N'ayant pas un livre à faire sur l'Égypte, je me hâte de vou

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LE TOUR DU MONDE

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE

Rue de Fleurus, 9, à Paris

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES

1860

DEUXIÈME SEMESTRE

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77

LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND

LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

1860

TABLE DES MATIÈRES.

UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments

de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à

Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de

Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --

Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --

Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti

(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.

-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de

Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --

Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --

Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --

Retour à Naples. 1

VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),

dessins inédits de M. Jules LAURENS.

Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le

Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du

roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du

Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --

Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --

Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses

scorpions. -- Une légende.. -- Les bazars. -- Le collége. -- De

Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --

Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --

La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.

-- Notre habitation. 16

Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à

Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux

pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le

laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.

-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de

politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les

chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:

drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui

cherche un trésor. 34

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE

(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les

_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --

Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --

Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.

-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une

sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --

Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --

Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --

Greytown. 49

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le

Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode

de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --

Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --

Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La

chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le

livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en

Norvège. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et

Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65

--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --

Retour à Christiania par Skien. 82

L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le

Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le

Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE

(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour

du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.

-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --

Djambo. -- Djeddah. 97

VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --

L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --

Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.

Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --

Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le

peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103

Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les

bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les

peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --

Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un

Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.

-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --

L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114

La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --

Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église

grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères

bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --

Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --

Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La

pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent

du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130

VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos

et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables

cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --

Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un

cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --

Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des

oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;

tortues de terre; leurs habitudes. 139

Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de

plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146

LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect

merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.

-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.

-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les

racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --

Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --

Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces

parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --

Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en

barrières et des barrières en attoles. 151

BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI

(1830-1839).

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les

poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon

premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma

mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --

Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --

Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse

qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --

Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --

La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --

Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --

Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à

Yakoutsk. 161

Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --

Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.

-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes

yakoutes. 177

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une

correspondance particulière (1860).

Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste

des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --

Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le

Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.

-- Culture et mines. 182

VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur

BARTH (1849-1855).

Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --

Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --

Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --

Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --

Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où

il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée

de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa

décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir

despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la

girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;

Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son

aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort

de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --

L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux

courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description

de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --

Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193

Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le

mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --

Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --

Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive

force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --

Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.

-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi

ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --

Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --

Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche

de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du

pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre

de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --

Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du

Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --

Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met

les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un

savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --

Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209

De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs

remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.

-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche

forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --

Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice

d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier

d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.

-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de

Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --

Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau

partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --

Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --

Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites

importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou

Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --

Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes

veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les

Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.

-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE

(1850-1852.--Inédit).

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ

pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La

solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --

Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.

-- Délivrance. 242

VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le

capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect

du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,

concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur

exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de

Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à

Amarapoura. 258

Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --

Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du

roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier

présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --

Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les

dames birmanes. 273

Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour

d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les

poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et

autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les

Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de

congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ

d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur

la Birmanie. 280

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine

BURTON (1857-1859).

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --

Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.

-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée

de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de

l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --

Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis

arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --

Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --

Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --

Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième

rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --

L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des

indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --

Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --

Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --

Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt

dangereuse. 305

Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --

Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.

-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --

Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --

Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des

Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.

-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --

Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la

Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --

Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --

Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --

Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --

Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.

-- Ravissements. -- Kaouélé. 321

Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --

Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du

lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,

hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --

Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de

pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.

-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des

Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337

FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.

Andrea DEBONO (1855) 348

VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.

-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.

-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le

Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier

pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la

Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de

l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une

plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.

-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La

population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de

l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369

Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La

forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de

Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col

de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village

des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des

habitants. 402

LISTE DES GRAVURES. 417

LISTE DES CARTES. 422

ERRATA. 427

[Illustration: Le marché aux grains.--Dessin de Karl Girardet

d'après un dessin de M. Guillaume Lejean.]

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN,

DANS L'AFRIQUE ORIENTALE[1].

1860.--TEXTE ET DESSINS INÉDITS.

[Note 1: Nous sommes obligé de nous contenter

de cette indication générale, l'itinéraire que

se propose de suivre M. Lejean ne nous étant

pas encore bien connu.]

LETTRE AU DIRECTEUR DU TOUR DU MONDE.

Khartoum, 10 mai 1860.

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN.

L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun. -- Suez. -- Un danger.

-- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. -- Djambo. -- Djeddha.

Mon cher Directeur,

Je pars après-demain pour l'intérieur de la Nubie, et je viens régler

avec vous un premier compte de souvenirs de voyage que j'aurai bien

vite oubliés, si je ne vous les écris, tant j'ai l'esprit préoccupé de

cette Éthiopie mystérieuse que je vais aborder.

Je n'ai guère fait que traverser l'Égypte, qui est aujourd'hui, grâce

à la transformation opérée par Méhémet-Ali, une sorte de tête de pont

de la civilisation européenne. Je ne vous reparlerai pas d'Alexandrie,

du Caire, et des Pyramides après l'excellent livre de Maxime Du Camp,

mais laissez-moi vous dire, au courant de la plume, mes impressions

morales sur ce beau pays d'Égypte et sur quelques aspects de sa

situation actuelle.

Vous connaissez cette curieuse légende du roi Chilpéric à qui une

vision prophétique montre ses descendants sous la forme successive de

lions, de loups et de petits chiens. Je crois que le père de

Méhémet-Ali eût pu avoir une pareille vision, et que son rêve n'eût

guère menti. Le lion, ç'a été le _grand pacha_, l'un des plus

puissants _pétrisseurs_ de nations que les temps modernes aient vus.

Méhémet-Ali a eu un grand malheur, c'est d'avoir eu pour panégyristes

ses fonctionnaires européens, qui, n'ayant pas la liberté de blâmer

certains faits et certains hommes, ont eu, à mon sens, le tort de ne

pas se taire à propos. Le public d'Europe a répondu à un excès de

louanges par une incrédulité excessive. J'avais besoin de voir

l'Égypte pour apprécier Méhémet-Ali. Les trois piles du pont de

Trajan, que j'ai admirées il y a trois ans en descendant le Danube,

étonnent le voyageur plus encore peut-être que ne le ferait le

monument s'il était resté entier: l'oeuvre colossale du destructeur

des mameluks impose encore une admiration du même genre, même après

les ruines entassées par Abbas et Saïd-Pacha.

Méhémet-Ali a été par moments un souverain d'Orient; c'est dans un de

ces moments-là qu'il a exterminé les mameluks, qui d'ailleurs le

méritaient bien et qui avaient le tort de la provocation: ils avaient

essayé de l'assassiner dans l'Hedjaz. On lui a reproché l'oppression

des fellahs et les violences qui ont parfois signalé ses réformes, et

deux grands écrivains, MM. de Chateaubriand et de Lamartine, sous

l'impulsion d'une indignation plus généreuse qu'impartiale, ont

dénoncé à l'Europe ce prétendu réformateur qui broyait les peuples

sous prétexte de les civiliser. Je ne veux pas excuser ces violences,

surtout envers ces doux et laborieux fellahs, qui sont vraiment les

Bulgares de l'Afrique; mais il faut bien se dire que l'Égypte n'a

jamais été gouvernée autrement depuis les Pharaons; qu'aujourd'hui,

sous le philanthrope Saïd-Pacha, le fellah vit exactement sous le même

régime que sous le _vieux_, et que le courbach sera longtemps encore,

je le crains bien, une nécessité gouvernementale pour la race

indolente et passive de l'Égypte. C'est dans ses admirables

institutions qu'il faut étudier Méhémet-Ali; dans ses écoles d'où sont

sortis ces médecins et ces savants qui honorent la jeune Égypte; dans

ses établissements de bienfaisance, dans ses lois dont je ne citerai

qu'une seule: «Quiconque achètera un esclave devra, au bout de neuf

ans, lui donner la liberté, _après lui avoir fait apprendre au moins à

lire_.»

Après le lion, le loup, qui est Abbas-Pacha; puis est venu un charmant

homme, tout imprégné de civilisation, doux, pacifique, d'humeur gaie

et d'habitudes indolentes, fait pour vivre d'un million de rentes dans

un palais du Nil, mais l'homme le moins propre au gouvernement d'un

État en crise de transition. J'ai nommé Saïd-Pacha. Sous son règne,

l'émancipation de l'Égypte a reculé, le commerce et le crédit public

ont décliné, le budget a été mis au pillage pendant que les

traitements des employés de tout grade, devenus flottants et

illusoires, ont obligé nombre de fonctionnaires à vivre de concussion;

le Soudan, la plus belle, comme avenir, des conquêtes de Méhémet-Ali,

a été désorganisé et presque abandonné; les Abyssins et les bandits de

toute nation insultent impunément les frontières, et l'Égypte va

doucement à sa ruine sous la main d'un brave homme qui joue au soldat,

donne des fêtes, et semble, en affaires, avoir pris pour devise la

maxime anglaise: «Les soucis tueraient un chat.»

N'ayant pas un livre à faire sur l'Égypte, je me hâte de vous dire que

le 7 février au matin je quittai le Caire, par la gare de Bal-el-Had,

en compagnie de Georges, ce compatriote avec lequel j'avais d'abord

projeté le voyage de la basse Nubie. Vous avez entrevu à Paris ce

charmant garçon dont l'esprit ouvert à toute belle impression, la

cordialité et l'inaltérable bonne humeur ont réalisé pour moi le type

véritable du Français en voyage. Nous prenons nos billets et nous

sommes poursuivis dans la gare par un employé arabe qui nous demande

un _bakchich_ pour nous avoir passé nos billets; déjà ruinés de

pourboire, nous refusons et nous recevons, dans le pur arabe d'Égypte,

une malédiction que je me fais consciencieusement traduire: «Que les

os de leurs pères brûlent en enfer!» Georges est tout fier d'avoir été

maudit dans la langue des kalifes, et dit avec raison que ce souhait

est sinon plus aimable, du moins plus poétique que celui d'un cocher

parisien en pareil cas.

Nous voilà, cinq minutes après, lancés en plein désert, à la vitesse

très-modérée de six lieues à l'heure. Les chameliers arabes qui

conduisent le long de la voie leurs lentes bêtes chargées de _guerbes_

d'eau ou de _couffes_ de sésame, n'en regardent pas moins avec

stupéfaction cette file de quarante wagons emportés rapidement vers la

mer Rouge par une force invisible et murmurent: «_Blis_ (le diable)!»

Pour nous plus encore peut-être que pour eux, il y a dans ces _chars

de feu_ qui sillonnent le plus désolé et le plus immobile des déserts,

une antithèse que toutes les phrases du monde ne feraient

qu'affaiblir. Je me récite à demi-voix, comme une musique, les

admirables strophes des _Orientales_ qui commencent ainsi:

L'Égypte! elle étalait, toute blonde d'épis,

Ses champs bariolés comme un riche tapis.

Plaine que des plaines prolongent;

L'eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent,

Se disputent l'Égypte: elle rit cependant

Entre ces deux mers qui la rongent....

Georges regarde le désert avec une attention silencieuse et passionnée

que je ne tarde pas à partager. Ceux qui n'ont jamais vu le désert se

figurent quelque chose comme une immense grève, et rien de plus

inexact que cette comparaison. C'est bien une surface plate et

sablonneuse, mais solidifiée par les pluies et balayée par les vents:

elle présente au regard une croûte grise ou noirâtre que mon compagnon

comparait assez justement à un immense dallage en bitume. Les lits de

torrents desséchés (_ouadi_) qui rayent cette surface ne sont pas plus

profonds que les sillons dessinés par la pluie sur la poussière de nos

chemins. Partout, du reste, la stérilité et le silence formidable du

néant. Les vrais voyageurs se sont justement moqués du _lion du

désert_ et autres images de la même force: on ne conçoit guère que le

lion habite de préférence des lieux où il ne trouverait pas à croquer

un scarabée.

Pour compléter la mise en scène, le vent fraîchit, des nuages de sable

s'élèvent des montagnes couleur de cendre qui bornent l'horizon au

nord, une nuée d'un rouge de brique, coupée par le panache blanc de la

locomotive, enveloppe la terre et le ciel, des milliers de petits

cailloux viennent grésiller contre les portières du wagon: c'est un

coup de _simoun_ qui nous arrive. Confortablement pelotonnés sur nos

banquettes, nous sommes à l'abri des dangers du fameux _vent-poison_

si redouté des caravanes; mais à la place du danger, qui a au moins de

belles émotions, nous avons les inconvénients vulgaires qui ne donnent

que l'impatience. Le sable entre par nos portières closes, comme si

elles étaient grandes ouvertes; nos malles, bien fermées, sont

remplies, nos vêtements en sont tout imprégnés. Les Arabes disent de

ce sable «qu'il traverse la coque d'un oeuf.» M. Du Camp affirme qu'il

en a trouvé dans les rouages de sa montre fermée à double boîtier. Le

spirituel voyageur aura probablement ouvert sa montre pendant le coup

de vent, sans y faire grande attention.

Cependant la route devient sinueuse, et nous voyons se profiler sur

notre droite la masse noire-violette du superbe Djebel-Attaka, dont le

pied baigne dans la mer Rouge. Un quart d'heure après, nous nous

arrêtons sur la grève même, en face du «transit,» et nous courons,

tête baissée, fouettés au visage par le sable, la pluie et les

cailloux, nous réfugier à l'_hôtel de France_, sur la place du Marché

aux grains. À l'extérieur, cet hôtel est une sorte d'échoppe arabe

dont l'aspect ferait reculer le touriste le plus intrépide; mais à

l'intérieur, l'industrie de l'hôtelier actuel a créé une _locanda_

assez confortable. Nous constatons avec une volupté plus aisée à

comprendre qu'à décrire que la salle à manger, grâce à des croisées

vitrées, est parfaitement à l'abri de tous les _simoun_ possibles.

C'est une particularité assez rare en Égypte pour être signalée, et au

risque de paraître faire une réclame à l'_hôtel de France_,

j'ajouterai que la table est satisfaisante et que les prix le sont

encore plus.

Nous sortons pour jeter un coup d'oeil sur la ville dont le nom, grâce

à M. de Lesseps, retentit aux oreilles de tous les politiques

européens depuis trois ans. Suez, sans le canal qui n'existe pas

encore, mais qui y amène à flots des touristes anglais, des ingénieurs

et des commerçants français, ne serait qu'une ruine fort désagréable à

habiter. Elle a une enceinte irrégulière qu'un homme vigoureux

renverserait à coups de pied, quelques habitations modernes

confortables, toutes voisines de la gare et du port, notamment

l'agence anglaise du transit (_Peninsular Company_), quelques mosquées

sans caractère monumental et deux ou trois places, dont la plus petite

et la plus pittoresque est celle du Marché aux grains, dont j'ai pris

le croquis joint à ces notes. À l'angle d'une ruelle qui mène au

bazar, ruelle obscure et sale, mais d'un ton superbe pour un

admirateur des effets vigoureux de lumière, s'élève une maison d'un

riche négociant (grec, si je ne me trompe) aussi curieuse dans son

genre que le sont chez nous les vieilles maisons de Gand ou de

Nuremberg.

Une dernière curiosité de Suez, c'est la maison qu'habitait le général

Bonaparte quand il vint à la mer Rouge. C'est une habitation qui fait

face à la mer, sans aucun caractère monumental et que Clot-Bey trouva,

il y a plusieurs années, en possession d'un brave musulman passionné

pour la mémoire de son illustre locataire d'un jour. «Abounarberdi,

dit-il au docteur, était assez puissant pour brûler toutes les

mosquées; il ne l'a pas fait; que son nom soit béni! Les rois du Garb

(d'Occident) l'ont enfermé dans une île où il est mort; _mais on dit

que la nuit son âme vient se poser sur le fil de son sabre._»

Suez a succédé à une ancienne ville romaine dont nous cherchons les

ruines; elles se réduisent à une grosse colline de sable et de

poteries sans valeur archéologique, véritable _Monte Testaccio_

égyptien appelé aujourd'hui la colline de Mouchelet-Bey, du nom d'un

ingénieur qui y a établi sa tente. Pour nous dédommager, je propose à

Georges une excursion aux ruines indiquées par la carte de M.

Linant-Bey, comme étant celles d'une antique ville juive, à deux

bonnes heures au nord-est et au delà de la baie. Des ruines juives! Il

y a de quoi affriander des amateurs même beaucoup plus étrangers aux

antiquités hébraïques que M. de Saulcy. Nous voilà partis le matin,

traversant le port à mer basse, et arpentant, les jambes nues, la

vaste plage coupée de flaques limpides. Le but semble s'éloigner

toujours; ces plages unies sont si trompeuses à la vue. Nous nous

décidons à rétrograder; mais à la première flaque où je mets le pied,

je constate un courant de menaçant augure.... Il faut savoir que dans

cette baie étranglée de Suez, la marée monte comme un vrai mascaret:

on dirait nos grèves du mont Saint-Michel. Nous pressons le pas pour

arriver en vue de la ville, de manière à pouvoir héler une barque. Si

nous n'y réussissons pas, nous sommes rejetés vers le désert

montagneux de la côte d'Asie, et cela peut devenir inquiétant. Georges

se livre, sur le sort de l'armée de Pharaon, à des plaisanteries que

je trouve un peu inopportunes; mais tout en riant, il trouve un

passage, et nous gagnons un îlot d'où nous hélons les barques du port.

La canaille arabe qui encombre le _divarf_ fait de grands gestes et

semble discuter vivement la taille, l'âge et le sexe des deux êtres

égarés sur l'îlot; mais nul ne bouge. À un appel plus furieux, un

batelier démarre sa barque, et met le cap sur nous. L'eau monte,

l'îlot décroît, l'homme arrive.... il n'est que temps. Nous sautons à

bord: le fils d'Ismaël tend la main: «_El felous, haouagh_ (l'argent,

seigneurs)!» Georges veut payer sans compter; je trouve amusant de

discuter le prix de notre sauvetage, et nous nous arrangeons à six

piastres courantes (vingt-deux sols). On ne peut pas sauver les gens à

meilleur marché.

[Illustration: Port de Suez.--Dessin de Karl Girardet d'après un

dessin de M. Guillaume Lejean.]

Georges part le surlendemain pour remonter le Nil; j'ai encore trois

jours à passer à Suez avant le départ du vapeur _Hedjaz_, qui doit

m'emmener à Souakin. Je passe ces trois jours à flâner au désert et à

observer pour la première fois des effets de mirage assez curieux.

Tous les jours, dans l'après-midi, je suis certain de trouver le fort

d'Aggeroud reflété dans les eaux d'un lac imaginaire. Un train vient à

passer, la ligne noire des wagons, la ligne blanche de la fumée se

réfléchissent également dans la nappe limpide. J'ai vu assez

fréquemment se former le mirage; on voit d'abord passer un nuage

invisible,--ici le lecteur m'arrête: _voir_ passer un nuage

_invisible_? Oui, et je vais tâcher de me faire comprendre par une

image très-familière. Avez-vous vu quelquefois, au-dessus d'une

marmite en ébullition, la vapeur d'eau parfaitement translucide et

invisible signaler sa présence par le _flottement_ qu'elle semble

imprimer aux objets devant lesquels elle passe? Voilà le commencement

du mirage. Quand ce nuage, à la fois invisible et ondé, devient

opaque, son mouvement cesse, et vous n'avez plus sous les yeux qu'une

belle nappe argentée qui réfléchit les objets les plus voisins,

arbres, villages, rochers. Voilà le mirage simple. Quant à celui qui

nous met sous les yeux des villes ou des forêts, soit imaginaires,

soit hors de la portée de la vue, je n'ai jamais eu la chance d'en

être témoin.

[Illustration: Cimetière européen à Suez.--Dessin de Karl Girardet

d'après un dessin de M. Guillaume Lejean.]

Enfin, le 14, je monte à bord de l'_Hedjaz_, beau bateau à vapeur de

la compagnie Medjidié, que je trouve encombré de _hadjis_ allant à la

Mecque; principalement de la suite de la princesse Nezli, tante du

vice-roi et veuve du fameux Defterdar, dont j'aurai plus tard occasion

de parler. Cette suite se compose de cent vingt à en grande majorité.

La vertu du troupeau est sous la garde d'une douzaine d'eunuques

noirs, et le _kirlar-aga_ (capitaine des filles) est à la fois le chef

de cette garde indispensable et le premier officier de la petite cour;

c'est un long nègre de plus de six pieds, d'une laideur inouïe, mais

se faisant pardonner le scandale de son importance par ses allures

_bon enfant_. Nous mettons de longues heures à sortir de la

baie-impasse de Suez; le 15, au matin, nous fouillons d'un regard

curieux et admiratif les dures arêtes des derniers contre-forts du

Sinaï, qui se perdent et se volatilisent en quelque sorte dans un ciel

de saphir. Pas un brin d'herbe, du reste, sur ces côtes qui entourent,

nous dit-on, quelques vallées intérieures d'un charme d'autant plus

saisissant qu'il est plus inattendu. Le mont divin, vu de loin, n'a

rien de cet aspect sourcilleux et formidable que l'imagination, pleine

des récits de Moïse, aimerait à lui prêter: il a les lignes pures,

froides et fières que j'ai admirées ailleurs, en Albanie par exemple.

[Illustration: Qosséir.--Dessin de Karl Girardet d'après un dessin de

M. Guillaume Lejean.]

[Illustration: Djeddah.--Dessin de Karl Girardet d'après un dessin de

M. Guillaume Lejean.]

[Illustration: Port de Souakin.--Dessin de Karl Girardet d'après un

dessin de M. Guillaume Lejean.]

À l'entrée de la baie se voit une petite ville, Tor, habitée par des

Coptes (et non par des Grecs, comme l'a dit par inadvertance M.

Charles Didier). Les deux peuples n'ont guère de commun que le culte

et la finesse mercantile. À première vue et à part le costume, un

habitant de l'Orient ne confondra jamais la longue figure à lame de

couteau du paisible et un peu servile descendant des Pharaons avec le

profil d'aigle des fils de Thémistocle. La population de Tor vit

principalement d'un assez singulier commerce: elle vend aux pèlerins

l'eau qu'elle tire des fontaines de Moïse et du Sinaï.

_L'Hedjaz_ a le temps de flâner et ne le prouve que trop en s'arrêtant

successivement à Qosséir et à Djambo. Qosséir est une petite ville de

mine assez peu engageante, mais elle a beaucoup de barques, et

quelques arbres qui ombragent un village voisin reposent l'oeil fort

agréablement. C'est, avec Suez, le seul port que possède l'Égypte sur

la mer Rouge, depuis qu'elle a perdu l'Arabie. Méhémet-Ali avait de

grands desseins sur Qosséir: il voulait en faire le débouché de toute

la haute Égypte par Khéné, et avait commencé à faire creuser des puits

entre les deux villes, mais on ne trouva que de l'eau saumâtre et le

projet fut abandonné.

J'ai moins encore à dire de Djambo, où nous perdons un jour entier.

Djambo est en terre arabe, même _en terre sainte_, et j'avoue que je

ne vois pas sans émotion sortir des flots cette côte basse et un peu

verdoyante, foyer d'une des plus brillantes civilisations qui aient

éclairé le globe. Hélas! qu'est devenue l'Arabie des kalifes? Il ne

reste aujourd'hui que les Arabes, c'est-à-dire une race belle,

distinguée, brave, spirituelle, intelligente, romanesque, paresseuse

et passablement anarchique. Aussi les Turcs, peuple d'esprit plus

lourd, mais de bon sens pratique, ont mis la main sur le peuple arabe

et l'ont soumis partout où ils s'en sont donné la peine. L'Égypte

moderne est arabe, mais la forte main qui l'a lancée dans la brillante

voie qu'elle parcourt aujourd'hui est celle d'un Turc de Macédoine, ce

qui n'empêche pas d'ailleurs que l'impulsion une fois donnée, beaucoup

d'Arabes (et j'en connais) ne soient les agents les plus énergiques et

les plus intelligents de cette civilisation.

Terre sainte, ici, c'est malheureusement terre de fanatiques: on nous

avertit de ne pas descendre à terre, ou nous serons assommés, même

sous les yeux des kavas du gouverneur. Le Français étant, comme on

sait, le brave des braves, un des nôtres, M. M..., se costume en

Robinson, _empistoletté_ de la tête aux pieds et veut descendre. Il

est obligé de rentrer à bord, sans avoir occis de croquemitaines

musulmans. Ceci nous fait faire des réflexions peu rassurantes sur

Djeddah, la fameuse ville du massacre, où nous arrivons le lendemain.

Nous jetons l'ancre à une heure de la ville, en dehors de récifs

coralliques, et nous nous empressons de _déballer_ la princesse et son

noir bétail qui a empesté l'arrière depuis huit jours. Un de nos

officiers, un jeune et aimable Vénitien, que l'irruption de ces dames

a chassé de sa cabine, a voulu poser sa couchette près d'un réduit où

cinq de ces femmes ont établi leur chambre à coucher avec des châles

tendus le long du bastingage. Je ris encore de la grimace effroyable

qu'il fait en emportant son lit loin de cette niche odorante:

_bestie_, _non donne_, s'écrie-t-il en jurant.

Suivant le rite consacré, les hadjis revêtent, pour toucher la terre

sacrée, un costume d'une éclatante blancheur, symbole de la pureté de

l'âme. C'est un usage dont on ne peut s'affranchir qu'en payant un

mouton, qui est donné aux pèlerins pauvres. Le médecin de la

princesse, homme instruit et distingué dont la conversation a été une

de nos meilleures distractions de voyage, musulman très-voltairien du

reste, est le seul à payer le mouton. À Qosséir, le docteur a présenté

un verre de vin à un noir _takrouri_, à dents aiguisées en pointe,

venu par curiosité, je crois, visiter la _barque du feu_; il lui a

offert cinq piastres s'il voulait en boire. «Tu pourrais bien m'en

offrir vingt-cinq, a répondu le noir, que je n en boirais pas

davantage.» Je ne discuterai point l'importance de ces prescriptions

d'abstinence, mais j'aime à constater tout triomphe de l'esprit sur

les appétits, et à qui connaît la pauvreté des noirs, d'une part, et

de l'autre leur passion pour les spiritueux, ce jeune nègre presque nu

qui obéit à sa foi sans phrase et sans pose héroïque, doit paraître

plus spiritualiste que le joyeux docteur. J'aurai plus tard occasion

de dire comment les noirs, assez récemment convertis à l'islamisme,

s'y attachent avec une ferveur devenue beaucoup plus rare chez les

Turcs et les Arabes.

Nous débarquons donc à Djeddah, et la première chose qui frappe nos

yeux, en touchant le quai, ce sont des notables indigènes à barbe

blanche, qui semblent venus là pour préparer une ovation à quelqu'un.

Ce n'est pas à la princesse déjà débarquée; ce n'est pas à nous à coup

sûr. Nous avons bientôt la clef du mystère: nous avions à bord, sans

nous en douter, quatre des accusés du fameux massacre, revenus

acquittés de Constantinople, faute de preuves.

C'est un début fort inquiétant; mais je dois déclarer que j'ai passé

huit jours à Djeddah, et que j'ai circulé fort librement sans être

jamais insulté. Les voyageurs n'ont guère à visiter, dans cette ville

et dans les environs, que le cimetière où l'on montre le tombeau de

notre mère Ève (_Turbe ommou Aoua_); ce sont deux sépultures

insignifiantes qui, selon les indigènes, marquent l'emplacement de la

tête et des pieds de la première femme. Si vous leur objectez que, vu

la distance de ces deux turbés, Ève aurait été assez grande pour

franchir le Nil en cinq enjambées et saisir délicatement un crocodile

entre deux doigts, ils vous répondront que la mère du genre humain

avait bien le droit d'avoir une stature un peu supérieure à celle de

leur femme ou de la vôtre. C'est assez logique pour des Arabes.

Je quitte Djeddah le 28 février, et le lendemain, mes yeux fatigués

des sables rougeâtres se reposent avec bonheur sur une plage basse,

verdoyante, où la mer vient presque baigner des tapis de hautes

graminées. Une jolie baie s'ouvre devant nous, le bateau double un cap

où s'élève le dôme blanc d'un santon, et une demi-heure après nous

débarquons sur le quai du Mufti, à Souakin, où la curiosité a attiré

une foule de spectateurs à tuniques aussi blanches que leur peau est

foncée.

Guillaume LEJEAN.

VOYAGE AU MONT ATHOS,

PAR M. A. PROUST.

1858.--INÉDIT.

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées.

-- L'Albanais Rabottas.

À l'extrémité de la péninsule Chalcidique, entre Orfano et le cap

Felice, s'élève au-dessus de la mer une montagne, connue chez les

anciens sous le nom d'_Athos_, et appelée depuis [Grec: Agionoros] ou

_Monte-Santo_, à cause de sa population exclusivement composée de

religieux. Ces religieux, sous les empereurs byzantins, ont aidé au

mouvement des lettres et des arts qui prépara la Renaissance, et

possèdent encore aujourd'hui de riches bibliothèques et une école de

peinture.

J'avais formé, pendant mon séjour en Grèce, le projet de visiter leurs

couvents, et, le 9 mai 1858, après m'être muni à Constantinople de

lettres patriarcales, sans lesquelles on court le risque d'être mal

accueilli des moines, je quittai Pera avec mon ami Schranz et le

drogman Voulgaris. Schranz devait m'aider à reproduire les peintures

par la photographie; Voulgaris se chargeait de la linguistique et de

la cuisine. Notre projet était de toucher à Salonique, et de là de

gagner l'Athos par terre.

Le 10 nous entrions dans le golfe Thermaïque, et le lendemain nous

doublions la pointe de Kara-Bournou.

Derrière cette pointe, au fond d'une large baie paisible comme un lac,

Salonique[2], ceinte d'un cordon de murs bastionnés, s'étage en

amphithéâtre sur les flancs arides du Cortiah. Cette ville, déchue de

sa splendeur, a un air de coquetterie surannée assez étrange; ses

maisons décrépites, ridées et replâtrées, semblent se pencher

complaisamment pour refléter leur image dans la mer; agaceries

perdues, car, à part quelques vieux courtisans qui viennent là par

habitude chercher les soies de _Serrès_ et le tabac de _Yenidjé_, la

rade est vide. Nulle part le proverbe grec: _Là où l'Osmanli met le

pied, la terre devient stérile_, ne trouverait une application plus

juste. Le sol est sans culture, coupé de flaques d'eaux croupissantes,

l'air chargé de miasmes putrides. Aussi, pendant les chaleurs de

l'été, un grand nombre des habitants, fuyant les fièvres, se retirent

à l'ouest de la ville dans un faubourg appelé Kalameria (beaux lieux).

De ce côté, en effet, de joyeuses touffes de platanes, groupées selon

le caprice des pentes, dessinent le cours du Vardar et respirent la

vie, tandis qu'au levant de maigres cyprès cachent mal les cimetières,

ce qui indique bien clairement que c'est de là que vient la mort.

[Note 2: Salonique, ancienne Thermès ou

Thessalonique. Philippe avait donné le nom de

Thessalonique à sa fille en mémoire d'une

victoire remportée sur les Thessaliens

([Grec: Thesalos], Thessaliens; [Grec:

nikê], victoire), et Cassandre, gendre de

Philippe, fit donner le nom de sa femme à la

ville de Thermès.]

La ville est partagée en deux par une rue qui s'étend de l'est à

l'ouest, parallèlement à la mer. Cette rue est grande, régulière,

bordée de boutiques à auvents, et terminée à chacune de ses extrémités

par un arc de triomphe. C'est là l'endroit vivant, le quartier animé

de la ville; ailleurs le silence est complet, les rues sont désertes,

étroites et taillées à pic dans le rocher. On ne s'explique cette

préférence pour la ville basse que par la difficulté d'atteindre les

quartiers hauts; car les immondices entraînées par la pente naturelle

font de la première un véritable égout, et il n'est rien de plus sale

que cette large rue et le bazar qui l'avoisine, si ce n'est la

population qui l'anime. Cette population est en grande partie composée

de juifs. «Le grand nombre de juifs, dit naïvement Hadji-Kalfa[3], est

une tache pour la ville, mais le profit qu'on retire de leur commerce

fait fermer les yeux aux vrais croyants.»

[Note 3: _Hadji-Kalfa_, savant Turc de

Constantinople, grand trésorier d'Amurat IV, a

publié de nombreux ouvrages, entre autres une

_Géographie_ et une _Histoire de

Constantinople_.]

Au milieu des Bulgares et des Grecs, confondus par un costume noir

comme un vêtement de deuil, on reconnaît les juifs à leur coiffure

faite d'un mouchoir de coton roulé en turban, à leur veste bordée de

fourrures, et surtout à ce nez proéminent qu'ils ont conservé.

[Illustration: Zanzibar vue de la mer.--Dessin de E. de Bérard d'après

nature.]

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE OCCIDENTALE,

PAR LE CAPITAINE BURTON.

1857-1859

AVANT-PROPOS.

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton.

Le Tour du Monde; Afrique Orientale Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860 · 第 1 / 10 段