IV

--Monsieur Waythorn, je n’aime pas cette gouvernante française de Lily.

Haskett, humble et soumis, se tenait debout dans la bibliothèque,

tournant et retournant entre ses mains son chapeau défraîchi.

Waythorn, surpris dans son fauteuil, un journal du soir sur les genoux,

jeta un regard interloqué sur son visiteur.

--Excusez-moi de vous avoir demandé, continua Haskett; c’est la dernière

fois que je viens ici, et j’ai pensé que, si je pouvais vous dire deux

mots, cela vaudrait mieux que d’écrire à l’avoué de Mrs Waythorn.

Waythorn se leva, mal à l’aise. Il n’aimait pas non plus la gouvernante

française, mais là n’était pas la question.

--Je n’en suis pas aussi sûr, répondit-il sèchement; mais puisque vous

me le demandez, j’exprimerai votre désir à ma femme.

Il hésita à employer le pronom possessif en s’adressant à Haskett. Ce

dernier soupira.

--Je ne sais si cela servira à grand’chose; elle n’a pas paru s’en

soucier quand je lui ai parlé.

Waythorn rougit:

--Quand l’avez-vous vue? demanda-t-il brusquement.

--Pas depuis le premier jour où je suis venu voir Lily, dès qu’elle est

tombée malade. J’ai fait observer ce jour-là à Mrs Waythorn que la

gouvernante me déplaisait.

Waythorn ne répondit pas. Il se rappela très clairement avoir demandé à

sa femme, après la première visite de Haskett, si elle l’avait vu. Elle

lui avait donc menti ce jour-là, mais elle avait, depuis, respecté ses

volontés, et cet incident jetait une lumière nouvelle sur son caractère.

Il était persuadé qu’elle n’aurait pas vu Haskett ce jour-là si elle eût

soupçonné la répugnance de son mari pour cette entrevue; mais ce manque

de perspicacité de sa part fut aussi désagréable à Waythorn que la

découverte du mensonge.

--Je n’aime pas cette personne, répétait Haskett avec une douce

insistance. Elle n’est pas franche, monsieur Waythorn, elle apprendra à

l’enfant la dissimulation. J’ai déjà remarqué en Lily un changement

fâcheux; elle cherche trop à être agréable à tout le monde, et elle ne

dit plus toujours la vérité, elle qui était la plus droite au monde,

monsieur Waythorn...--Il s’arrêta, la voix un peu étranglée.--Non pas

que je veuille l’empêcher de recevoir une éducation soignée,

ajouta-t-il.

Waythorn fut touché.

--Je regrette, monsieur Haskett, mais je ne vois franchement pas ce que

je peux faire.

Haskett hésita. Puis il posa son chapeau sur la table, et s’avança

devant la cheminée où se tenait Waythorn. Il n’y avait rien d’agressif

dans son attitude: c’était seulement un homme timide, résolu à prendre

une décision nette dans une affaire d’importance.

--Vous pouvez faire une chose, monsieur Waythorn, dit-il. Vous pouvez

rappeler à Mrs Waythorn que, par un décret du tribunal, j’ai voix au

chapitre en ce qui concerne l’éducation de Lily.

Il s’arrêta et reprit:

--Je ne suis pas de ceux qui mettent toujours leurs droits en avant,

monsieur Waythorn; je le trouverais d’ailleurs déplacé de la part d’un

homme qui n’a pas su les maintenir. Mais, en ce qui concerne l’enfant,

c’est différent. Je n’ai jamais cédé sur ce point, et je ne céderai

jamais.

* * * * *

Cette scène avait fortement ébranlé Waythorn. Honteusement, et par des

voies indirectes, il avait appris sur le passé de Haskett beaucoup de

détails qu’il ignorait jusqu’alors; et tout ce qu’il découvrait sur lui

lui était favorable. Ce petit homme, pour être près de sa fille, avait

vendu sa part dans une affaire des plus prospères à Utica et accepté un

modeste emploi de commis dans une fabrique de New-York. Il habitait en

meublé une rue pauvre de la ville et ne voyait presque personne. Sa

passion pour Lily était l’unique objet de sa vie. Waythorn eut

l’impression que ses investigations sur Haskett ressemblaient fort à une

inquisition ténébreuse faite à la faveur d’une lanterne sourde dans le

passé de sa femme. Mais il voyait maintenant qu’il y restait des

profondeurs que sa lanterne n’avait pas explorées. Il ne s’était jamais

enquis des circonstances exactes du premier divorce d’Alice. En

apparence tout avait été correct et honorable. C’était elle qui avait

obtenu le divorce et la garde de l’enfant. Mais Waythorn savait fort

bien toutes les restrictions que peut dissimuler un verdict de ce genre;

et le simple fait que Haskett conservait un droit sur sa fille

impliquait un compromis non avoué. Waythorn était un idéaliste. Il se

refusait toujours à croire aux éventualités désagréables jusqu’au moment

où il se trouvait en face d’elles, et il en déduisait alors une série de

conséquences fantastiques. Les journées qui suivirent sa découverte

furent hantées par d’effrayants fantômes, et il résolut, pour les

chasser, d’évoquer tous ces spectres en présence de sa femme. Lorsqu’il

lui fit part de la requête de Haskett, une flamme de colère éclaira le

visage habituellement placide de Mrs Waythorn, mais elle se ressaisit

aussitôt, et s’exprima seulement avec un léger frémissement de mère

outragée.

--Il n’agit vraiment pas en homme du monde, dit-elle.

Le mot irrita Waythorn.

--Cela n’a rien à y voir. C’est une question de droit.

Elle murmura:

--Ce n’est pas comme s’il pouvait jamais être d’aucune utilité à Lily.

Cette réponse froissa Waythorn plus profondément.

--La question est celle-ci: quelle autorité a-t-il sur elle?

répéta-t-il.

Elle baissa les yeux, en se tortillant un peu sur sa chaise.

--Je veux bien le voir; je croyais que vous vous y opposiez,

balbutia-t-elle.

En un clin d’œil il comprit qu’elle connaissait l’étendue des droits de

Haskett; peut-être n’était-ce pas la première fois qu’elle y résistait.

--Que je m’y oppose ou non, cela n’importe en rien, répondit-il

froidement. Si Haskett a voix au chapitre, il faut le consulter.

Elle éclata en sanglots, et il vit qu’elle s’attendait à être considérée

par lui comme une victime.

* * * * *

Haskett n’abusa pas de ses droits. Dans son for intérieur, Waythorn

avait prévu qu’il ne le ferait pas. Mais la gouvernante fut renvoyée,

et, de temps en temps, le petit homme demandait à voir Alice. Après la

première explosion d’indignation elle accepta la situation avec la

facilité d’assimilation qui lui était habituelle. Waythorn avait une

fois pris Haskett pour un accordeur de piano, et au bout d’un ou deux

mois Mrs Waythorn parut, elle aussi, le considérer comme faisant partie

du personnel de la maison. Waythorn ne pouvait s’empêcher de respecter

cette ténacité paternelle. Au début il avait cherché à se persuader que

Haskett «mijotait un coup», qu’il poursuivait un but déterminé en

voulant s’assurer l’entrée de la maison. Mais au fond de son cœur

Waythorn était bien convaincu de la sincérité de sentiments de Haskett,

et il devinait même, en ce dernier, un mépris profond des avantages que

ses relations avec les Waythorn pourraient lui offrir. Sa droiture

d’intention rendait cet homme invulnérable, et son successeur dut

l’accepter comme une charge attachée à la propriété.

* * * * *

Sellers s’embarqua pour l’Europe pour se remettre de sa goutte, et

l’affaire de Varick resta aux mains de Waythorn. Les négociations

furent longues et compliquées, et nécessitèrent des entretiens fréquents

entre les deux hommes; l’intérêt de l’association empêcha Waythorn de

conseiller à son client de transférer l’affaire dans une autre maison.

Varick fit bonne contenance jusqu’au bout. Pendant les moments de

relâche la vulgarité de son naturel reparaissait, et Waythorn redoutait

ses éclats de gaieté; mais dans les discussions d’affaires Varick

montrait de l’intelligence, de la précision, et faisait preuve d’une

déférence flatteuse pour le jugement de Waythorn. Leurs relations étant

établies sur un tel pied d’affabilité, il aurait été absurde de la part

des deux hommes de s’ignorer dans le monde. La première fois qu’ils se

rencontrèrent dans un salon, Varick renoua avec Waythorn avec tant

d’aisance que le coup d’œil reconnaissant de la maîtresse de maison

obligea celui-ci d’y répondre avec la même bonne grâce. A partir de ce

moment, ils se croisèrent fréquemment, et un soir, pendant un bal,

Waythorn, errant dans un des salons éloignés, trouva Varick assis à côté

d’Alice. Elle rougit un peu et balbutia quelques mots, mais Varick salua

Waythorn sans se lever, et ce dernier continua sa promenade.

Au retour, dans la voiture, sa nervosité éclata.

--Je ne savais pas que vous parliez à Varick, dit-il.

Elle répondit, légèrement émue:

--C’est la première fois. Le hasard a voulu qu’il fût à côté de moi; je

ne savais que faire. C’est si gênant de se trouver partout ensemble, et

il m’a dit que vous aviez été très aimable pour lui dans une question

d’affaires.

--Ceci est différent, dit Waythorn.

Elle se tut un instant.

--Je ferai ce qui vous plaira, répondit-elle avec soumission. Je croyais

seulement moins gênant de lui parler quand nous nous rencontrons.

Cette docilité commençait à exaspérer Waythorn. N’avait-elle donc aucune

volonté? Ne s’était-elle pas tracé une ligne de conduite envers ces deux

hommes? Elle avait accepté Haskett, accepterait-elle aussi Varick?

C’était «moins gênant», disait-elle, et son instinct la poussait à

éviter ou à tourner les difficultés. D’un trait de lumière, Waythorn

comprit comment cet instinct s’était développé en elle. Cette élasticité

à tout accepter n’était que le résultat de trop de tensions diverses.

Alice Haskett, Alice Varick, Alice Waythorn, elle avait été tour à tour

ces trois personnes, et elle avait perdu sous chacun de ces noms un peu

de son caractère, un peu de sa personnalité, un peu de ce «moi» intime

où se cache le dieu inconnu.

--Oui, vous avez raison, il vaut mieux parler à Varick, répondit

Waythorn d’un ton las.

V

L’hiver s’avançait, et dans le monde on profitait de la cordialité de

Waythorn à l’égard de Varick. Les maîtresses de maison leur étaient

reconnaissantes d’aplanir ainsi une difficulté sociale, et l’on tint Mrs

Waythorn pour un modèle de tact et de bon goût. Quelques esprits

caustiques ne purent résister à la plaisanterie de jeter Varick dans les

bras de son ancienne femme; d’autres déclarèrent que tous deux

trouvaient du sel à ces nouvelles relations. Mais la conduite de Mrs

Waythorn demeurait irréprochable; elle n’évitait ni ne recherchait

Varick, et Waythorn lui-même fut obligé de reconnaître qu’elle avait

découvert la solution du problème social le plus récent.

Il n’avait d’ailleurs guère songé à ce problème en l’épousant, et

s’imaginait naïvement qu’une femme peut, comme un homme, rompre avec

son passé. Mais il constatait à présent qu’Alice était liée au sien par

des nœuds qui ne se pouvaient défaire, et par les marques ineffaçables

que lui avaient imprimées ses deux maris. Avec une ironie amère Waythorn

se compara à un membre de syndicat. Il avait plusieurs parts sur la

personnalité de sa femme, et ses prédécesseurs étaient ses associés dans

l’affaire. Si la passion avait été un des facteurs de cette transaction

il ne se serait pas senti aussi amoindri; mais le fait qu’Alice

changeait de mari comme on change de domestique donnait à sa situation

un cachet de médiocrité humiliante. Il aurait pu lui pardonner des

fautes, des folies; il aurait admis qu’elle résistât à Haskett, qu’elle

cédât à Varick, mais il ne comprenait pas sa passivité et son tact

constant. Elle lui rappelait le jongleur qui jongle avec des lames:

seulement, cette fois, les lames étaient émoussées, et elle savait

qu’elles ne la blesseraient jamais.

Puis, peu à peu, l’habitude revêtit sa sensibilité d’une enveloppe

protectrice: s’il achetait la paix de son ménage par la perte de ses

illusions, il attachait chaque jour plus de prix à cette paix et

sacrifiait ses illusions avec moins de regrets. Il avait petit à petit

accepté sa situation et ne s’indignait plus de ses rapports forcés avec

Haskett et Varick, se contentant, comme d’une faible vengeance, de

tourner la chose en ridicule. Il en arrivait même à se demander s’il ne

valait pas mieux posséder le tiers d’une femme qui a appris par

expérience à rendre son mari heureux, qu’une femme entière, forcément

moins experte en cet art.

Car il le considérait comme un art, fait, ainsi que tous les autres, de

concessions, d’éliminations, d’embellissements, de lumières et d’ombres

habilement ménagées. Sa femme était passée maîtresse en cet art, et il

savait parfaitement à quelle école elle devait son talent.

Il cherchait même à remonter à la source de ses expériences, et à

distinguer les diverses influences qui s’étaient combinées pour créer la

joie de son foyer. Il comprenait que la nature commune de Haskett

faisait apprécier à Alice la bonne éducation, tandis que le cynisme et

les théories libérales de Varick sur le mariage lui avaient appris à

aimer les vertus conjugales; de sorte que Waythorn se sentait redevable

à ses prédécesseurs des différents avantages qui rendaient sa vie

facile, sinon romanesque.

A partir de ce moment il accepta tout, complètement et sans la moindre

révolte. Il cessa de se satiriser lui-même, le temps calmant l’ironie

de la situation et la plaisanterie perdant sa saveur en même temps que

son acuité. La vue du chapeau de Haskett, dans l’antichambre, ne le

troublait même plus, et le chapeau s’y voyait fréquemment à présent, car

il avait été jugé préférable que le père de Lily vînt rendre visite à sa

fille au lieu de recevoir l’enfant chez lui. Waythorn, consulté à ce

sujet, avait accepté l’arrangement, et fut même surpris de n’en être pas

affecté. Haskett restait toujours d’une discrétion parfaite, et les

quelques personnes qui le rencontraient dans l’escalier ignoraient même

qui il était. Waythorn ne savait pas si Alice le voyait souvent, mais

lui-même se trouvait rarement devant lui.

Pourtant, un après-midi, il apprit, en rentrant, que le père de Lily

l’attendait, et il trouva dans la bibliothèque Haskett, comme toujours

assis au bord d’une chaise. Waythorn lui était d’ailleurs reconnaissant

de son attitude réservée.

--J’espère que vous m’excuserez, monsieur Waythorn, dit Haskett en se

levant. Je voulais voir Mrs Waythorn à propos de Lily, et votre

domestique m’a prié de l’attendre ici.

--C’est tout naturel, répondit Waythorn, se rappelant que la rupture

d’un tuyau, le matin même, avait livré le salon aux ouvriers.

Il ouvrit son étui à cigares et le tendit à Haskett; ce dernier y prit

un cigare, et ce simple fait parut resserrer davantage les relations des

deux hommes.

La fin de cette journée de printemps ayant ramené un peu de fraîcheur,

Waythorn invita Haskett à se rapprocher du feu. Il cherchait une excuse

pour se retirer et le laisser seul; mais il était fatigué, il avait

froid, et, après tout, le petit personnage insignifiant ne le gênait

plus.

Tout en fumant, les deux hommes s’étaient laissé aller à une intimité

presque inconsciente, quand la porte s’ouvrit brusquement, et Varick

entra.

Waythorn se leva. C’était la première fois que Varick pénétrait dans sa

maison, et l’étonnement de le voir, joint à l’inopportunité singulière

de sa venue, fit renaître la sensibilité émoussée de Waythorn. Il

regarda fixement son interlocuteur sans rien dire.

Varick paraissait trop préoccupé pour remarquer l’embarras du maître de

la maison.

--Mon cher ami! s’écria-t-il d’un ton plein d’expansion, je vous fais

toutes mes excuses de fondre sur vous de cette manière; mais il était

trop tard pour vous joindre à votre bureau et j’ai pensé...

Il aperçut Haskett et s’arrêta en rougissant jusqu’à la racine de ses

rares cheveux blonds. En un clin d’œil il eut repris son sang-froid et

salua légèrement. Haskett rendit le salut, et Waythorn cherchait encore

à retrouver l’usage de la parole, lorsqu’un valet de pied entra, portant

la table à thé.

Cette diversion fut d’un heureux effet sur les nerfs de Waythorn.

--Pourquoi diable apportez-vous cela ici? demanda-t-il sèchement.

--Je prie monsieur de m’excuser, mais les plombiers travaillent encore

dans le salon, et Mrs Waythorn a donné l’ordre de préparer le thé ici.

Le ton respectueux du domestique rappela Waythorn à la raison.

--Ah! très bien, dit-il.

Et le valet de pied se mit en devoir de déplier la table et d’y poser

les accessoires indispensables du thé. Pendant le temps de ces

préparatifs, les trois hommes restèrent debout, suivant machinalement

des yeux les mouvements du domestique. Waythorn, pour rompre le silence,

demanda à Varick:

--Puis-je vous offrir un cigare?

Waythorn chercha une allumette, mais n’en voyant pas, il alluma avec son

propre cigare celui du nouveau venu. Haskett, un peu en arrière,

restait tranquillement à sa place, regardant de temps en temps le feu de

son cigare, et s’approchant quelquefois de la cheminée pour y secouer

ses cendres.

Enfin le valet de pied se retira et Varick commença, sans attendre

davantage:

--Si je pouvais vous dire deux mots de cette affaire...

--Parfaitement, bégaya Waythorn... dans la salle à manger...

Mais au moment où il mettait la main sur le bouton de la porte, elle

s’ouvrit de nouveau, livrant passage à Mrs Waythorn.

Alice s’avançait, fraîche et souriante dans son costume de ville, tandis

que de son boa rejeté en arrière s’échappait un parfum subtil.

--Prendrons-nous le thé ici? demanda-t-elle.

Puis elle aperçut Varick, et accentua son sourire, comme pour voiler par

là son tressaillement de surprise.

--Tiens! comment allez-vous? dit-elle d’un ton dégagé.

Pendant qu’elle tendait la main à Varick, elle vit Haskett derrière lui.

Son sourire se glaça un instant, pour reparaître bien vite, accompagné

d’un regard oblique lancé à Waythorn.

--Comment allez-vous, monsieur Haskett? dit-elle, en lui donnant une

poignée de main sensiblement moins cordiale.

Les trois hommes, fort gênés, restèrent debout devant elle. Varick,

toujours le plus maître de lui, finit par se lancer dans une phrase

explicative.

--Nous... j’avais à voir Waythorn un instant au sujet d’une affaire,

balbutia-t-il en rougissant.

Haskett s’avança, avec son air habituel de doux entêtement:

--Je suis désolé de vous importuner, mais vous m’aviez fixé vous-même le

rendez-vous à cinq heures.

Et il indiquait avec résignation la pendule de la cheminée.

Alice dissipa la gêne générale avec son geste charmant d’aimable

maîtresse de maison.

--Je suis navrée, dit-elle, je suis toujours en retard,--mais il faisait

si beau dehors!

Elle ôta ses gants, gracieuse, et cherchant à se faire pardonner,

répandant autour d’elle une atmosphère d’aise et de bien-être qui fit

disparaître le ridicule de la situation.

--Mais avant de parler affaires, ajouta-t-elle gaiement, je suis sûre

que vous avez tous besoin d’une tasse de thé.

Elle se laissa choir dans sa chaise basse près de la table à thé, et les

deux visiteurs, attirés par son sourire, s’avancèrent pour prendre de

ses mains les tasses qu’elle leur offrait.

Elle regarda Waythorn, qui s’approcha aussi, et prit la troisième tasse

en riant.

Les metteurs en scène · 第 18 / 40 题