Le 27 février a eu lieu l'inauguration solennelle du Dôme de Berlin.
L'empereur avait tenu à célébrer cette cérémonie avec le plus grand
apparat: il la présidait en personne, ayant à ses côtés l'impératrice et
le prince héritier; aux premiers rangs de la brillante assistance, on
remarquait les membres de la famille royale de Prusse, les souverains
allemands, les représentants des souverains étrangers et des Etats de
religion évangélique, le chancelier de l'empire, les ministres
prussiens, le corps diplomatique, les généraux et les amiraux.
[Illustration: Le nouveau Dôme de Berlin.]
La nouvelle cathédrale protestante s'élève sur le bord de la Sprée, à
proximité du château royal et du musée d'art, séparés par la promenade
Sous les Tilleuls. D'un aspect assez lourd dans son ensemble, cet énorme
édifice est d'un style hybride, se rattachant surtout à la Renaissance
italienne; une profusion d'ornements et de statues en surcharge la
décoration à l'intérieur comme à l'extérieur. Le projet d'édification de
ce temple remonte au seizième siècle, et plusieurs rois de Prusse, entre
autres le grand Frédéric, s'en préoccupèrent, sans toutefois le mener à
bien; c'est vers 1894 que furent entrepris les travaux définitifs, sur
les plans de l'architecte Raschdorff, et celui-ci en poursuivit
l'exécution avec le concours de son fils. La forêt d'échafaudages
masquant la construction laborieuse du Dôme vient enfin d'être abattue,
et l'événement a pris d'autant plus d'importance aux yeux de Guillaume
II qu'il se flatte d'avoir doté sa capitale d'un imposant monument
religieux qui, dans sa pensée, doit être pour les protestants ce que
Saint-Pierre de Rome est pour les catholiques.