Marie et ses parents, à Arbouët, allèrent occuper le logement du
receveur qui venait de partir. Il était plus clair et plus vaste que
celui de Roquette-Buisson, mais le jardin avait moins de mystère. Il n’y
avait pas de ces sombres recoins, si doux, que l’enfance chérit dans la
maison natale. Cependant Marie accepta le dépaysement, à cause de ce
qu’elle conservait dans son cœur touchant l’exil de la Vierge.
A Arbouët, papa disait que le bureau était bien plus chargé qu’à
Roquette-Buisson. Néanmoins, il pouvait souvent sortir à cinq heures,
et, quand les jours furent assez longs, on alla se promener et, parfois,
on emmenait Michel en lui donnant la main. Marie aimait tant son petit
frère! Il avait maintenant deux ans.
* * * * *
Un après-midi que l’écolière rentrait du pensionnat, son père lui dit:
--Marie, je vais t’annoncer une grande nouvelle, qui te rendra bien
heureuse. Tu sais que maman était couchée depuis hier, parce qu’elle
était un peu malade. A présent elle est guérie. Et il vous est arrivé
une petite sœur à toi et à Michel, et qui s’appellera Madeleine.
Oh! quelle émotion, quel transport de joie ce fut pour Marie. Papa la
conduisit dans la chambre de maman, après lui avoir recommandé:
--Il ne faut pas faire de bruit.
Alors, Marie avait marché doucement, doucement, sur la pointe des pieds,
pour obéir. Et, d’abord, elle regarda sa mère dans le grand lit. Et sa
mère la regardait aussi avec un immense amour. Et elles s’embrassèrent.
Et Marie souriait sans rien dire, un peu haletante. Puis elle cherchait
des yeux la petite sœur qu’elle ne voyait pas. Alors son père la
conduisit vers le berceau. Et elle s’avançait, de plus en plus lente.
Elle mettait sa main sur sa bouche pour retenir sa respiration. Enfin,
son père la souleva dans ses bras, après avoir écarté les rideaux, et il
la mit en face de la nouvelle née qui dormait, toute rouge et toute
chiffonnée. Et Marie aurait voulu crier son admiration, sa tendresse,
mais elle faisait silence, elle était comme en extase devant cette
merveille de Dieu qu’est une petite sœur.
Papa ramena les voiles de tulle, après avoir reposé sur le sol Marie qui
revint vers sa mère, qui ne bougeait pas mais qui souriait, et elle
appliqua sa joue contre la main pendante hors du lit, afin de se faire
caresser. Ensuite elle regarda, sur la commode, la Vierge. Et, elle la
vit comme toujours, immobile et fidèle, et laissa sur elle son cœur se
poser comme l’oiseau sur la branche, la remerciant de ce qu’elle lui eût
envoyé Madeleine.