A une casemate de la 1ère division où j'étais, et d'où l'on voit, à
l'oeil nu, distinctement, les maisons des nouveaux quartiers de
Port-Arthur, la caserne des cosaques, le cimetière, des arbres, de-ci de
là, des cheminées hérissant les toits, hier, des soldats japonais ont
apporté, sur leurs épaules, un caporal de chasseurs sibériens, un
déserteur venu se livrer à eux.
Il était gai, le misérable, on lui avait donné à boire, promis de
l'argent et il a fourni aux officiers des indications précieuses. Par
exemple, il a fait connaître aux Japonais dans quelles maisons de
Port-Arthur on fabriquait les cartouches et dans quelles autres maisons
il y avait des dépôts de munitions. Les Russes ont multiplié ces
ateliers et ces dépôts en différentes places, précisément pour éviter
les dangers et les conséquences d'une explosion qui eût été désastreuse
si l'on avait réuni tous ces établissements.
Or, il y avait tout près du cimetière un édifice que les Japonais
croyaient abandonné et sur lequel ils ne tiraient jamais.
Ils apprirent par le déserteur russe que cet édifice était un des dépôts
de munitions les mieux fournis de la place et à l'aide du périscope
relevèrent exactement sa situation.
Immédiatement, le téléphone fonctionna, transmit des ordres aux
batteries de la 1ère et de la 6e division, et quelques minutes après une
trombe de fer s'abattait sur le dépôt de munitions. Il croula comme un
château de cartes, pendant qu'une grande fumée blanche se dégageait des
débris. Des détonations suivies et formidables attestèrent qu'il y avait
encore à cette place des munitions d'artillerie.
J'ai vu le traître dans la casemate où on l'avait relégué. Quand il
m'aperçut, qu'il découvrit cet Européen parmi les Jaunes, il devint
stupide, terrifié. Et un officier japonais qui était là me dit: «A
présent nous fusillerions bien volontiers cette canaille.»
[Illustration: Le fort de Kekausan-Nord.]
[Illustration: Coupe en A-B de l'escarpe, du fossé et de la caponière du
fort de Kekausan-Nord.]
[Illustration: Plan de la caponière du fort de Kekausan-Nord et des
parallèles japonaises creusées pour l'attaque.]
[Illustration: Ce que les soldats japonais du 7e régiment (9e div.) ont
trouvé dans une tranchée prise aux Russes: une mitrailleuse Maxim, une
torpille marine (dont les Russes se sont souvent servis comme mines), un
tambour, etc. L'obus couché est un obus de 30 centimètres lancé par le
«Sevastopol», le 30 octobre, et qui n'a pas explosé.]
[Illustration sur deux pages: Hakaghinsan en haut. Plus bas les deux
forts de Kekausan et Kekausan S.-E.
Montagne d'Or. Sur la ligne noire inférieure, dans la fumée, sont les
forts: Kekausan Nord et Bandjusan.
Dans la fumée, les deux forts de Shojusan et Nirjusan (dits: forts
Erlongshan). Au-dessus, les trois forts de Itzushan et Autzushan I et
II, et la colline de 203 mètres.
Au loin: presqu'île de Laotishan.
Ce qu'on voyait tous les jours des positions japonaises, pendant le
bombardement de Port-Arthur.--Photographie prise de Hachimaki-Yama.]
[Illustration: Batterie des obusiers de 28 centimètres de la 1re
division. Cinquante obusiers de ce calibre (28cm.) bombardaient
Port-Arthur. C'est l'un de ces engins (appartenant à la 9° division)
qui, à 7,400 m. de distance, après 45 coups d'essai de pointage, incendia
et coula en cinq coups consécutifs le croiseur russe «Baya», réfugié
dans le port.]
[Illustration: Le dépôt des obus de 28 centimètres. Ce sont ces
projectiles qui ont détruit la flotte enfermée dans le port et ont causé
dans la ville et dans les casemates le plus de ravages.]
[Illustration: Le transport des obus du dépôt général aux batteries. Un
service de wagonnets sur rails avait été reconnu nécessaire pour le
déplacement de ces énormes projectiles.]
[Illustration: Un tube lance-fusées dans une tranchée avancée (1re
division). Les Japonais lançaient des fusées lumineuses sur les
positions russes pour découvrir les mouvements nocturnes des assiégés.]
[Illustration: Un chef de coolies chinois. Cinq mille coolies étaient
affectés à l'enlèvement des malades et des blessés autour de Port-Arthur
et ne suffisaient pas à la besogne.]
[Illustration: Une tranchée parallèle japonaise dirigée vers une
position russe du groupe des forts de Bandjusan.
Vue le 17 novembre des positions de Hachimaki-Yama.]
[Un vieux canon qui a coopéré à la chute de Port-Arthur, Des pièces de
ce modèle ancien avaient été placées en grand nombre sur toutes les
positions japonaises et utilisées au lancement de nouveaux obus de 7cm
1/2 à grande puissance explosive.]
[Illustration: Le lieutenant-colonel Terada (1er régiment d'inf.), qui a
enlevé la position de Hachimaki-Yama.
Lancés à l'assaut de cette forte position, le 1er et le 2e régiment
furent décimés; le général qui était à leur tête et le colonel du 1er
régiment furent tués. Le 2e régiment se replia. Le lieutenant-colonel
Terada, avec les débris du 1er régiment s'entêta et conquit la
position.]
[Soldats du 7e régiment portant des blessés aux ambulances.
Les coolies chinois ne vont pas aux postes avancés où pleuvent les obus
et les balles, achevant parfois les blessés et tuant les brancardiers.]
[Illustration: Le quartier du général Nogi.
Le commandant en chef des troupes de siège avait fixé son quartier
général dans le village de Tobo-Chan et lui-même s'était installé dans
une de ces modestes cases chinoises.]
[Illustration: Le quartier général de la 1ère division.
De ce campement, au pied de la colline de Takasaki-Yama, à l'extrême
droite de l'armée japonaise, on devine, tout à l'arrière-plan, la baie
des Pigeons.]
[Illustration: Une jeune Chinoise aux champs.
En dépit du duel d'artillerie incessant, les femmes de Mandchourie
travaillent dans les champs, se garant seulement, d'un geste instinctif,
au sifflement des obus.]