--Je ne puis admettre comme vraie la conjecture du savant Missirini.

Bien qu'il n'y ait point de preuve certaine que le portrait de la

tribune de Florence soit celui de la Fornarine, il est permis néanmoins

de supposer que cette admirable peinture est l'oeuvre de Raphaël, et

qu'il a voulu représenter sa maîtresse bien-aimée. Pourquoi le portrait

qu'il avait envoyé à son ami Taddeo n'aurait-il pas passé entre les

mains des Médicis, comme tant d'autres chefs-d'oeuvre maintenant réunis,

soit dans la galerie degli Uffizi, soit au palais Pitti? N'est-il pas

plus vraisemblable d'admettre cette supposition que de décider sans

aucune preuve, ainsi que le fait le savant critique, que ce portrait a

dû périr ou être emporté loin de l'Italie? L'objection tirée de la

pelisse de fourrure qui couvre une partie des épaules de la Fornarine ne

me paraît pas mieux fondée. Pourquoi l'artiste, dans un caprice de son

art, n'aurait-il pas représenté son modèle avec l'ornement qui

caractérisait alors les femmes du plus haut rang, comme on le voit dans

le portrait de Jeanne d'Aragon qui est au Louvre? Quant à l'expression

du visage, elle nous paraît aussi belle que l'idéal permet de le

désirer. Sans doute ce n'est point une expression ardente et passionnée

comme on l'entend en France; mais, lorsqu'on connaît les physionomies

romaines, empreintes d'une sérénité, d'un calme qui rappelle les plus

belles figures antiques, on ne doit pas douter que le tableau de

Florence ne représente une Romaine dans tout l'éclat de cette beauté

particulière aux femmes de cette ville et principalement à celles du

quartier du Transtévère, patrie de la Fornarine. Si l'on ne peut voir

dans ce portrait la souplesse, la désinvolture de ses membres, cela,

lient uniquement à ce qu'elle est représentée à mi-corps, dans une

altitude posée. La comparaison établie entre cette merveilleuse peinture

et l'affreuse gravure à laquelle Bulifon a donné le nom de Victoria

Colonna, marquise de Pescaire, n'est pas heureuse; il suffit de jeter

les yeux sur la figure grosse, courte, épaisse, que cette gravure

représente, et sur celle de la Fornarine de Morghen, représentant le

tableau de Florence, pour se convaincre qu'il n'y a entre elles rien

absolument de semblable ou de ressemblant; et je ne comprends pas

comment Missirini, qui est un écrivain d'un goût sûr et d'une critique

éclairée, a pu fonder son raisonnement sur ce rapprochement. Les

amateurs pourront facilement décider la question _de visu_, car

Longhena, dans la traduction de la _Vie de Raphaël_ de M. Quatremère de

Quincy, en reproduisant la lettré de Missirini, a donné également la

reproduction de la gravure de Bulifon. (Voy. Longhena, p. 657, 660). Ce

Bulifon, que Missirini cite comme un homme très-versé dans les matières

d'art, et qui paraît avoir été plutôt un savant qu'un connaisseur, était

d'origine française. Il alla se fixer à Naples vers 1680, et s'y fit

libraire. Il y publia un assez grand nombre d'ouvrages dont la

_Biographie universelle_ donne une nomenclature incomplète, puisqu'elle

n'énonce pas les oeuvres de Victoria Colonna, qu'il fit imprimer et

qu'il dédia à la duchesse de Tagliacozzo, comme l'indique l'épigraphe

mise au bas du portrait de Victoria Colonna, cité par Missirini et

reproduit par Longhena. La gravure qu'il a donnée comme étant le

portrait de cette femme illustre, a été faite plus de cent quarante ans

après sa mort; le Bulifon ne parle point de son origine, et l'épaisseur

du visage, la vulgarité des traits et de l'expression sont en désaccord

complet avec la réputation de beauté que Victoria Colonna avait inspirée

a tous ses contemporains. Cette gravure ne prouve donc absolument rien.

On voyait exposé en 1851, au palais Doria, dans le Corso, à Rome, un

magnifique portrait en pied que l'on disait être celui de la marquise de

Pescaire, et que les artistes et les connaisseurs attribuaient

généralement à Sebastiano del Piombo ou à Michel-Ange. Ce portrait, que

j'ai longtemps et plusieurs fois admiré, n'offre aucune ressemblance,

soit avec la Fornarina de la tribune de Florence, soit avec la gravure

que Missirini a été chercher dans les publications faites par le

Bulifon.

S'il est permis de supposer que le fameux tableau de la tribune ne

représente pas la Fornarine, la tradition s'accorde au moins à signaler

son portrait, ainsi que le reconnaît le docte Missirini, dans trois des

principales compositions de Raphaël, dans l'Héliodore et le Parnasse des

fresques du Vatican; et dans le tableau de la Transfiguration.

J'ajouterai qu'elle se trouve également dans une autre oeuvre capitale

du grand maître, _lo Spasimo di Sicilia_, sous les traits d'une des

saintes femmes agenouillées à gauche de la Vierge, à l'angle du tableau,

sur le premier plan. Il est impossible de se méprendre ici sur les

traits de la Fornarine et sur son ajustement. C'est bien là son noble et

beau visage, aussi calme qu'expressif, et d'une régularité tenant à la

fois de la beauté grecque et romaine. Ses cheveux sont bien nattés et

attachés comme elle les porte dans la Transfiguration. Ses épaules nues,

accusant la forme particulière des épaules romaines, sont fortes et

remontent presque à la naissance du col. Enfin, ce qui me paraît un

trait caractéristique, c'est que dans le Spasimo, comme dans l'Héliodore

et dans la Transfiguration, Raphaël a toujours laissé voir le pied de la

Fornarine, en souvenir sans doute de sa rencontre au bord du Tibre.

Quant à la Clio du Parnasse, assise à droite d Apollon et tenant à la

main la trompette de la renommée, c'est bien encore la Fornarine, mais

poétisée, idéalisée et mise en apothéose à la hauteur des muses et des

déesses qui l'entourent.

* * * * *

II (voy. p. 83).

CLEOPATRA[795].

Marmore quisquis in hoc saevis admorsa colubris

Brachia, et aterna torpentia lumina nocte

Aspicis, invitam ne crede occumbere leto.

Victores vetuere diu me abrumpere vitam,

Regina ut veherer celebri captiva triumpho

Scilicet, et nuribus parerem serva latinis;

Illa ego progenies tot ducta ab origine regum,

Quam Pharii coluit gens fortunata Canopi,

Deliciis fovitque suis AEgyptia tellus,

Atque Oriens omnis divum dignatus honore est.

«Sed virtus, pulchraeque necis generosa cupido.»

Vicit vitae ignominiam, insidiasque tyranni.

Libertas nam parla nece est, nec vincula sensi,

[Note 795: Voy. à la suite des lettres de Balthasar Castiglione, t.

II, p. 328, les notes de l'abbé Serassi sur cette pièce de vers.]

Umbraque Tartareas descendi libera ad undas.

Quod licuisse mihi indignatus perfidus hostis,

Saeviliea insanis stimulis exarsit, et ira.

Namque triumphali invectus Capitolia curru

Insignes inter titulos, gentesque subaclas,

Extinctea infelix simulacrum duxit, et amens

Spectaclo explevit crudelia lumina inani.

Neu longeva vetustas facti famam aboleret,

Aut seris mea sors ignola nepolibus esset,

Effigiem excudi spiranti e marmore jussit,

Testari et casus falum miserabile nostri.

Quam deinde, ingenium artificis miratus Iulus,

Egregium, celebri visendara sede locavit

Signa inter veterum heroum, saxoque perennes

Supposait lacrymas, aegrea solatia mentis;

Optatae non ut deflerem gaudia mortis,

(Nam mihi nec lacrymas letali vipera morsu,

Excussit, nec mors ullum intulit ipsa timorem);

Sed caro ut cineri, et dilecti conjugis umbrea,

AEternas lacryraas, aeterni pignus amoris

Moesla darem, inferiasque inopes, et tristia dona.

Has etiam tamen, infensi rapuere Quirites.

At tu, magne Leo, divum genus, aurea sub quo

Saecula, et antiques redierunt laudis honores,

Si le praesidium miseris mortalibus ipse

Omnipotens pater aetherio demisit Olympo;

Et tua si immensae virtuli est aequa potestas,

Munificaque manu dispensas dona deorum,

Annue supplicibus votis; nec vana precari

Me sine. Parva peto; lacrymas, pater optime, redde.

Redde, ora, fletum, fletus mihi muneris instar,

Improba quando aliud nil jam Fortuna reliquit.

At Niobe ausa deos scelerata incessere lingua,

Induerit licet in durum praecordia marmor,

Flet tamen, assiduusque liquor de marmore manat.

Vila mihi dispar, vixi sine crimine, si non

(«Induerim licet in durum praecordia marmor»)

Crimen amare vocas. Fletus solamen amantum est.

Adde, quod afflictis nostrae jucunda voluptas

Sunt lacrymae, dulcesque invitant marmore somnos.

Et cum exusta sili Icarius canis arva perurit,

Huc potum veniunt volucres, circumque, supraque

Frondibus insultant; tenero tum gramine laeta

Terra viret, rutilantque suis poma aurea ramis;

Hic ubi odoratum surgens densa nemus umbra

Hesperidum dites truncos non invidet hortis.

* * * * *

III ET IV

SONNET VIII (voy. p. 138).

Quando il tempo, che'l ciel con gli anni gira,

Avrà distrutto questo fragile legno;

Com' or qualche marmoreo antico segno,

Roma, fra tue ruine ognuno ammira;

Verran quel, dove ancor vita non spira,

A contemplar l'espressa in bel disegno

Beltà divina dall'umano ingegno,

Ond'alcuno avrà invidia a chi or sospira.

Altri, a cui nota fia vostra sembianza,

E di mia mano insieme in altro loco

Vostro valore, e 'l mio martir dipinto,

Questo, è certo, diran, quel chiaro foco,

Ch'acceso da desio più che speranza,

Nel cor del Castiglion mai non fu estinto.

IX

Ecco la bella fronte, e'l dolce nodo,

Gli occhi, e i labbri formaii in paradiso,

E'l mento dolcemente in se diviso,

Per man d'amor composto in dolce modo.

O vivo mio bel sol, perché non odo

Le soavi parole, e'l dolce riso,

Siccome chiaro veggo il sacro viso,

Per cui sempre pur piango, e mai non godo?

E voi cari, beati, e dolci lumi,

Per far gli oscuri miei giorni più chiari,

Passato avete tanti monti e fiumi:

Or quì nel duro esiglio, in pianti amari

Sostenete, ch'ardendo io mi consumi,

Ver di me più che mai scarsi ed avari.

* * * * *

V

CANZONE III (voy. p. 139).

Manca il fior giovenil de'miei primi anni,

E dentro nel cor sento

Men grate voglie; nè più 'l volto fore

Spira, come solea, fiamma d'amore.

Fuggon più che saella in un momento

I giorni invidiosi; e 'l tempo avaro

Ogni cosa mortal ne porta seco.

Questo viver cadùco a noi sì caro,

È un ombra, un sogno breve, un fumo, un vento,

Un tempestoso mare, un carcer cieco:

Ond' io pensando meco,

Tra le tenebre oscure un lume chiaro

Scorgo della ragione, che mostra al core,

Come lo sforzin gli amorosi inganni

Gir procacciando sol tutti i suoi danni.

E parmi udire: O stolto, e pien d'obblio,

Dal pigro sonno omai

Destati, e di corregger t'apparecehia

Il folle error, che già teco s'invecchia.

Fors' è presso all'occaso, et'tu nol sai,

Il sol, ch'esser ti par sul mezzo giorno:

Onde più vaneggiar ti si disdice.

Penitenza, dolorj Tergogha, e scorno

Premio di tue fatiehe al fin àrai;

Pur ti struggi aspettando esser felice.

Svelli l'empia radiee

Di fallace speranza; e gli occhi intorno

Rivolgendo, ne'tuoi martir ti specchia?

E vedrai che null'altro è 'l tuo desio

Che odiar te stesso, e meno amare Iddio.

Dagli occhi tal ragion la benda oscura

Mi leva, ond'io por temo,

Veggendomi lontan fuor del cammino

A periglioso passo esser vicino:

Nè trovo il feco mitigato o scemo,

Che m'accese nel cor l' alma bellezza;

Tal ch'io non so come da morte aitarlo.

Pur s'in me resta dramma di fermezza

Spero ancor, beneh' i' sia presse all' estremo

Dall' incendie crudel vivo ritrarlo.

Ma, ahi lasso, mentre io parlo,

Sento da non so quai strania dolcezza

L'anima traita gir dietro al divino

Lucie de'duo begli occhi; onde ella fura

Tanto placer, ch' altro piacer non cura.

S'altri mi biasma, tu puoi dir: chi vuole

A forza navigar contrario all'onda

Con debil remo, giù scorre à seconda.

* * * * *

VI

_Synopsis_, _atque ordo antiquitatum romanarum illustriss et eruditiss

viri equitis_ CASSIANI A PUTEO _studio_, _ad impensis XXIII

voluminibus digestarum_. (Voy. p. 420).

RES DIVINAE

DII

Patrii vel peregrini, seu, ut Varro vocabat, certi vel incerti;

Majores; medioxumi, minores, sive ut Cicero.

Caelestes, indigetes et genii. Ut Lares, Fauni, Salyri, Nymphae,

Flumina. Virtutes, et urbes deorum habita consecratae.

Fabulosse deorum actiones.

Templa et arae, earumque formae et dedicatio; item obelisci,

donaria, vota et ornamenta.

_Sacrificia et ritus_:

Publici, victimee, pompae, ludi sacri eorumque appparatus.

Privati, nuptiarum, funerum, consecrationes, monumeta.

_Sacrorum ministri_:

Pontifices, Flamines, Augures, Haruspices, Vestales, Popae.

_Instrumenta sacrorum_:

Litui, acerrae, simpuli, vasa varia.

RES HUMANAE

PACIS.--

_Publicoe, serioe_:

Magistratus, eorumque vestitus, insignia, ornamenta,

lictores, fasces, sellae, etc. Judicia,

tribunalia, subsellia; manumissiones, pondera

et meusurae.

_Ludricoe, theatrales, seu scenicae_:

Theatra, scenae, apparatus scenicus, oscilla, mimi, instrumenta

musica, tibiae.

Amphitheatrales, gladiatoriae et venationes.

Circenses, seu curules. Currus,

aurigae, circi, metae.

Largitiones et munera.

_Privatoe_:

Vestes varice variorum et insignia; parles aedium, et

varia supellex hortensia, et rustica opificia et artes;

exercitia et ludi privati; balnea, accubitus et triclinium;

servi et ministeria.

BELLI.

Castra eorumque partes; personae, duces eorumque habitus,

insignia; tribuni, signiferi, eorumque aquilae; milites privati.

Classis naves earumque gernera et partes; item classiarii et remiges.

Arma, tela, scuta, machinae, fundae, glandes.

_Actiones militares_:

Commeatus, decursiones et ludi castrenses; alloculiones;

Munitiones, oppugnaliones; deditiones et captivi;

Victoria, triumphi, trophea, coronae, columnae,

arcus eorumque ornamenta.

FIN DE L'APPENDICE.

ACHEVÉ D'IMPRIMER

SUR LES PRESSES OFFSET DE L'IMPRIMERIE REDA S.A. A CHÊNE-BOURG (GENÈVE),

SUISSE

SEPTEMBRE 1973

Histoire des plus célèbres amateurs italiens et de leurs relations avec les artistes Tome IV · 第 35 / 35 段