Biskra[19], à 319 kilomètres de Philippeville, à 236 sud-ouest de

Constantine, à 126 sud de Batna, à 34° 56′ latitude boréale

et 3° 21′ longitude orientale, à 75 mètres d’altitude, est

située, au sud des derniers contre-forts de la chaîne de l’Aurès,

sur le cours de la rivière qui porte son nom, et qui résulte de

la réunion de l’Oued El-Kantara et de l’Oued Abdi. Cette ville

est pour ainsi dire par sa position la clef des oasis des Ziban dont

elle est la capitale ; il suffit de jeter les yeux sur une carte pour

comprendre son importance, car son occupation assure la soumission

des populeuses vallées de l’Aurès méridional et des oasis qui en

dépendent, en même temps que celle des nombreuses et importantes

oasis des Ziban[20]. — Le fort Saint-Germain est construit à

l’entrée de l’oasis de Biskra, vers la prise d’eau qui en

alimente les nombreuses _saguia_, d’où le nom de Ras-el-ma (Tête

de l’eau) donné par les indigènes aux constructions récentes qui

sont groupées dans le voisinage du fort. — Une population assez

nombreuse, et composée exclusivement d’indigènes, est agglomérée

dans plusieurs villages situés dans l’intérieur de l’oasis. Ces

villages sont composés de maisons construites en terre, couvertes

en terrasse, généralement à un seul étage, et placées pour la

plupart le long des ruelles qui sillonnent l’oasis, sur lesquelles

elles n’ont souvent que la porte pour toute ouverture. Leurs murs

sont composés d’espèces de briques, faites d’argile mêlée

à du fumier, et séchées au soleil ; des poutres de Dattier,

recouvertes des feuilles du même arbre, soutiennent la terre battue

qui constitue la terrasse ; des planches grossières en bois de

Dattier, et réunies par des traverses de Genévrier, en forment

les portes. Un ruisseau longe habituellement l’un des côtés de

la ruelle, et ses eaux, souillées par l’incurie des habitants,

servent à tous leurs usages domestiques. Les villages sont entourés

de toutes parts des jardins de l’oasis, dont quelques-uns sont assez

étendus. Dans les clairières de l’oasis ou au bord des chemins,

çà et là se trouvent réunies la tente en poil de chameau de

l’Arabe nomade et la hutte en feuilles de Dattiers qu’habite le

Nègre. A peu de distance du premier village arabe, au sud de Biskra,

avait été construit en pisé l’ancien fort de Biskra, abandonné

récemment depuis la construction du fort de Saint-Germain. Les

jardins qui dépendent de l’ancien village européen qui était

protégé par le fort, et dont il n’existe plus que des vestiges,

sont encore cultivés par les soldats de la garnison qui, à l’ombre

des Dattiers, y entretiennent des cultures potagères. — Plusieurs

moulins arabes, d’une construction toute primitive, sont établis

sur les principaux canaux dérivés de l’Oued Biskra, et seront

probablement remplacés bientôt par des usines plus perfectionnées,

dont le moulin à turbine et à deux tournants, bâti pour le caïd,

ne tardera pas à démontrer tous les avantages aux indigènes. Les

canaux de dérivation se ramifient en d’innombrables _saguia_ qui

servent à l’arrosement de toutes les cultures, et permettent de

faire arriver l’eau avec facilité au pied de chacun des arbres

de l’oasis. Les eaux de ces _saguia_ tiennent en dissolution une

assez grande quantité de sel marin et d’autres substances salines ;

aussi partout où elles ne sont pas ombragées, voit-on généralement

leurs bords se couvrir des plantes qui affectionnent spécialement

les lieux salés : diverses Salsolacées, _Aizoon Hispanicum_,

_Mesembryanthemum nodiflorum_, etc. Dans les endroits ombragés et au

voisinage des _saguia_, les plantes salines font ordinairement place

à une végétation rudérale presque entièrement européenne. Pour

éviter d’inutiles redites, nous croyons devoir grouper dans une

même liste toutes les plantes que nous avons observées dans les

terrains cultivés des diverses oasis que nous avons visitées ;

car ce sont à peu près les mêmes espèces qui se rencontrent dans

toutes les cultures de la région saharienne.

_Liste des plantes observées dans les cultures et dans les endroits

arrosés des oasis_.

=Renonculacées.=

ADONIS microcarpa DC. (Tun. Med. austr. Can.).

æstivalis L. (Eur.).

dentata Delil. (Tun. Trip. Æg. Or.).

RANUNCULUS arvensis L. (Eur. Or.).

muricatus L. (Eur. austr. Tauri. Can.).

trilobus Desf. (Hisp. Gall. austr. It. Græc. Can.).

DELPHINIUM cardiopetalum DC. (Eur. austr.).

=Papavéracées.=

PAPAVER hybridum L. (Eur. Or. Can.).

Rhœas L. (Eur. As. Can.).

RŒMERIA hybrida DC. (Med. Tauri. Æg. Arab.).

GLAUCIUM corniculatum Curt. (Eur. austr. Or. Can.).

HYPECOUM procumbens L. (Med.).

pendulum L. (Tun. Eur. austr. occ. Arab.).

=Crucifères.=

CLYPEOLA Jonthlaspi L. (Eur. austr. Or.).

CAPSELLA Bursa-pastoris DC. (Eur. As.).

IBERIS pectinata Boiss. (Hisp.).

MALCOLMIA Africana B. Br. (Hisp. Gall. austr. Cauc.).

SISYMBRIUM officinale Scop. (Eur.).

Irio L. (Eur. Or. Can.).

runcinatum Lagasc. (Hisp.).

erysimoides Desf. (Tun. Hisp. Sard. Can.).

ERYSIMUM strictum Fl. Wett. _var._ micranthum J. Gay. (Hisp.).

SENEBIERA Coronopus Poir. (Eur. As.).

SINAPIS geniculata Desf. (Tun. Syr.).

arvensis L. (Eur.).

MORICANDIA arvensis DC. (Tun. Med. austr.).

DIPLOTAXIS erucoides DC. (Med. Or.).

ERUCA sativa Lmk. (Eur. centr. et austr. Or.).

CARRICHTERA Vellæ DC. (Tun. Med. austr. Or.).

RAPISTRUM Linnæanum Boiss. et Reut. (Hisp. Gall.).

=Résédacées.=

RESEDA alba L. (Med. Or.).

Phyteuma L. (Eur. centr. austr. Azor.).

lutea L. (Eur. centr. austr.).

=Frankéniacées.=

FRANKENIA pulverulenta L. (Tun. Eur. austr. Or. Can.).

=Caryophyllées.=

SILENE inflata Sm. (Eur.).

rubella L. (Tun. Med. austr.).

nocturna L. (Med.).

muscipula L. (Tun. Med.).

SPERGULA arvensis L. (Tun. Eur.).

STELLARIA media Sm. (Eur. As. Can.).

SPERGULARIA media Pers. (Tun. Eur. occ. austr.).

=Linées.=

LINUM strictum L. (Tun. Eur. austr. Or.).

=Malvacées.=

MALVA sylvestris L. (Eur. Sib.).

— _var._ dasycarpa.

Nicæensis All. (Med.).

parviflora L. (Tun. Med.).

ALTHÆA Ludwigii L. (Sic. Æg.).

HIBISCUS Trionum L. (Med. austr. Or.).

=Hypéricinées.=

HYPERICUM tomentosum L. (Tun. Med. Or.).

=Géraniacées.=

GERANIUM dissectum L. (Eur. Or. Can.).

ERODIUM laciniatum Cav. (Tun. Med. Æg. Can.).

Ciconium Willd. (Tun. Eur. austr.).

Cicutarium L’Hérit. (Eur. Or.).

moschatum L’Hérit. (Gall. occ. Eur. austr.).

malachoides Willd. (Tun. Med. Can.).

=Zygophyllées.=

TRIBULUS terrestris L. (Gall. occ. Eur. austr. Or. Seneg.).

=Légumineuses.=

MEDICAGO Lupulina L. (Eur. Am. bor.).

apiculata Willd. (Eur. centr. austr.).

denticulata Willd. (Eur. centr. austr.).

pentacycla DC. (Eur. austr.).

tribuloides Lmk. (Tun. Med.).

ciliaris Willd. (Hisp. Gall. austr. It.).

TRIGONELLA Fœnum-Græcum L. (_subsp._).

Monspeliaca L. (Gall. Eur. austr. Or.).

MELILOTUS parviflora Desf. (Eur. austr. Æg. Can. Ind.).

Messanensis Desf. (It. Sic.).

sulcata Desf. (Med. Æg.).

TRIFOLIUM fragiferum L. (Eur. Or.).

tomentosum L. (Med.).

ASTRAGALUS hamosus L. (Tun. Med. Or.).

SCORPIURUS sulcata L. (Tun. Med. Can.).

ARTHROLOBIUM scorpioides DC. (Tun. Med. Or.).

VICIA calcarata Desf. (Tun. Hisp. Can.).

ACACIA Farnesiana Willd. (_subsp._).

=Cucurbitacées.=

ECBALIUM Elaterium Rich. (Med. Eur. occ.).

=Lythrariées.=

LYTHRUM Hyssopifolia L. (Eur. Am. Nov. Holl.).

=Paronychiées.=

PTERANTHUS echinatus Desf. (Tun. Æg. Arab. Cypr. Cauc.).

=Ficoïdées.=

MESEMBRYANTHEMUM nodiflorum L. (Tun. Med. austr.).

AIZOON Hispanicum L. (Tun. Hisp. Can.).

=Ombellifères.=

APIUM graveolens L. (Eur. Am.).

AMMI Visnaga Lmk. (Tun. Med. Or.).

*CARUM Mauritanicum Boiss. et Reut.

TORILIS nodosa Gærtn. (Eur. Or.).

SCANDIX australis L. (Med. Or.).

CORIANDRUM sativum L. (_subsp._).

=Rubiacées.=

RUBIA tinctorum L. — (_subsp._).

GALIUM saccharatum L. (Tun. Eur. austr.).

=Composées= (Cynarocéphales).

CALENDULA arvensis L. (Eur. Æg. As.).

CENTAUREA Melitensis L. (Tun. Eur. austr. Can.).

Nicæensis All. (Tun. Hisp. Sard. Sic.).

Calcitrapa L. (Eur. Or.).

KENTROPHYLLUM lanatum DC. (Eur.).

*SILYBUM eburneum Coss. et DR.

CARDUUS confertus Moris _var._ (Tun. Med. austr.).

pycnocephalus L. (Eur. occ. austr. Or.).

=Composées= (Corymbifères).

BELLIS annua L. (Med. Or. Can.).

MICROPUS supinus L. (Tun. Med. Or.).

bombycinus Lagasc. (Med. Or.).

PALLENIS spinosa Cass. (Tun. Eur. austr. Or. Can.).

PERIDEREA fuscata Webb. (Med.)

XANTHIUM antiquorum Wallr. (Or.).

ANACYCLUS tomentosus DC. (Tun. Med.).

CHRYSANTHEMUM segetum L. (Eur.).

coronarium L. (Med. Or. Can.).

FILAGO Jussiæi Coss. et Germ. (Eur. centr. austr.).

=Composées= (Chicoracées).

SCOLYMUS maculatus L. (Tun. Med. Or.).

Hispanicus L. (Tun. Eur. occ. austr. Can.).

grandiflorus Desf. (Tun. Med. austr.).

RHAGADIOLUS stellatus Gærtn. (Tun. Med. Or.).

KŒLPINIA linearis Pall. (Tun. Ross. austr. Or.).

HYOSERIS scabra L. (Tun. Med. Or.).

CICHORIUM divaricatum Schousb. (Tun. Med.).

PODOSPERMUM laciniatum DC. _var._ intermedium (Med.).

UROSPERMUM picroides Desf. (Tun. Med. Mad.).

HELMINTHIA echioides L. (Eur. centr. austr.).

PICRIDIUM Tingitanum Desf. (Tun. Med. austr. Or.).

SONCHUS tenerrimus L. (Tun. Med.).

maritimus L. (Tun. Eur. occ. austr.).

oleraceus L. (orbe fere toto).

ANDRYALA tenuifolia DC. (Tun. Med.).

=Primulacées.=

CORIS Monspeliensis L. (Tun. Med. Æg.).

ANAGALLIS arvensis L. (orbe fere toto).

SAMOLUS Valerandi L. (orbe fere toto).

=Gentianées.=

ERYTHRÆA spicata Pers. (Med. Or.).

=Convolvulacées.=

CONVOLVULUS arvensis L. (orbe fere toto).

=Borraginées.=

HELIOTROPIUM Europæum L. (Tun. Eur. As.).

supinum L. (Tun. Med. Or.).

NONNEA micrantha Boiss. et Reut. (Hisp.).

CYNOGLOSSUM pictum Ait. (Eur. austr. Or.).

=Solanées.=

NICOTIANA rustica L. (_subsp._).

=Scrophularinées.=

VERBASCUM sinuatum L. (Tun. Med. Or.).

LINARIA spuria Willd. (Eur. Mad. Am. bor.).

VERONICA Anagallis L. (Eur. Cypr. Or.).

=Verbénacées.=

VERBENA supina L. (Tun. Med. austr. Æg. Can.).

LIPPIA nodiflora Rich. (Tun. Trip. Eur. austr. Æg.).

=Labiées.=

MARRUBIUM vulgare L. (Eur. Or.).

Alysson L. (Tun. Hisp. Sard. It. Or.).

TEUCRIUM campanulatum L. (Tun. Hisp. Sic.).

Polium L. (Tun. Med. Or.).

=Plantaginées.=

PLANTAGO major L. (orbe fere toto).

albicans L. (Tun. Med.).

Lagopus L. (Med. Or.).

amplexicaulis Cav. (Tun. Hisp. Græc. Or. Can.).

Coronopus L. (Tun. Eur. Can.).

Psyllium L. (Tun. Med. Or. Can.).

=Salsolacées.=

BETA vulgaris L. (Tun. Eur. austr.).

BLITUM virgatum L. (Tun. Eur. austr. Or.).

ATRIPLEX patula L. (Eur. Azor.).

CHENOPODIUM murale L. (Eur. Or.).

=Amarantacées.=

AMARANTUS sylvestris Desf. (Eur. centr. austr.).

=Polygonées.=

POLYGONUM aviculare L. (Eur. Or. Sib.).

EMEX spinosa Campd. (Tun. Med. austr.).

RUMEX conglomeratus Murr. (Eur.).

pulcher L. (Eur. Tauri. Can.).

=Euphorbiacées.=

EUPHORBIA Chamæsyce L. (Tun. Eur. austr. Or.).

Peplus L. (Eur. Or.).

falcata L. (Eur. centr. austr.).

exigua L. (Eur.).

MERCURIALIS annua L. (Eur.).

=Urticées.=

URTICA urens L. (Eur.).

=Ulmacées.=

ULMUS campestris L. (_introduct._).

=Liliacées.=

ALLIUM roseum L. (Tun. Eur. austr. Or.).

ASPHODELUS fistulosus L. (Tun. Med. Or.).

=Joncées.=

JUNCUS bufonius L. (Tun. Eur. Sib. Æg. Arab. Am. bor.).

=Cypéracées.=

CYPERUS rotundus L. (Eur. Or.).

=Graminées.=

PHALARIS brachystachya Link (Med. Can.).

minor Retz (Tun. Eur. occ. austr. Arab. Can.).

AGROSTIS alba L. _var._ coarctata (Eur. centr. Med.).

verticillata Vill. (Med. Or. Can.).

POLYPOGON Monspeliensis Desf. (Eur. occ. austr. Can. Am. austr.).

AVENA sterilis L. (Tun. Med. Eur. austr.).

barbata Brot. (A. hirsuta Roth). (Tun. Eur. centr. Med. Cauc.).

fatua L. _var._ glabrescens (A. hybrida Peterm.).

(Eur. centr. austr. Can.).

KŒLERIA phleoides Pers. (Tun. Med.).

BROMUS macrostachyus Desf. (Med.).

maximus Desf. _var._ Gussonii Parlat. (Eur. austr.).

HORDEUM murinum L. (Eur. Or. B. sp.).

ÆGILOPS ovata L. _var._ triaristata (Tun. Med. Or.).

LEPTURUS incurvatus Trin. (Eur. austr. Or.).

Le nombre des Dattiers (110,858) et des arbres fruitiers (6,046)

qui composent l’oasis peut donner une idée de son étendue, et

l’on peut juger de l’importance de ses produits par l’impôt

considérable que prélève l’administration ; car pour chaque pied

d’arbre les indigènes ne paient pas moins de 40 centimes. Outre

le Dattier[21], base des cultures sahariennes, les jardins des

oasis de Biskra présentent plusieurs espèces d’arbres dont

l’introduction est antérieure à l’occupation française. Nous

nous bornerons ici à dresser la liste de ces arbres, et celle des

plantes cultivées par les indigènes ou récemment introduites ;

car nous avons donné ailleurs[22] des détails qui permettent de

comparer les ressources agricoles de la région saharienne avec

celles des régions littorales et des hauts-plateaux dont nous avons

parlé plus haut, et avec celle de la région montagneuse dont nous

nous occuperons dans la suite de ce rapport.

_Liste des arbres plantés dans les oasis de Biskra, antérieurement

à l’occupation française_.

Phœnix dactylifera.

Ficus Carica.

Olea Europæa.

Punica Granatum.

Citrus Aurantium.

Vitis vinifera.

Acacia Farnesiana.

Zizyphus Spina-Christi.

Ulmus campestris.

Cupressus sempervirens.

_Liste des végétaux cultivés dans les oasis de Biskra,

antérieurement à l’occupation française_.

Hordeum vulgare.

Triticum durum.

Sorghum vulgare.

— cernuum.

Penicillaria spicata.

Allium Cepa.

Capsicum annuum.

Faba vulgaris.

Cucumis Citrullus, et autres espèces.

Cucurbita, diverses espèces et variétés.

Hibiscus esculentus.

Coriandrum sativum.

Cannabis sativa.

Nicotiana rustica.

Lawsonia inermis.

Le jardin d’acclimatation de Beni-Mora, bien que sa fondation soit

toute récente (1852), a puissamment contribué aux progrès agricoles

du pays, grâce au zèle et à l’activité de son directeur,

M. P. Jamin. Ce jardin, heureusement situé pour l’instruction

agricole des tribus, devrait être cependant, en raison de quelques

conditions défavorables, moins un jardin d’acclimatation proprement

dit qu’une pépinière où les plantes acquerraient le degré de

rusticité nécessaire pour pouvoir être livrées, avec des chances

de succès, aux indigènes, qui, d’ici à quelque temps du moins,

ne sauront pas toujours leur donner les soins convenables. Les essais

d’introduction de nouveaux végétaux doivent généralement

être faits dans des terrains de choix où ces végétaux soient

soustraits aux influences dangereuses qui peuvent les atteindre

avant leur acclimatation complète. Or Beni-Mora, situé en dehors de

l’oasis, planté d’un nombre insuffisant de Dattiers et dépourvu

d’enceinte, est exposé par cela même à la violence des vents,

contre lesquels les brise-vents, formés d’arbrisseaux plantés

en ligne, ne sont qu’une protection bien insuffisante. Dans des

localités mieux abritées contre le siroco et le vent du nord, et

où les irrigations peuvent être pratiquées avec des eaux douces,

et non chargées de principes salins, on obtiendrait avec moins

d’efforts de meilleurs résultats. Quelques hectares bien choisis

dans la grande oasis de Biskra, ou mieux encore dans celles de Branis

ou de Mchounech, qui présentent ces avantages, permettraient très

probablement de réaliser des acclimatations de végétaux, qui, à

Beni-Mora, n’ont pas donné jusqu’ici de résultats satisfaisants.

_Liste des végétaux ligneux acclimatés à Beni-Mora_[23].

Morus nigra.

— alba.

— alba _var._ multicaulis.

Populus alba.

Salix Babylonica.

— pedicellata.

†Populus pyramidalis.

Cupressus sempervirens.

Tamarix, diverses espèces du pays.

†Pistacia Atlantica.

Schinus Molle.

— terebinthifolius.

Sambucus nigra.

Elæagnus angustifolia.

†Latania rubra.

†Eugenia uniflora.

†Jambosa Pseudo-malaccensis.

†Sapindus Indica.

Cordia Myxa.

Nerium Oleander.

Melia Azedarach.

†Gleditschia triacanthos.

†Ficus elastica.

†Pircunia dioica.

†Robinia Pseudoacacia.

Celtis australis.

†Pinus Halepensis.

†Bambusa, diverses espèces.

Acacia Nilotica.

— Verek.

— Arabica.

— Lebbeck.

†Pyrus communis.

†Malus communis.

†Persica vulgaris.

†Eriobotrya Japonica.

Zizyphus vulgaris.

†Psidium pomiferum.

†— pyriferum.

Musa paradisiaca.

_Liste des végétaux alimentaires acclimatés à Beni-Mora_.

Triticum durum.

— sativum.

Secale Cereale.

Avena sativa.

Céréales diverses d’Abyssinie.

Panicum miliaceum.

Sorghum vulgare.

— cernuum.

Oryza sativa, diverses variétés.

Convolvulus Batatas.

†Solanum tuberosum.

†Pisum sativum.

†Phaseolus vulgaris.

†Ervum Lens.

Cajanus flavus.

Brassica oleracea, et diverses variétés.

Sinapis Chinensis Hort.

Cynara Scolymus.

— Cardunculus.

Apium graveolens.

Asparagus officinalis.

Daucus Carota.

Raphanus sativus.

Tragopogon porrifolius.

Scorzonera Hispanica.

Brassica Napus.

Beta vulgaris _var._ rapacea.

Allium sativum.

— Porrum.

— Ascalonicum.

Cichorium Intybus.

Lactuca sativa.

— Endivia.

Valerianella olitoria.

— carinata.

— eriocarpa.

Nasturtium officinale.

Lepidium sativum.

Rumex Acetosa.

Atriplex hortensis.

Beta vulgaris _var._ Cicla.

Spinacia inermis.

Basella latifolia Hort.

Amarantus Chinensis Hort.

Petroselinum sativum.

Poterium dictyocarpum.

Chærophyllum sativum.

†Lycopersicum esculentum.

Capparis spinosa _var._ canescens.

_Liste des plantes fourragères acclimatées à Beni-Mora_.

Trigonella Fœnum-græcum.

†Medicago sativa.

Sinapis alba.

Lolium perenne.

_Liste des plantes industrielles acclimatées à Beni-Mora_.

Gossypium, diverses espèces et variétés.

Linum usitatissimum.

Cannabis sativa.

— Chinensis Hort.

Corchorus textilis Hort.

Arachis hypogæa.

Papaver somniferum.

Camelina sativa.

Sesamum Orientale.

Ricinus communis _var._

†Elæis Guineensis.

Indigofera argentea.

— Anil.

— tinctoria.

Carthamus tinctorius.

Rubia tinctorum.

Crocus sativus.

†Saccharum officinarum.

Lippia citriodora.

Helianthus annuus.

Dipsacus fullonum.

Nicotiana Tabacum.

Opuntia coccinellifera.

Agave Americana.

Opuntia Ficus-Indica.

Aloe, plusieurs espèces.

Indépendamment des nombreux végétaux utiles déjà introduits dans

les cultures de Beni-Mora, il nous resterait encore à mentionner

les plantes d’ornement qui y sont acclimatées, et dont nous avons

donné la liste dans nos notes sur les cultures des oasis des Ziban.

Il ne faut pas juger par l’état actuel des cultures des oasis,

toutes prospères quelles sont, de l’avenir qui leur est réservé ;

car les guerres continuelles que se livraient autrefois les tribus,

et qui les forçaient à porter plutôt leurs efforts sur la défense

de leurs cultures que sur leur perfectionnement, ne permettaient

pas les progrès qui pourront être facilement réalisés sous

l’administration pacifique et la tutelle bienveillante de la

France. Ceci n’est pas une simple hypothèse ; car nous avons vu

les tribus soumises des environs de Biskra et de l’Aurès, recevoir

avec empressement les instructions qui leur sont données, au jardin

d’acclimatation et dans les tournées agricoles du directeur

de la pépinière, pour l’amélioration de leurs cultures et

l’introduction de nouvelles espèces végétales. L’influence des

chefs, dont le dévouement a été récemment prouvé d’une manière

si frappante par l’admirable expédition de Ouargla, viendra

utilement se joindre aux efforts éclairés de l’administration de

notre belle colonie pour combattre l’esprit de routine, heureusement

moins tenace chez les Sahariens que chez certains peuples que leur

civilisation plus avancée devrait rendre moins rebelles à l’esprit

du progrès.

Le sol des immenses plaines qui entourent Biskra est composé de

terrains argilo-calcaires, ordinairement plus ou moins salés et

quelquefois pierreux, ainsi que nous l’avons déjà signalé pour

la plaine étendue du Col-de-Sfa à Biskra. Le sable pur et mouvant

ne se rencontre, au contraire, aux environs immédiats de Biskra

que sur quelques points circonscrits. A 6 kilomètres à peu près

au sud-ouest de la ville, des rochers élevés sont entourés et

couverts en partie de sable ; ce massif est connu des indigènes

sous le nom de Maouïa, et est désigné par les Européens sous

celui de Montagne-de-sable. — Cette montagne est composée de deux

chaînes de rochers parallèles se dirigeant de l’est à l’ouest,

et séparées seulement par un ravin étroit où s’est accumulé

un épais dépôt de sable. La plaine argileuse qui précède la

montagne offre la plupart des espèces caractéristiques des plaines

des environs de Biskra. Ainsi on y rencontre le _Neurada procumbens_

appliqué sur le sol ; le _Bubania Feei_ et le _Limoniastrum

Guyonianum_ y croissent en grande abondance ; les petites touffes

fructifères et hygrométriques de l’_Anastatica Hierochuntica_

n’y sont souvent fixées au sol que par l’extrémité de leur

racine pivotante ; çà et là s’observent l’_Atractylis flava_

et le _Pennisetum dichotomum_ qui n’y est pas rare ; dans les

ravins peu profonds dont la plaine est sillonnée, se rencontre le

_Lonchophora Capiomontiana_. La zone sablonneuse à la base de la

pente méridionale présente des touffes des : _Astragalus Gombo_,

_Scrophularia deserti_, _Bubania Feei_, _Calligonum comosum_,

_Euphorbia Guyoniana_, _Arthratherum pungens_ et _Danthonia

Forskalii_, entre lesquelles croissent les :

Malcolmia Ægyptiaca.

Hussonia Ægiceras.

Silene Nicæensis.

Argyrolobium uniflorum.

Polycarpæa fragilis.

Centaurea polyacantha.

Catananche arenaria.

Asphodelus pendulinus.

Festuca divaricata _var._ Memphitica.

Arthratherum plumosum.

— obtusum.

Corynephorus articulatus.

Bromus tectorum, etc.

Sur la pente méridionale assez abrupte le sable ne se trouve

qu’entre les anfractuosités des rochers ; aussi y observe-t-on

des espèces rupestres mêlées aux plantes des sables, entre autres :

Rhus dioica.

Argyrolobium uniflorum.

Retama Duriæi.

Ononis angustissima.

Rhanterium adpressum.

Centaurea omphalotricha.

Antirrhinum ramosissimum.

Periploca angustifolia.

Bubania Feei.

Ephedra fragilis.

Pappophorum brachystachyum.

Andropogon laniger.

Digitaria commutata.

Arthratherum ciliatum.

Aristida Adscensionis.

Un peu au-dessous du sommet se rencontrent des débris de murailles,

restes probablement de constructions romaines. A partir de ce point

les rochers disparaissent sous une épaisse couche de sable, et sur

cette pente mouvante croissent seulement l’_Arthratherum pungens_,

de nombreuses touffes de _Cyperus conglomeratus_ var., l’_Astragalus

Gombo_ et le _Calligonum comosum_ dont les troncs tortueux sont

presque enfouis dans le sable que dépassent seules les sommités

équisétiformes de l’arbuste. Le point culminant est formé d’un

sable tellement mobile qu’il exclut toute végétation.

Rapport sur un voyage botanique en Algérie, de Philippeville à Biskra et dans les Monts Aurès, entrepris en 1853 sous le patronage du Ministère de la guerre · 第 7 / 16 段