SOUVENIR D'UNE PROMENADE.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que le voyageur le plus

exact est justement celui qui le paraît le moins, et qui, sans s'occuper

de l'ordre ou de l'exactitude des faits, raconte fidèlement, dans toute

leur naïveté, non l'histoire de son voyage, mais celle de ses

sensations.

Il est malheureux que cette idée soit venue à beaucoup de gens d'esprit

avant de traverser mon cerveau. A compter de Sterne, je ne sais pas un

de ces prétendus voyageurs sentimentaux qui ne se soient crus dans

l'obligation d'orner singulièrement la vérité de leurs souvenirs, pas un

qui n'y ait mêlé des incidents évidemment romanesques. Comme si la

vérité ne suffisait pas toujours et partout.

Et, en parlant de Sterne, je veux bien croire à l'histoire du Sansonnet,

mais j'attesterais devant toutes les cours de justice de ce monde ou de

l'autre qu'il n'a jamais rencontre, à une demi-lieue de Moulins, sous un

peuplier, Maria la folle tout de blanc vêtue, avec un ruban vert-pâle en

sautoir, un chalumeau pendu à ce ruban, un cordon attaché à sa ceinture,

et, au bout de ce cordon, un petit chien. Un petit chien nommé

Sylvio!--à une demi-lieue du Moulins.

L'Illustration, No. 0027, 2 Septembre 1843 · 第 10 / 29 题