VI.

Pendant ce temps, Melgunof avait fait tous les préparatifs pour exécuter

les ordres qu'on lui avait donnés. Voyant l'impossibilité de construire

un bâtiment sur l'Onéga, Melgunof résolut de confier l'équipement des

barques au commandant général du port d'Archangel, le major général

Wrangel, sans cependant lui découvrir à quoi elles étaient destinées. On

eut bientôt fait une barque de rivière, et au lieu d'un vaisseau neuf,

l'Impératrice permit de se servir, pour le transport de la famille de

Brunswick, d'une de ses frégates arrivant à Archangel, appelée _l'Étoile

polaire_. Le capitaine Stépanof fut choisi pour la commander; mais comme

il était dangereusement malade, Melgunof prit à sa place un officier non

moins fidèle et habile, l'ex-capitaine Michel Assenief, président du

tribunal civil d'Yaroslaf; il était d'autant plus propre à remplir cette

charge qu'il avait fait sur mer plusieurs campagnes, qu'il avait passé

quatre fois le cercle polaire et connaissait le lieu où l'on devait

envoyer la famille de Brunswick.

Les princes et les princesses avaient été élevés dans la religion

gréco-russe, et à cause de cela on leur donna toutes les choses

nécessaires pour établir une église à Gorsens; il y avait un curé et

deux chantres dont les appointements équivalaient à ceux des chapelains

des missions de Stockholm et de Copenhague. En même temps on adjoignit à

la famille de Brunswick un médecin avec un élève.

Pour l'entretien des princes et des princesses à Gorsens, l'Impératrice

leur assigna une pension à vie, savoir: à chaque frère et à chaque sœur,

3,000 roubles, et à tous ensemble 32,000 roubles par an, en comptant

d'après le cours d'alors, le rouble à 50 stivers d'Hollande. Outre cela

elle ordonna d'ajouter à cette somme tout ce qui serait nécessaire pour

les faire voyager d'une manière convenable.

Pour qu'ils fussent particulièrement surveillés pendant la traversée,

l'Impératrice ordonna au commandant de Schlusselbourg, le colonel

Ziegler, et à la veuve du bailli de Livonie, Lilienfeld, avec ses deux

filles, d'accompagner la famille de Brunswick jusqu'au lieu de sa

destination en Norwège, et de la remettre à celui qui serait muni d'un

plein pouvoir de la cour de Danemark.

Après cela il leur était permis de rentrer en Russie. On leur assigna

une somme suffisante pour aller et revenir.

Melgunof choisit parmi les gens de la famille de Brunswick trois

domestiques et quatre servantes; cinq de ces personnages étaient nés à

Cholmogory et avaient grandi avec les princes et les princesses. Les

deux autres furent choisis parmi les paysans. Ils étaient tous de bonne

conduite. De cette manière tout était arrangé et approuvé par

l'Impératrice; il ne restait plus qu'à trouver le moyen de ne pas

effaroucher les prisonniers en leur donnant l'ordre de partir.

La Russie en 1839, Volume IV · 第 27 / 38 题