CHAPITRE II.

_La rédaction primitive du deuxième livre. Date de sa

composition.--Classement des manuscrits._

Le deuxième livre des _Chroniques_ n’offre point, comme le premier,

plusieurs rédactions différentes; il n’en présente qu’une seule,

revisée plus tard et quelque peu remaniée dans certains manuscrits.

Cette rédaction, que j’appellerai _primitive_, et qui commence dans le

présent volume au § 83, remonte à une époque où, après des remaniements

successifs, l’auteur avait développé jusqu’en 1378 la fin de la

première rédaction de son premier livre, qu’il faisait finir avec le

§ 82. Le manuscrit de Besançon[6], dont le premier livre se termine

par les mots: «si comme vous orrés recorder avant en l’istoire»,

offre un exemple de cette coupure pour les deux premiers livres des

_Chroniques_[7]. Plus tard cette continuation fut admise dans la

première rédaction revisée du premier livre (représentée par le ms.

de la Bibl. nat. fr. 5006), dont le second livre commence à la prise

de la Roche-sur-Yon (t. VII, p. 163, § 631). Quand enfin Froissart

eut reculé le commencement du second livre à la place qu’il occupe

dans cette édition et remplacé à la nouvelle fin de son premier livre

la continuation par quelques chapitres ajoutés[8], cette continuation

forma tout naturellement la tête de la rédaction primitive du second

livre, qui, une fois revisée, devint la suite de la première rédaction

revisée du premier.

[6] Contrairement à l’opinion de M. S. Luce (t. I, p. XXVII)

j’estime que dans le ms. de Besançon la continuation appartient

non pas à la première rédaction proprement dite, mais à la

rédaction revisée: la parenté étroite des mss. _B 5_, _B 7_

du second livre et du ms. de Besançon est prouvée pour cette

partie du texte par un bourdon qui supprime près de deux pages

du présent volume (p. 70, l. 19, avoient... Lanclastre, p. 72,

l. 12).

[7] Cf. t. I, p. XXVII.

[8] Cf. t. I, p. XXVIII.

On a vu plus haut que la _Chronique de Flandre_ avait dû être écrite

très vraisemblablement en 1386. C’est à une année plus tard qu’il faut

reporter la date de la composition du deuxième livre des _Chroniques_.

Une allusion en effet au mariage de Jean, fils du duc de Berry, et de

Catherine de France, qui eut lieu le 5 août 1386 (t. IX, p. 47) montre

que la nouvelle œuvre de Froissart ne peut être antérieure à cette

date. D’autre part, l’auteur nous dit lui-même, dans son troisième

livre[9], qu’en 1388 il avait achevé la rédaction du livre précédent.

C’est donc en 1387, alors qu’il était sur les bords de la Loire

auprès de Gui de Blois, qu’il mit au jour la nouvelle partie de ses

_Chroniques_, où il fondit sa _Chronique de Flandre_.

[9] Buchon, t. II, p. 369; Kervyn, t. XI, p. 2-3.

Les manuscrits de la rédaction primitive du second livre sont peu

nombreux, 9 seulement, et se distinguent en trois familles par leur

fin. Ils ont tous même commencement: «Vous avés bien chi dessus oï

recorder comment li sires de Moucident se tourna françois».

Voici le tableau des mss. que je désigne par la lettre _A_:

Chroniques de J. Froissart, tome 09/13 · 第 10 / 137 题