Mme LOUBET MÈRE

La mère du président de la République vient de mourir, emportée

rapidement par une congestion pulmonaire dont la gravité permettait peu

d'espoir, en raison surtout du grand âge de Mme Loubet:

quatre-vingt-douze ans. C'est à Marsanne, dans sa métairie, entre les

bras de ses deux petits-fils, MM. Paul Loubet et Barbier, de sa bru, Mme

Auguste Loubet, accourus à son chevet, qu'elle s'est éteinte, le 15

janvier.

Cette métairie, «la Terrasse», comme l'appellent les gens du pays, elle

ne l'avait jamais quittée. Longtemps, jusqu'à son veuvage, elle y

partagea les travaux de son mari, cultivateur aisé faisant valoir

lui-même; ses trois enfants, deux fils et une fille, y naquirent;

naguère, octogénaire extraordinairement valide et alerte, elle la

dirigeait encore.

[Illustration: La métairie de la Terrasse, à Marsanne, près Montélimar,

où est morte Mme Loubet.]

[Illustration: Mme Loubet, mère du président de la République.]

Il y a près de six ans déjà, lors de l'élection présidentielle du 18

février 1899, _l'Illustration_ a publié, dans ce cadre rustique si bien

adapté à sa physionomie, le portrait de la bonne «dame de campagne».

Telle elle était restée, fidèle à ses vieilles habitudes, offrant par la

simplicité de sa vie un exemple à souhait pour l'antithèse classique

chère au poète.

Certes, l'élévation de M. Emile Loubet au faîte du pouvoir ne la

trouvait pas indifférente; elle en éprouvait une légitime fierté. Mais

ce sentiment si naturel se voilait parfois, dit-on, de quelque regret,

de quelque mélancolie; son bon sourire s'effaçait à la pensée que «son

fils» là-bas, dans «ce Paris», parmi les honneurs, devait avoir bien du

tracas.

Le président, qui affectionnait beaucoup sa mère, allait la voir aussi

souvent que les obligations de sa charge lui en laissaient le loisir. Sa

dernière visite à Marsanne, toute récente, date du commencement de

janvier; une semaine s'était à peine écoulée depuis cette réunion

familiale du nouvel an, lorsqu'il lui a fallu retourner vers la maison

en deuil pour accomplir les suprêmes devoirs de la piété filiale.

E. F.

[Illustration: LES FUNÉRAILLES DE Mme LOUBET MÈRE.--Le cortège se

rendant de la maison mortuaire à l'église de Marsanne. _Photographie de

notre envoyé spécial_.]

[Illustration: La décoration prussienne "Pour le Mérite" décernée par

l'empereur Guillaume II aux généraux Stoessel et Nogi.]

L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905 · 第 8 / 27 题