Nous avons donné dans la relation du voyage assez de détails sur

la composition des diverses forêts de la région montagneuse pour

ne pas devoir y insister ici. — Le nombre des principales espèces

arborescentes est de 15 environ ; ce sont, en les classant d’après

leur ordre approximatif d’altitude : l’Olivier (_Olea Europæa_),

le Micocoulier (_Celtis australis_), le _Pistacia Atlantica_, les

Genévriers (_Juniperus Phœnicea_ et _Oxycedrus_), le Pin d’Alep

(_Pinus Halepensis_), l’Orme (_Ulmus campestris_), l’Amandier

(_Amygdalus communis_), une espèce nouvelle de Frêne (_Fraxinus

dimorpha_), les Chênes-verts (_Quercus Ilex_ et var. _Ballota_),

le _Juniperus thurifera_, le Houx (_Ilex Aquifolium_), l’Érable

de Montpellier (_Acer Monspessulanum_), le Cèdre (_Cedrus

Libani_ var. _Atlantica_), et l’If (_Taxus baccata_). — A la

zone inférieure appartiennent l’_Olea europæa_, le _Celtis

australis_, le _Pistacia Atlantica_ qui s’avance un peu au delà

de la limite inférieure de la zone moyenne, et le _Juniperus

Phœnicea_, que l’on retrouve également dans cette dernière

zone. — A la zone moyenne appartiennent le _Juniperus Oxycedrus_

et le _Pinus Halepensis_, qui peuvent exister également dans la

zone inférieure, et exceptionnellement dans la zone supérieure ;

l’_Ulmus campestris_, qui croît aussi dans les montagnes basses

et les vallées du littoral ; l’_Amygdalus communis_, que dans la

province de l’ouest nous avons observé à une altitude beaucoup

plus faible ; le _Fraxinus dimorpha_, qui peut descendre jusque dans

la région des hauts-plateaux, et qui empiète aussi quelquefois sur

la zone supérieure, où il ne se présente plus que sous forme de

buisson ; l’_Acer Monspessulanum_, qui croît également dans la

zone supérieure, où, sur les hautes sommités, il est réduit à

l’état de buisson rabougri ; et le _Quercus Ilex_, caractéristique

de la zone dans la contrée que nous avons parcourue. — A la

zone supérieure appartiennent le _Juniperus thurifera_, dont

l’altitude nous paraît comprise entre 1,600 et 1,800 mètres ;

le _Taxus baccata_, dont l’altitude inférieure nous a paru être

de 1,800 mètres, et qui atteint la limite de la partie boisée ; et

le _Cedrus Libani_ var. _Atlantica_, qui caractérise essentiellement

la zone. — L’_Ilex Aquifolium_ que nous n’avons pas observé

dans notre voyage, mais qui nous a été indiqué comme formant un

bois d’une certaine étendue dans les montagnes au nord-ouest de

Batna, paraît intermédiaire entre les zones moyenne et supérieure ;

dans le Djurdjura nous l’avons trouvé en assez grande abondance

à la limite des deux zones. — Le _Pyrus longipes_, qui n’est

représenté que par un petit nombre d’individus dans les bois

des environs de Batna, paraît devoir être rapporté à la zone

moyenne. — Le _Lonicera arborea_, dont il n’a été observé

qu’un seul pied au Djebel Tougour, s’y rencontre à une altitude

d’environ 1,800 mètres. — Le Chêne-Zéan (_Quercus Mirbeckii_

DR.) a été observé dans les montagnes de l’Aurès par M. le

capitaine Payen, mais nous ne l’y avons pas rencontré ; il est

commun, au contraire, dans le massif de l’Atlas près de Blidah,

dans l’Ouarensenis, dans le Djurdjura et aux environs de Bône.

Le Cèdre (_Cedrus Libani_ Barrel. ; _Pinus Cedrus_ L.), qui,

dans la province de Constantine, forme presque exclusivement la

végétation forestière de la zone montagneuse supérieure, occupe

une surface de plusieurs milliers d’hectares. Il existe également

sur d’autres points de l’Algérie : on le rencontre dans la

chaîne du Djurdjura, mais, dans ces montagnes plus abruptes, il n’y

a que quelques pentes favorables à son développement ; une forêt

de Cèdres d’une certaine étendue couvre la partie supérieure de

la montagne d’Aïn-Telazit au-dessus de Blidah ; c’est surtout

dans la magnifique forêt de Teniet-el-Haad que le Cèdre atteint les

dimensions les plus considérables. — Cet arbre, qui, d’après

les faits historiques, paraît avoir couvert les sommités du Liban,

n’y est plus, au dire de tous les voyageurs, représenté que par

un petit nombre d’individus de grande dimension, généralement

mutilés et quelques centaines de jeunes pieds ; dans la chaîne

du Taurus, il forme des massifs importants. Nous réunissons dans

nos indications de géographie botanique le Cèdre d’Algérie et

le Cèdre du Liban, que nous considérons comme appartenant à une

même espèce. Le Cèdre d’Algérie (_Cedrus Atlantica_ Manetti ;

_Pinus Atlantica_ Endl.) ne diffère, en effet, du Cèdre du Liban

(_Cedrus Libani_ Barrel., Loud. ; _Pinus Cedrus_ L., Endl.) que

par les feuilles ordinairement plus courtes. Quant à la forme

et au volume des cônes, ils ne fournissent aucun caractère

distinctif ; pour nous, le Cèdre d’Algérie ne serait donc

qu’une variété du Cèdre du Liban, dont nous avons reçu des

échantillons authentiques du Liban et du Taurus ; notre manière

de voir est confirmée par l’opinion de MM. Antoine et Kotschy,

qui rapportent également comme variété au Cèdre du Liban

le Cèdre d’Algérie, nous avons vu des échantillons de cette

variété recueillis dans le Taurus par MM. Kotschy et Balansa. —

Le Cèdre d’Algérie se présente sous deux formes : l’une, la

plus répandue, est caractérisée par des feuilles plus courtes,

généralement arquées et presque conniventes, et surtout par leur

teinte glauque-argentée (_Cedrus argentea_ V. Renou _Ann. forest._

III, 2, pl. 2) ; l’autre, est caractérisée par les feuilles un

peu plus longues, généralement droites, divergentes et vertes

(_Cedrus Libani_ V. Renou, _loc. cit._, pl. 1). L’étude des

Cèdres dans les diverses forêts de l’Algérie nous a amené à

ne considérer les _C. Libani_ et _argentea_ V. Renou, que comme

des modifications ou sous-variétés dues à des circonstances

locales : en effet, généralement, les jeunes arbres et les

individus abrités offrent des feuilles vertes et droites, tandis

qu’elles sont au contraire glauques et conniventes chez les arbres

adultes et exposés à l’influence des vents et de la chaleur ;

nous devons ajouter que quelquefois nous avons trouvé les deux

sortes de feuilles réunies sur un même pied. Sous l’influence

des conditions locales que nous venons de signaler, le Cèdre se

présente sous deux aspects très différents : pendant sa jeunesse

ou dans les ravins, il affecte souvent la forme pyramidale, tandis

que sur les versants il se couronne plus communément, et s’étale

en parasol. Le _Pinus Halepensis_, qui s’est également offert à

nous sous ces deux états, démontre encore le peu d’importance

qu’il faut y attacher.

Dans la relation de notre voyage, nous avons donné sur la composition

des broussailles et des pâturages, ainsi que sur les cultures de

la région, des détails qui nous dispensent d’y revenir ici.

Nous n’indiquerons pas les espèces caractéristiques de la région,

car il suffit de consulter nos notes sur les montagnes de Batna, de

Lambèse, de la vallée de l’Oued Abdi, et en particulier sur les

Djebel Tougour, Itche-Ali, Mahmel et Cheliah, qui ont été étudiés

d’une manière spéciale, pour se faire une idée de la nature de

la végétation et des ressources forestières et agricoles de la

région (voir spécialement les listes des plantes observées dans

les bois de Lambèse, aux Djebel Tougour, Mahmel et Cheliah).

Le nombre total des espèces et des principales variétés est de 674.

Sous le rapport de leur durée, elles peuvent être partagées en

deux groupes, dont l’inégalité est en sens inverse de celle

qui se présente dans les autres régions ; en effet, le nombre des

espèces annuelles ou bisannuelles n’est que de 238, tandis que

celui des espèces vivaces est au contraire de 436. — Parmi les

espèces vivaces, 85 sont frutescentes ou ligneuses ; le nombre des

espèces réellement arborescentes est de 17 ; les détails que nous

avons donnés plus haut sur leur distribution dans la région où les

forêts tiennent une si large place nous dispensent d’en répéter

ici l’énumération. — La relation de notre voyage fournit des

renseignements suffisants sur les arbres introduits dans la région

(voir la partie de cette relation concernant les jardins et les

vergers de la partie inférieure de l’Oued Abdi et les cultures

des environs de Batna et de Lambèse).

Si l’on considère les plantes de la région montagneuse au point

de vue de leur classification en familles naturelles, on trouve que le

nombre des Dicotylédones est de 569, et celui des Monocotylédones de

105. — Les familles principales rangées d’après leur importance

relative dans la région, donnent le tableau suivant :

Espèces. Espèces.

1 Composées 98 18 Conifères 8

2 Légumineuses 68 19 Valérianées 7

3 Graminées 64 20 Cypéracées 7

4 Crucifères 46 21 Fumariacées 6

5 Ombellifères 37 22 Rhamnées 6

6 Labiées 31 23 Papavéracées 5

7 Rosacées 26 24 Campanulacées 5

8 Caryophyllées 23 25 Primulacées 5

9 Scrophularinées 22 26 Plantaginées 5

10 Rubiacées 19 27 Polygonées 5

11 Renonculacées 16 28 Daphnoïdées 5

12 Borraginées 14 29 Orchidées 5

13 Liliacées 14 30 Dipsacées 4

14 Paronychiées 13 31 Convolvulacées 4

15 Cistinées 12 32 Salsolacées 4

16 Géraniacées 10 33 Joncées 4

17 Crassulacées 8

Sur les 674 espèces de la région, 533 n’ont pas été vues

par nous dans la région littorale, 492 n’ont pas été

observées dans la région méditerranéenne intérieure,

320 n’ont pas été rencontrées sur les hauts-plateaux. —

Sur les 85 espèces spéciales, 36 sont propres à la région,

4 seulement lui sont communes avec la région littorale, 16 avec

la région méditerranéenne intérieure, et 41 avec la région

des hauts-plateaux.

Si l’on fait la somme des espèces appartenant aux diverses parties

du bassin méditerranéen, on voit que cette somme est de 329 ; si

l’on y ajoute les 228 espèces d’Europe, on obtient le total

de 557, tandis que les autres éléments de la végétation sont

représentes par 117.

L’examen de la statistique botanique comparée de la région

montagneuse démontre que cette région, tout en présentant

d’étroites affinités avec les hauts-plateaux, en est suffisamment

distincte par le nombre des espèces qui lui sont propres, et par

la végétation forestière qui y est très largement représentée,

tandis que les hauts-plateaux sont presque dépourvus d’arbres. —

Le nombre des espèces européennes est plus considérable dans la

région montagneuse que dans aucune des autres régions ; celui

des espèces méditerranéennes y est au contraire relativement

moindre. Les affinités avec le centre de l’Europe sont encore

attestées par la prédominance du nombre des espèces vivaces sur

celui des espèces annuelles. — Les influences qui se produisent

selon la latitude sont démontrées par la présence de 46 espèces

espagnoles, celle de 25 espèces orientales, et de 20 espèces qui

se trouvent à la fois en Espagne et en Orient. — Les cultures de

cette région prise dans son ensemble sont nécessairement celles

de l’Europe centrale ; mais la région montagneuse inférieure,

participant au caractère des régions voisines, présente au moins

en partie les ressources agricoles de ces régions elles-mêmes.

RÉGION SAHARIENNE.

La région saharienne[43] est, comme nous l’avons déjà dit,

limitée à El-Kantara de la manière la plus naturelle par la

chaîne de montagnes qui s’étend de l’est à l’ouest comme

une immense muraille, la sépare de la région des hauts-plateaux

et n’en permet l’accès que par l’étroite brèche creusée

par l’Oued El-Kantara. A peu de distance au-dessus du défilé

dominent encore les plantes des hauts-plateaux et l’ensemble de

la végétation présente l’aspect uniforme qui caractérise

cette dernière région ; à l’autre extrémité du défilé

s’étendent les plaines sahariennes, dont l’aridité forme un

contraste saisissant avec la riche végétation de l’oasis. La

magnificence des dattiers attire seule les regards et fait

bientôt oublier la monotonie des hauts-plateaux que l’on vient

de quitter. L’influence désertique se révèle immédiatement,

et à El-Kantara, malgré l’altitude (534 mètres), se trouvent un

grand nombre de plantes sahariennes. La moisson est déjà faite,

alors que dans les plaines des hauts-plateaux les plus voisines,

et situées presque à la même altitude, les céréales sont loin

d’être arrivées à maturité. Plus à l’est, dans les vallées

de l’Aurès qui débouchent dans le Sahara, la limite de la région

est moins brusquement tranchée ; le vent du sud s’engouffrant dans

ces vallées y exerce sa puissante influence qui n’est atténuée

que d’une manière insensible par la distance et les contours des

vallées elles-mêmes ; la végétation suit les mêmes dégradations

et, sur des points déjà éloignés, existent des oasis et se

retrouvent un grand nombre des plantes caractéristiques du Sahara.

Nous avons déjà indiqué plus haut la limite probable de la

région saharienne au sud, mais le Sahara est trop imparfaitement

connu pour que nous puissions rien préciser à cet égard. Nous

ne pouvons pas davantage exposer les caractères physiques de la

région ; les environs de Biskra constitués surtout par des plaines

argilo-calcaires, généralement salées, où le sable n’est qu’un

accident, situées au pied de montagnes élevées, possédant des

cours d’eau relativement abondants et des sources assez nombreuses,

sont évidemment loin de pouvoir représenter l’ensemble du Sahara,

où la plupart des conditions sont toutes différentes. Aussi

croyons-nous devoir renvoyer aux renseignements généraux donnés

dans la relation de notre voyage, sur les environs de Biskra.

Nous n’énumérerons pas ici les espèces caractéristiques de la

région, car il suffit de consulter la partie de notre travail qui

concerne la région saharienne pour se faire une idée de la nature

de la végétation et des ressources de la région au point de vue

de la culture (voir spécialement la liste des plantes observées

aux environs et au sud de Biskra, et nos Notes sur la culture du

Dattier et les cultures des oasis des Ziban).

Le nombre total des espèces et des principales variétés est de

560. Sous le rapport de leur durée elles peuvent être partagées

en deux groupes, le nombre des espèces annuelles ou bisannuelles

étant environ de 322, et celui des espèces vivaces de 238. Parmi

les espèces vivaces 70 environ sont frutescentes ou ligneuses ;

la végétation arborescente spontanée, ainsi que nous l’avons

dit dans la relation du voyage, n’est guère représentée que

par les diverses espèces et variétés de _Tamarix_ ; ces arbres

peuvent atteindre d’assez grandes dimensions, et ils constituent

à Saada une véritable forêt. Le _Pistacia Atlantica_, qui n’est

pas rare dans la vallée de l’Oued Abdi, à la limite de la région

saharienne et de la région montagneuse inférieure, n’existe pas

aux environs de Biskra, quoique sur d’autres points du Sahara il

forme de véritables massifs. Bien que le Dattier, l’arbre par

excellence du désert, ait été évidemment introduit par l’homme

dans la région saharienne, nous ne pouvons omettre de le mentionner

ici. — Dans la relation de notre voyage nous nous sommes bornés

à donner l’énumération des arbres introduits dans la région

(consulter pour plus de détails nos Notes sur les cultures des

oasis des Ziban).

Si l’on considère les plantes de la région saharienne au point de

vue de leur classification en familles naturelles, on trouve que le

nombre des Dicotylédones est de 467, et celui des Monocotylédones de

93. — Les familles principales, rangées d’après leur importance

relative dans la région, donnent le tableau suivant :

Espèces. Espèces.

1 Composées 99 17 Plantaginées 9

2 Graminées 62 18 Plumbaginées 8

3 Légumineuses 53 19 Polygonées 8

4 Crucifères 48 20 Résédacées 7

5 Salsolacées 23 21 Malvacées 7

6 Ombellifères 19 22 Rubiacées 7

7 Caryophyllées 16 23 Liliacées 7

8 Borraginées 16 24 Papavéracées 6

9 Paronychiées 14 25 Cistinées 6

10 Labiées 13 26 Orobanchées 6

11 Euphorbiacées 12 27 Zygophyllées 5

12 Renonculacées 10 28 Ficoïdées 5

13 Géraniacées 10 29 Frankéniacées 4

14 Scrophularinées 10 30 Solanées 4

15 Cypéracées 10 31 Urticées 4

16 Tamariscinées 9

Sur les 560 espèces de la région, 4, en raison de leur patrie,

n’ont pu figurer dans le tableau où nous avons groupé

les principales affinités géographiques. Sur les 556 autres

espèces, 440 n’ont pas été vues par nous dans la région

littorale ; 441 n’ont pas été observées dans la région

méditerranéenne intérieure ; 294 n’ont pas été rencontrées sur

les hauts-plateaux, et 387 manquent dans la région montagneuse. Sur

les 74 espèces spéciales, 45 sont propres à la région, 1 seulement

lui est commune avec la région littorale, 5 seulement avec la région

méditerranéenne intérieure, 26 avec la région des hauts-plateaux

et 18 avec la région montagneuse.

Si l’on fait la somme des espèces appartenant aux diverses parties

du bassin méditerranéen, on voit que cette somme est de 285 ;

si l’on y ajoute les 99 espèces d’Europe, on obtient le total

de 384, tandis que les autres éléments de la végétation sont

représentés par 205.

En faisant abstraction des plantes, qui, dans la région saharienne,

ne se rencontrent que dans les cultures et les endroits arrosés des

oasis, le nombre des espèces est réduit à 416, et ce chiffre est

évidemment encore trop fort, car aux environs de Biskra les eaux

ont amené dans la plaine saharienne des espèces étrangères à la

région, et les alluvions des cours d’eau présentent également

un assez grand nombre d’espèces des régions montagneuse et

des hauts-plateaux. En opérant la réduction que nous venons

d’indiquer, le nombre des espèces d’Europe n’est plus que de

37 au lieu de 99 et la somme des espèces appartenant aux diverses

parties du bassin méditerranéen n’est plus que de 170 au lieu de

285, les autres éléments de la végétation restant au contraire

représentés par les mêmes nombres.

Pour compléter les données fournies par nos tableaux, nous devons

ajouter que 211 espèces sont communes aux environs de Biskra

et aux environs de Gabès, partie méridionale et littorale du

désert de la régence de Tunis ; sur les 74 espèces spéciales

des environs de Biskra 50 se retrouvent aussi à Gabès. — Si

l’on compare de même la végétation des îles Canaries à celle

du désert de Biskra, on voit que 55 espèces existent à la fois

dans les deux pays, et que 3 espèces qui n’avaient encore été

signalées qu’aux Canaries appartiennent également à notre

région saharienne.

La région saharienne est non-seulement la plus nettement tranchée

sous le rapport de la géographie botanique, mais elle est encore

caractérisée par l’importance qu’y acquièrent certaines

familles (Frankéniacées, Zygophyllées, Tamariscinées, Ficoïdées,

Asclépiadées, Plumbaginées, Salsolacées, etc.) au point de

vue du nombre des espèces, ou de l’abondance des individus ;

et il est à remarquer que ces familles ne sont pas ou sont à

peine représentées dans les autres régions. — L’examen de la

statistique botanique comparée de la région saharienne démontre que

les plantes d’Europe et celles du bassin méditerranéen y jouent

un rôle beaucoup moins important que dans les autres régions ; ses

analogies avec l’Italie sont complétement nulles. Les affinités

dominantes du Sahara sont avec l’Orient désertique représenté

par l’Égypte, une partie de la Palestine, l’Arabie, et une

partie de la Perse méridionale. — Le nombre des espèces qui se

retrouvent à la fois en Espagne et en Orient y est relativement

considérable. C’est surtout pour la région saharienne que nous

trouvons la confirmation de la loi que nous avons déjà énoncée,

d’après laquelle les influences selon la latitude sont dominantes

dans l’intérieur ; cette loi, pour rendre notre pensée d’une

manière plus saisissante, peut encore être exprimée de la manière

suivante : sous le rapport de la géographie botanique, en Algérie,

s’éloigner du littoral dans le sens du méridien, c’est moins

se rapprocher du tropique que de l’Orient. La comparaison de la

région saharienne de la province de Constantine avec celles de la

province d’Alger et d’Oran, d’après les faits qui nous sont

déjà connus, confirmerait notre manière de voir ; mais cette

comparaison, pour laquelle il n’existe encore que des documents

insuffisants, trouvera mieux sa place dans un autre travail pour

lequel nous espérons être à même de recueillir des données

plus complètes. — Ainsi que nous l’avons déjà dit ailleurs

(_Notes sur la culture du Dattier dans les oasis des Ziban_), la

culture en grand du Dattier est l’expression d’un concours de

conditions physiques et climatologiques qui dominent dans toute la

vaste zone presque privée de pluies, s’étendant de l’Océan

jusque vers la vallée de l’Indus, et qui impriment à cette

zone un caractère spécial révélé par l’uniformité de la

végétation. La présence simultanée sur la côte orientale de

l’Espagne et dans les déserts de l’Orient d’un certain nombre

d’espèces qui, en Europe, manquent dans les points intermédiaires,

est une nouvelle preuve de l’importance des influences désertiques

auxquelles la culture du Dattier est subordonnée. — De l’ensemble

des considérations que nous venons d’exposer, il nous paraît

résulter, de la manière la plus manifeste, que les cultures du

Sahara algérien doivent être celles du sud-est de l’Espagne,

et surtout celles des régions comprises dans la zone désertique ;

quant aux cultures tropicales, elles ne constitueront jamais, selon

nous, qu’une exception, même dans les localités qui semblent

devoir leur être le plus favorables, et elles seront peut-être

plutôt un objet de curiosité qu’une source réelle de richesse

pour notre belle colonie.

* * * * *

[Illustration : _Carte_ D’UN VOYAGE BOTANIQUE EN ALGÉRIE entrepris

en 1853 _sous le patronage du Ministère de la Guerre_ d’après la

CARTE DE LA SUBDIVISION DE BATNA.

Dressée par M. Rousseau, _Capitaine au 2e Régiment de la Légion

étrangère._

_Ann. des Scienc. nat. 4e Série._

_Bot._

_Payen del._

_N. Rémond imp. r. des Noyers, 65, Paris._

_Jacobs sc._]

Notes :

[Note 1 : Depuis le voyage qui fait l’objet du présent rapport,

nous avons, en 1854, grâce à la bienveillante protection du

Ministère de la Guerre, exploré les montagnes de l’Ouarsenis,

de Teniet-el-Haad, du petit Atlas, et surtout les montagnes les plus

élevées de la partie occidentale de la chaîne du Djurdjura, à la

suite de l’expédition dirigée par M. le Gouverneur général, et

sous l’appui d’un détachement de troupes indigènes commandé

par M. le capitaine Beauprêtre. — Pour pouvoir compléter le

rapport que nous avons déjà publié sur la province d’Oran en

l’étendant à la région saharienne, ainsi que pour étudier la

végétation de la province d’Alger dans ses diverses régions

naturelles, et en faire l’objet d’un travail parallèle à

celui que nous publions sur la province de Constantine, il nous

reste à explorer, dans les provinces de l’Ouest et du Centre,

les points extrêmes de l’occupation française, la région des

hauts-plateaux de la province d’Alger, ainsi que les montagnes

situées à la limite du Sahara. Un quatrième voyage que nous

nous proposons d’entreprendre cette année nous mettra à même

de réaliser le projet que nous indiquons, et de recueillir en

même temps des documents qui nous permettront de donner à la

publication de la _Flore d’Algérie_ une nouvelle impulsion. En

effet, par ces explorations, les diverses régions naturelles de

chaque province se trouvant suffisamment connues, nous serons à

même de publier un _Catalogue raisonné de la Flore d’Algérie_,

catalogue indispensable pour diriger les recherches des botanistes

qui s’occupent de l’exploration du pays, et qui ne sera pas

moins utile aux auteurs eux-mêmes de la _Flore d’Algérie_ en

servant de cadre à la rédaction d’un ouvrage aussi étendu.]

[Note 2 : Toutes les plantes que nous avons recueillies dans nos

voyages, et qui ne se trouvent pas encore au Muséum dans l’herbier

spécial d’Algérie, dont M. Ad. Brongniart a bien voulu nous

confier le classement, seront ajoutées par nous à cette importante

et riche collection.]

[Note 3 : Voyez, dans le présent rapport les articles sur les

cultures des environs de Philippeville, de Constantine, de Batna,

et de la vallée de l’Oued Abdi, ainsi que les considérations

agricoles, tirées de la géographie botanique, et consignées

dans le résumé. — Voyez également, dans le _Bulletin de la

Société Botanique de France_, t. II, p. 36 et 599, les notes sur

la culture du Dattier, et les autres cultures des oasis des Ziban,

par MM. E. Cosson et P. Jamin.]

[Note 4 : Voyez l’article déjà cité : Notes sur la culture

du Dattier.]

[Note 5 : Rapport sur un voyage botanique en Algérie d’Oran au

Chott El-Chergui (_Ann. sc. nat._, 3e sér., XIX, 83, et 4e sér.,

I, 220).]

[Note 6 : Le nom des espèces qui n’ont encore été observées

qu’en Algérie ou dans les deux États voisins, Maroc et Tunis,

est précédé du signe *.]

[Note 7 : La vallée de Bou-Merzoug, d’après les _Annales de la

Colonisation algérienne_, contiendrait plus de 20,000 hectares,

qui, pour être mis en culture, n’auraient besoin que de quelques

travaux de dessèchement.]

Rapport sur un voyage botanique en Algérie, de Philippeville à Biskra et dans les Monts Aurès, entrepris en 1853 sous le patronage du Ministère de la guerre · 第 15 / 16 段