L'ATTAQUE «A LA SAUER» ET LES DÉFAUTS DE CETTE MÉTHODE ALLEMANDE

Le mode d'attaque que les Allemands ont employé contre la place de Liége

est dû à un général allemand, le général von Sauer.

L'attaque à la Sauer n'est autre chose qu'une attaque brusquée.

L'assaillant étudie d'abord la place de son mieux au moyen de

reconnaissances qui viennent compléter les renseignements obtenus en

temps de paix, puis il refoule résolument le défenseur en arrière de

la ligne des forts. Pour cela, il commence par bombarder énergiquement,

avec son artillerie de campagne et les pièces du parc léger de siège,

les positions avancées installées en avant des forts; il opère autant

que possible partout à la fois de manière à laisser la défense dans

l'indécision, et, quand l'adversaire est ébranlé, il donne l'assaut avec

une extrême vigueur. Les troupes de la défense refoulées derrière les

forts, il installe la nuit ses pièces de siège à environ deux kilomètres

des ouvrages qu'il veut attaquer et il ouvre le feu le lendemain

matin avec ces pièces aidées par l'artillerie de campagne. Toute cette

artillerie inonde les forts et les batteries attenantes de shrapnels

et d'obus de façon à annihiler l'artillerie de la défense en tuant les

servants et décimant la garnison.

Dès que le feu de l'assiégé est éteint, on achève de refouler ses

troupes en arrière de la ligne des forts attaqués, on cherche à

traverser cette ligne et l'on s'efforce de prendre d'assaut un ou deux

de ces forts. On y parviendra, non pas en faisant brèche, ce qui serait

trop long, mais en profitant de ce que ces ouvrages sont réduits au

silence, pour les envahir au moyen d'échelles d'assaut ou de passerelles

de franchissement jetées en travers des fossés. On pousse ensuite droit

à l'enceinte principale, _si elle existe_, et l'on profite du désarroi

de la défense pour enlever le noyau central et prendre à revers les

autres ouvrages de la place.

En France on a toujours pensé que cette méthode, toute de _bluff_, ne

peut réussir que contre des ouvrages médiocres, mal préparés, occupés

par des troupes sans consistance que commande un gouverneur sans

énergie.

Les Allemands, au contraire, comptent depuis de longues années sur le

succès d'opérations de ce genre, et c'est pour les mener à bonne fin

qu'ils ont créé dès 1886 les groupes légers d'artillerie de siège

destinés à suivre les troupes de campagne et à enlever, presque au pas

de course, nos forts d'arrêts et nos places frontières. Ce qui les a

beaucoup encouragés dans cette voie, ce sont les succès inouïs remportés

par eux en 1870 dans l'attaque des places françaises. Ils ne se sont

pas rendu compte que ces succès ont été dus, presque exclusivement, à

l'incroyable faiblesse que montrèrent à cette époque, il faut bien le

reconnaître, les garnisons et les gouverneurs de la plupart des places

attaquées.

L'exemple du siège de Port-Arthur aurait dû leur ouvrir les yeux. Ils

n'ont pas voulu en tenir compte, parce qu'ils n'appréciaient pas les

troupes belges à leur valeur. Ils méprisaient trop leurs adversaires et

ne savaient pas où ils allaient.

Une locution populaire veut que quand on ne regarde pas devant soi on

risque de _tomber sur un bec de gaz_. Il semble bien qu'à Liège les

Allemands aient rencontré leur «bec de gaz», et la rencontre a été

plutôt rude.

Et cependant, à Liége, ils ont appliqué les théories de Sauer jusqu'au

bout: ils ont même pénétré jusque dans la ville qui était, bien à tort,

dépourvue d'enceinte. Mais ils ont été finalement repoussés avec des

pertes énormes, ainsi que cela se produira toujours quand l'attaque

aura affaire à une place solide, à une bonne garnison, à un gouverneur

expérimenté et énergique et à une population dont l'affolement ne

viendra pas contrecarrer les efforts de la défense.

L'Illustration, No. 3729, 15 Août 1914 · 第 13 / 25 题