

veux conter! Mais à quoi est-ce qu'on connoît le bon coeur d'un homme?

C'est quand il mange la merde, d'autant qu'il faut avoir bon coeur pour

la manger. Après que vous avez bien senti les fleurs, vous entamez le

fruit.

LEON HEBREU. Quel fruit d'abomination! Cela me contamine. Je ne serai

net de trois fois sept jours. Je suis bien venu à l'heure de corruption;

& pource, je suis d'avis que l'arbre, la fleur & le fruit ayons en

abomination. O dà, je m'équivoque. Et qu'est-ce que je deviendrois? Je

suis fils du ventre d'une femme. Fruit du ventre, c'est merde. Je suis

donc merde. Ah! pargoi, bran & merde fine soit pour ce beau jaseur, qui

nous a appris à syllogiser; le Lucifer des ténebres le puisse sigilliser

& syllogiser en enfer!

PITAGORAS. Tu es tant savant en tes spéculations, que tu es fou.

Le moyen de parvenir, tome 2/3 · 第 18 / 49 题