Le sculpteur Constantin Meunier est mort, le 4 avril, à Bruxelles, où il
était né le 12 avril 1831.
Quelques jours seulement avant ce dénouement d'une carrière
exceptionnellement féconde, un de ses intimes, M. Paul Matout, prenait
de lui, dans son atelier, la photographie que nous avons la bonne
fortune de publier et qui le représente au milieu de ses oeuvres, devant
l'une de ses toiles rapportées du «Pays Noir»,--l'expression est de
lui,--et l'un de ses bustes si puissamment expressifs.
Constantin Meunier avait longtemps et opiniâtrement cherché sa voie.
Fils d'un petit fonctionnaire, entraîné par son frère aîné, le graveur
J.-B Meunier, à l'atelier des moulages, il avait travaillé la sculpture
avec Fraikin, un statuaire belge très académique. Puis la peinture, à
son tour, l'avait séduit. Il reste, de cette période de sa carrière
d'artiste, des études et des tableaux sur la _Vie des Trappistes_, sur
la _Guerre des Paysans_, sur l'Espagne où l'avait conduit une mission
officielle.
Mais, dans la mémoire des générations, il demeurera surtout comme le
plus compatissant et le plus admirable des sculpteurs de l'ouvrier.
L'écrivain Camille Lemonnier, qui lui a consacré un fort beau livre, lui
avait demandé sa collaboration pour l'illustration d'un ouvrage qu'il
préparait sur la _Belgique_. Constantin Meunier, que son instinct
poussait déjà vers le naturalisme, vers la traduction des scènes de
l'existence courante, s'en était allé vers le Borinage, la contrée
sombre des charbonnages et des usines. Il y entrevit sa terre promise.
Peu après, il acceptait, heureux à la pensée des oeuvres possibles, de
s'exiler, comme professeur de dessin, à Louvain. Il allait vivre là au
milieu des mineurs, des herscheurs, les premiers héros de cette sorte de
_Divine Comédie_ des prolétaires qu'il a coulée dans le bronze. Pour les
immortaliser, il reprit l'ébauchoir et la glaise. Sa sympathie,
d'ailleurs, ne s'arrêta pas à eux seuls. Tous les humbles aux prises
avec les rudes tâches, pêcheurs en lutte avec le vent et les marées,
paysans acharnés contre la glèbe, cyclopes du four ou de la forge, il
les a tous pétris tour à tour en des bronzes d'une étonnante ampleur de
facture, d'une intensité d'expression vraiment prodigieuse.
L'apparition, au Salon de 1886, du _Marteleur_ qui lui valut une
médaille d'honneur, le révéla à Paris, lui donna d'un coup la gloire. Il
avait vécu, depuis lors, environné de l'admiration, du respect de
quiconque, au monde, s'intéressait aux choses de l'art.
[Illustration: Constantin Meunier dans son atelier. _Photographie prise
huit jours avant sa mort par M. P. Matout._]
_Documents et Informations_
[Illustration: Le paquebot "Cairo" naufragé à l'entrée d'Alexandrie.
Phot. communiquée par le major W. T. Holland.]
[Illustration: Les débris du trois-mâts "Khyber", broyé par une tempête
sur les côtes de Cornouailles.]