Lao-Kaï est une des portes du Tonkin, celle qui le fait communiquer avec
cette vaste province chinoise, le Yunnan, célèbre par ses richesses
minières et que la convention de 1898 avec la Chine a placée dans notre
zone d'influence. Jusqu'ici, les communications par Lao-Kaï étaient
malaisées. Le fleuve Rouge, qui l'arrose, n'est guère navigable,
au-dessus de Yen-Baï, aux petits vapeurs des Correspondances fluviales;
tout le trafic se fait par jonques, péniblement. Et c'est pourquoi, dès
1898, était décidée la construction d'une voie ferrée Hanoï-Lao-Kaï,
première partie de la grande ligne Tonkin-Yunnan.
Le gouverneur général de l'Indo-Chine, M. Beau, a voulu montrer tout
l'intérêt que la France attache à cette oeuvre d'extension pacifique. Il
vient de visiter les travaux de la voie et de remonter le fleuve jusqu'à
Lao-Kaï, que le rail, espère-t-on, atteindra en avril prochain; à
l'heure actuelle, les trains, partis de Hanoï, la capitale, vont jusqu'à
Traï-Hutt. Notre photographie rappelle le voyage de M. Beau dans la
pittoresque petite ville de Lao-Kaï (900 à 1.000 habitants), qui étale,
sur un promontoire verdoyant, au confluent du fleuve Rouge et de la
petite rivière de Kaï-Hoa, ses bâtiments neufs, ses entrepôts, ses
maisonnettes blanches entourées de jardinets fleuris.
Ainsi placée à la frontière (qui, sur la rive droite du fleuve, remonte
plus au nord), Lao-Kaï, outre son importance commerciale, a une valeur
stratégique; c'est le chef-lieu du 4e territoire militaire.