COMPOSÉ DE 38 ARTICLES.

1. MENG-TSEU dit: O que _Hoeï-wang_ de _Liang_[1] est inhumain! L'homme

[ou le prince] humain arrive par ceux qu'il aime à aimer ceux qu'il

n'aimait pas. Le prince inhumain au contraire arrive par ceux qu'il

n'aime pas à ne pas aimer ceux qu'il aimait.

_Koung-sun-tcheou_ dit: Qu'entendez-vous par là?

MENG-TSEU dit: _Hoeï-wang_ de _Liang_ ayant voulu livrer une bataille

pour cause d'agrandissement de territoire, fut battu complètement,

et laissa les cadavres de ses soldats pourrir sur le champ du combat

sans leur faire donner la sépulture. Il aurait bien voulu recommencer

de nouveau, mais il craignit de ne pouvoir vaincre lui-même. C'est

pourquoi il poussa son fils, qu'il aimait, à sa perte fatale[2] en

l'excitant à le venger. C'est ce que j'appelle _arriver par ceux que

l'on n'aime pas à ne pas aimer ceux que l'on aimait._

2. MENG-TSEU dit: Dans le livre intitulé _le Printemps et

l'Automne_[3], on ne trouve aucune guerre juste et équitable. Il en est

cependant qui ont une apparence de droit et de justice; mais on ne doit

pas moins les considérer comme injustes.

Les actes de redressement[4] sont des actes par lesquels un supérieur

déclare la guerre à ses inférieurs pour redresser leurs torts. Les

royaumes qui sont égaux entre eux ne se redressent point ainsi

mutuellement.

3. MENG-TSEU dit: Si l'on ajoute une foi entière, absolue, aux livres

[historiques], alors on n'est pas dans une condition aussi avantageuse

que si l'on manquait de ces livres.

Moi, dans le chapitre du _Chou-king_ intitulé _Wou-tching_[5], je ne

prends que deux ou trois articles, et rien de plus.

L'homme humain n'a point d'ennemi dans l'empire[6].

Comment donc, lorsqu'un homme souverainement humain [comme _Wou-wang_]

en attaque un souverainement inhumain [comme _Cheou-sin_], y aurait-il

un si grand carnage que les boucliers de bois flotteraient dans le

sang[7]?

4. MENG-TSEU dit: S'il y a un homme qui dise: «Je sais parfaitement

ordonner et diriger une armée; je sais parfaitement livrer une

bataille:» cet homme est un grand coupable.

Si le prince qui gouverne un royaume aime l'humanité, il n'aura aucun

ennemi dans l'empire.

Lorsque _Tching-thang_ rappelait à leurs devoirs les habitants des

régions méridionales, les barbares des régions septentrionales se

plaignaient [d'être négligés par lui]; lorsqu'il rappelait à leurs

devoirs les habitants des régions orientales, les barbares des régions

occidentales se plaignaient en disant: _Pourquoi nous réserve-t-il pour

les derniers?_

Lorsque _Wou-wang_ attaqua la dynastie de _Yin_, il n'avait que trois

cents chars de guerre et trois mille vaillants soldats.

_Wou-wang_ [en s'adressant aux populations] leur dit: «Ne craignez

rien, je vous apporte la paix et la tranquillité; je ne suis pas

l'ennemi des cent familles [du peuple chinois].» Et aussitôt les

populations prosternèrent leurs fronts vers la terre, comme des

troupeaux de bœufs labourent le sol de leurs cornes.

Le terme (_tching_) par lequel on désigne l'action de _redresser_ ou

_rappeler à leur devoir_ par les armes ceux qui s'en sont écartés,

signifie _rendre droits, corriger_ (_tching_). Quand chacun désire se

_redresser_ ou _se corriger soi-même_, pourquoi recourir à la force des

armes afin d'arriver au même résultat?

5. MENG-TSEU dit: Le charpentier et le charron peuvent donner à un

homme leur règle et leur équerre, mais ils ne peuvent pas le rendre

immédiatement habile, dans leur art.

6. MENG-TSEU dit: _Chun_ se nourrissait de fruits secs et d'herbes des

champs, comme si toute sa vie il eût dû conserver ce régime. Lorsqu'il

fut fait empereur[8], les riches habits brodés qu'il portait, la

guitare dont il jouait habituellement, les deux jeunes filles qu'il

avait comme épouses à ses côtés, ne l'affectaient pas plus que s'il les

avait possédées dès son enfance.

7. MENG-TSEU dit: Je sais enfin maintenant que de tuer les proches

parents d'un homme est un des crimes les plus graves [par ses

conséquences].

En effet, si un homme tue le père d'un autre homme, celui-ci tuera

aussi le père du premier. Si un homme tue le frère aîné d'un autre

homme, celui-ci tuera aussi le frère aîné du premier. Les choses étant

ainsi, ce crime diffère bien peu de celui de tuer ses parents de sa

propre main.

8. MENG-TSEU dit: Les anciens qui construisirent des portes aux

passages des confins du royaume avaient pour but d'empêcher des actes

de cruauté et de dévastation; ceux de nos jours qui font construire

ces portes de passages ont pour but d'exercer des actes de cruauté et

d'oppression[9].

9. MENG-TSEU dit: Si vous ne suivez pas vous-même la voie droite[10],

elle ne sera pas suivie par votre femme et vos enfants. Si vous donnez

des ordres qui ne soient pas conformes à la voie droite[11], ils ne

doivent pas être exécutés par votre femme et vos enfants.

10. MENG-TSEU dit: Ceux qui sont approvisionnés de toutes sortes de

biens ne peuvent mourir de faim dans les années calamiteuses; ceux qui

sont approvisionnés de toutes sortes de vertus ne seront pas troublés

par une génération corrompue.

11. MENG-TSEU dit: Les hommes qui aiment la bonne renommée peuvent

céder pour elle un royaume de mille quadriges. Si un homme n'a pas ce

caractère, son visage témoignera de sa joie ou de ses regrets pour une

écuelle de riz et de bouillon.

12. MENG-TSEU dit: Si on ne confie pas [les affaires et

l'administration du royaume] à des hommes humains et sages, alors le

royaume sera comme s'il reposait sur le vide.

Si on n'observe pas les règles et les préceptes de l'urbanité et de

l'équité, alors les supérieurs et les inférieurs sont dans le trouble

et la confusion.

Si on n'apporte pas un grand soin aux affaires les plus

importantes[12], alors les revenus ne pourront suffire à la

consommation.

13. MENG-TSEU dit: Il a pu arriver qu'un homme inhumain obtînt un

royaume; mais il n'est encore jamais arrivé qu'un homme inhumain

conquît l'empire.

14. MENG-TSEU dit: Le peuple est ce qu'il y a de plus noble dans

le monde[13]; les esprits de la terre et les fruits de la terre ne

viennent qu'après; le prince est de la moindre importance[14].

C'est pourquoi, si quelqu'un se concilie l'amour et l'affection du

peuple des collines [ou des campagnes][15], il deviendra fils du

Ciel [ou empereur]; s'il arrive à être fils du Ciel, ou empereur, il

aura pour lui les différents princes régnants; s'il a pour lui les

différents princes régnants, il aura pour lui les grands fonctionnaires

publics.

Si les différents princes régnants [par la tyrannie qu'ils exercent sur

le peuple] mettent en péril les autels des esprits de la terre et des

fruits de la terre, alors le fils du Ciel les dépouille de leur dignité

et les remplace par de sages princes.

Les victimes opimes étant prêtes, les fruits de la terre étant disposés

dans les vases préparés, et le tout étant pur, les sacrifices sont

offerts selon les saisons. Si cependant la terre est desséchée par la

chaleur de l'air, ou si elle est inondée par l'eau des pluies, alors le

fils du Ciel détruit les autels des esprits pour en élever d'autres en

d'autres lieux.

15. MENG-TSEU dit: Les saints hommes sont les instituteurs de cent

générations. _Pe-i_ et _Lieou-hia-hoeï_ sont de ce nombre. C'est

pourquoi ceux qui ont entendu parler des grandes vertus de _Pe-i_

sont devenus modérés dans leurs désirs, de grossiers et avides

qu'ils étaient, et les hommes sans courage ont senti s'affermir

leur intelligence; ceux qui ont entendu parler des grandes vertus

de _Lieou-hia-hoeï_ sont devenus les hommes les plus doux et les

plus humains, de cruels qu'ils étaient; et les hommes d'un esprit

étroit sont devenus généreux et magnanimes. Il faudrait remonter cent

générations pour arriver à l'époque de ces grands, hommes, et, après

cent générations de plus écoulées, il n'est personne qui, en entendant

le récit de leurs vertus, ne sente son âme émue et disposée à les

imiter. S'il n'existait jamais de saints hommes, en serait-il de même?

Et combien doivent être plus excités au bien ceux qui les ont approchés

de près et ont pu recueillir leurs paroles!

16. MENG-TSEU dit: Cette humanité dont j'ai si souvent parlé, c'est

l'homme [c'est la raison qui constitue son être][16]; si l'on réunit

ces deux termes ensemble [l'humanité et l'homme][17], c'est la voie[18].

17. MENG-TSEU dit: KHOUNG-TSEU, en s'éloignant du royaume de _Lou_,

disait: «Je m'éloigne lentement.» C'est la _voie_ pour s'éloigner du

royaume de son père et de sa mère. En s'éloignant de _Thsi_, il prit

dans sa main du riz macéré dans l'eau, et il se mit en route. C'est la

_voie_ pour s'éloigner d'un royaume étranger.

18. MENG-TSEU dit: L'homme supérieur [KHOUNG-TSEU] souffrit les

privations du besoin[19] dans les royaumes de _Tchin_ et de _Thsaï_,

parce qu'il ne trouva aucune sympathie ni chez les princes ni chez

leurs ministres.

19. _Me-ki_ dit: Moi _Ki_, je fais excessivement peu de cas des

murmures et de l'improbation des hommes.

MENG-TSEU dit: Ils ne blessent aucunement. Les hommes distingués par

leurs vertus, leurs talents et leurs lumières, sont encore bien plus

exposés aux clameurs de la multitude. Le _Livre des Vers_[20] dit:

«J'éprouve dans mon cœur une profonde tristesse;

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 257 / 266 题