Madame d’Oudart dit simplement à son fils:
--Mon enfant, j’ai à payer une grosse note... C’est celle de l’_Hôtel
Condé et de Bretagne_.
Alex rougit, puis pensa: «Aïe, aïe!... la scène!...» Et, plus
intimement, il était tenté de demander gentiment pardon à sa mère. Mais
il dit:
--Quel est le b... de mouchard qui a vendu la mèche?
Madame d’Oudart ne lui cacha rien. Il jura, piaffa, s’emporta, ne sut
retenir qu’il recevait lui-même de pareilles lettres, et il les montra à
sa mère. On s’indigna, on rit, on s’échauffa là-dessus, et l’intrigue et
le mystère vous captivent à ce point que l’aventure couvrit le deuil
des douze cent soixante-quatorze francs.
Madame d’Oudart, en fin de compte, ne prenait-elle pas, contre son fils
même, la défense de la petite «femme du monde» persécutée!
Ce ne fut qu’en dernier lieu qu’elle soupira:
--Ma malheureuse bourse, Alex!... il faut avoir pitié d’elle.
Alex, en s’endormant, jura de ne plus franchir le seuil de l’_Hôtel
Condé et de Bretagne_.--Et Raymonde?... Eh! tant pis pour Raymonde!...
Mais, le lendemain matin, il recevait une lettre de Raymonde. Et quelle
lettre! N’avait-elle pas été avertie que son amant la trompait, à
l’_Hôtel Condé et de Bretagne_, dans le propre nid de leurs amours? Elle
se lamentait au long de huit pages, renonçait à l’amour, à la vie. Elle
avait décidé de mourir. Elle conjurait Alex de la voir, une fois
«suprême», et ce soir, avant l’heure du dîner. Après, écrivait-elle, il
serait «_trop tard_»; et ce «trop tard», mystérieux, inquiétant, était
souligné trois fois!