Mgr Favier, vicaire apostolique français du Pé-Tchi-Li, vient de mourir,
à Péking, sa résidence, à l'âge de soixante-sept ans.
Né à Marsannay (Côte-d'Or), d'une famille d'humble condition, il
entrait, à sa sortie du séminaire de Dijon, dans la congrégation des
lazaristes et s'embarquait presque aussitôt pour la Chine, où il devait
passer les quarante-trois années de son apostolat. Dès le début de sa
longue carrière de missionnaire, il s'était signalé non seulement par
son zèle de propagandiste, mais encore par son souci de s'initier le
plus complètement possible à la langue et aux coutumes du Céleste
Empire; aussi, bien avant son élévation à l'épiscopat en 1897. son
ardeur militante, son infatigable activité, son influence exercée au
profit des intérêts de la France, en avaient fait un personnage de haute
importance.
Vénéré de la colonie européenne, sans distinction de nationalité ni de
culte, il jouissait, d'autre part, d'un grand crédit auprès de
l'impératrice de Chine, qui lui avait conféré le mandarinat de 1re
classe.
Elle était singulièrement originale, la physionomie de ce prélat
mandarin, portant tour à tour le vêtement ecclésiastique et le costume
de tao-taï, le plus souvent coiffé d'une toque de loutre, et nul cadre
ne pouvait mieux s'adapter à une telle figure que la demeure où Mgr
Favier s'était entouré d'une inestimable collection d'objets d'art
chinois dont la plupart ont été reproduits dans son bel ouvrage sur
Péking.
On n'a pas oublié son rôle héroïque en 1900, dans la cathédrale du
Peï-Tang assiégée par les boxers. Les épreuves subies à cette époque
avaient ébranlé sa santé, et, il y a un an, une attaque de paralysie
réduisait à l'immobilité le vaillant homme d'action qui vient de
s'éteindre.
[Illustration: Mgr Favier dans sa voiture de paralytique.]
[Illustration: "Mineur au repos", par Constantin Meunier. _Phot. E. F._]