Voilà ce que j'ai voulu dire.
On lit dans le _Chou-king_[10]:
«Toutes les fois que _Chun_ visitait son père _Kou-seou_ pour lui
rendre ses devoirs, il éprouvait un sentiment de respect et de crainte.
_Kou-seou_ aussi déférait à ses conseils.» Cela confirme [ce qui a été
dit précédemment] que l'on ne peut pas faire d'un père un fils.
5. _Wen-tchang_ dit: Est-il vrai que l'empereur _Yao_ donna l'empire à
_Chun_?
MENG-TSEU dit: Aucunement. Le fils du Ciel ne peut donner ou conférer
l'empire à aucun homme.
_Wen-tchang_ dit: Je l'accorde; mais alors _Chun_ ayant possédé
l'empire, qui le lui donna?
MENG-TSEU dit: Le ciel le lui donna.
_Wen-tchang_ continua: Si c'est le ciel qui le lui donna, lui
conféra-t-il son mandat par des paroles claires et distinctes?
MENG-TSEU répliqua: Aucunement. Le ciel ne parle pas; il fait connaître
sa volonté par les actions ainsi que par les hauts faits [d'un homme];
et voilà tout.
_Wen-tchang_ ajouta: Comment fait-il connaître sa volonté par les
actions et les hauts faits [d'un homme]?
MENG-TSEU dit: Le fils du Ciel peut seulement proposer un homme au
ciel; il ne peut pas ordonner que le ciel lui donne l'empire. Les
vassaux de l'empire peuvent proposer un homme au fils du Ciel; ils ne
peuvent pas ordonner que le fils du Ciel lui confère la dignité de
prince vassal. Le premier fonctionnaire [_ta-fou_] d'une ville peut
proposer un homme au prince vassal; il ne peut pas ordonner que le
prince vassal lui confère la dignité de premier magistrat.
Autrefois _Yao_ proposa _Chun_ au ciel, et le ciel l'accepta; il le
montra au peuple couvert de gloire, et le peuple l'accepta. C'est
pourquoi je disais: «Le ciel ne parle pas; il fait connaître sa volonté
par les actions et les hauts faits d'un homme; et voilà tout.»
_Wen-tchang_ dit: Permettez-moi une nouvelle question. Qu'entendez-vous
par ces mots: _Il le proposa au ciel, et le ciel l'accepta; il le
montra au peuple couvert de gloire, et le peuple l'accepta?_
MENG-TSEU dit: Il lui ordonna de présider aux cérémonies des
sacrifices, et tous les esprits[11] eurent ses sacrifices pour
agréables: voilà l'_acceptation du ciel._ Il lui ordonna de présider
à l'administration des affaires publiques, et les affaires publiques
étant par lui bien administrées, toutes les familles de l'empire furent
tranquilles et satisfaites: voilà l'_acceptation du peuple_. Le ciel
lui donna l'empire, et le peuple aussi le lui donna. C'est pourquoi je
disais: _Le fils du Ciel ne peut pas à lui seul donner l'empire à un
homme._
_Chun_ aida _Yao_ dans l'administration de l'empire pendant vingt-huit
ans. Ce ne fut pas le résultat de la puissance de l'homme, mais du ciel.
_Yao_ étant mort, et le deuil de trois ans achevé, _Chun_ se sépara
du fils de _Yao_, et se retira dans la partie méridionale du fleuve
méridional [pour lui laisser l'empire]. Mais les grands vassaux de
l'empire, qui venaient au printemps et en automne jurer foi et hommage,
ne se rendaient pas près du fils de _Yao_, mais près de _Chun._ Ceux
qui portaient des accusations ou qui avaient des procès à vider ne
se présentaient pas au fils de _Yao_, mais à _Chun_. Les poëtes qui
louaient les hauts faits dans leurs vers, et qui les chantaient, ne
célébraient point et ne chantaient point le fils de _Yao_, mais ils
célébraient et chantaient les exploits de _Chun_. C'est pourquoi j'ai
dit que _c'était le résultat de la puissance du ciel_. Après cela,
_Chun_ revint dans le royaume du milieu[12], et monta sur le trône du
fils du Ciel. Si, ayant continué d'habiter le palais de _Yao_, il avait
opprimé et contraint son fils, c'eût été usurper l'empire et non le
recevoir du ciel.
Le _Taï-tchi_[13] dit: «Le ciel voit; mais il voit par [les yeux de]
mon peuple. Le ciel entend; mais il entend par [les oreilles de] mon
peuple.» C'est là ce que j'ai voulu dire.
6. _Wen-tchang_ fit une autre question en ces termes: Les hommes
disent: Ce ne fut que jusqu'à _Yu_ [que l'intérêt public fut préféré
par les souverains à l'intérêt privé]; ensuite, la vertu s'étant
affaiblie, l'empire ne fut plus transmis au plus sage, mais il fut
transmis au fils. Cela n'est-il pas vrai?
MENG-TSEU dit: Aucunement; cela n'est pas ainsi. Si le ciel donne
l'empire au sage, alors [l'empereur] le lui donne; si le ciel le donne
au fils, alors [l'empereur] le lui donne.
Autrefois _Chun_ proposa _Yu_ au ciel [en le faisant son ministre]. A
la dix-septième année de son administration, _Chun_ mourut. Les trois
années de deuil étant écoulées, _Yu_ se sépara du fils de _Chun_, et se
retira dans la contrée de _Yang-tching_. Les populations de l'empire
le suivirent, comme, après la mort de Yao, elles n'avaient pas suivi
son fils, mais _Chun_.
_Yu_ proposa _Y_ au ciel [en le faisant son ministre]. A la septième
année de son administration, _Yu_ mourut. Les trois années de deuil
étant écoulées, _Y_ se sépara du fils de _Yu_, et se retira dans la
partie septentrionale du mont _Ki-chan_. Ceux qui au printemps et
en automne venaient à la cour porter leurs hommages, qui accusaient
quelqu'un ou avaient des procès à vider, ne se rendirent pas près
de _Y_, mais ils se présentèrent à _Khi_ [fils de _Yu_], en disant:
C'est le fils de notre prince. Les poëtes qui louent les hauts faits
dans leurs vers, et qui les chantent, ne célébrèrent et ne chantèrent
pas _Y_, mais ils chantèrent _Khi_ en disant: C'est le fils de notre
prince[14].
_Than-tchou_ (fils de _Yao_) était bien dégénéré des vertus de son
père; le fils de _Chun_ était aussi bien dégénéré. _Chun_ en aidant
_Yao_ à administrer l'empire, _Yu_ en aidant _Chun_ à administrer
l'empire, répandirent pendant un grand nombre d'années leurs bienfaits
sur les populations. _Khi_, étant un sage, put accepter et continuer
avec tout le respect qui lui était dû le mode de gouvernement de _Yu_.
Comme _Y_ n'avait aidé _Yu_ à administrer l'empire que peu d'années,
il n'avait pas pu répandre longtemps ses bienfaits sur le peuple [et
s'en faire aimer]. Que _Chun_, _Yu_ et _Y_ diffèrent mutuellement
entre eux par la durée et la longueur du temps [pendant lequel ils
ont administré l'empire]; que leurs fils aient été, l'un un sage, les
autres des fils dégénérés: ces faits sont l'œuvre du ciel, et non celle
qui dépend de la puissance de l'homme. Celui qui opère ou produit des
effets sans action apparente, c'est le ciel; ce qui arrive sans qu'on
l'ait fait venir, c'est la destinée[15].
Pour qu'un simple et obscur particulier arrive à posséder l'empire, il
doit, par ses qualités et ses vertus, ressembler à _Yao_ et à _Chun_,
et en outre il doit se trouver un fils du Ciel [ou empereur] qui le
propose à l'acceptation du peuple. C'est pour cela [c'est-à-dire parce
qu'il ne fut pas proposé à l'acceptation du peuple par un empereur],
que TCHOUNG-NI [ou KHOUNG-TSEU] ne devint pas empereur [quoique ses
vertus égalassent celles de _Yao_ et de _Chun_].
Pour que celui qui, par droit de succession ou par droit héréditaire,
possède l'empire, soit rejeté par le ciel, il faut qu'il ressemble aux
tyrans _Kie_ et _Cheou_. C'est pourquoi _Y-yin_ et _Tcheou-koung_ ne
possédèrent pas l'empire.
_Y-yin_, en aidant _Thang_, le fit régner sur tout l'empire. _Thang_
étant mort, _Thaï-ting_ [son fils aîné] n'avait pas été [avant de
mourir aussi] constitué son héritier, et _Ngaï-ping_ n'était âgé
que de deux ans, _Tchoung-jin_ que de quatre. _Thaï-kia_ [fils de
_Thaï-ting_] ayant renversé et foulé aux pieds les institutions et les
lois de _Thang, Y-yin_ le relégua dans le palais nommé _Thoung_[16]
pendant trois années. Comme _Thaï-kia_, se repentant de ses fautes
passées, les avait prises en aversion et s'en était corrigé; comme
il avait cultivé, dans le palais de _Thoung_, pendant trois ans, les
sentiments d'humanité, et qu'il était passé à des sentiments d'équité
et de justice en écoutant avec docilité les instructions de _Y-yin_, ce
dernier le fit revenir à la ville de _Po_, sa capitale.
_Tcheou-koung_ n'eut pas la possession de l'empire par les mêmes motifs
qui en privèrent _Y_ sous la dynastie _Hia_, et _Y-yin_ sous celle des
_Chang._
KHOUNG-TSEU disait: «_Thang_ [_Yao_] et _Yu_ [_Chun_] transférèrent
l'empire [à leurs ministres]; les empereurs des dynasties _Hia,
Heou-yin_ [ou second _Chang_] et _Tcheou_, le transmirent à leurs
descendants; les uns et les autres se conduisirent par le même principe
d'équité et de justice.»
7. _Wen-tchang_ fit une question en ces termes: On dit que ce fut par
son habileté à préparer et à découper les viandes que _Y-yin_ parvint à
obtenir la faveur de _Thang_; cela est-il vrai?
MENG-TSEU répondit: Aucunement; il n'en est pas ainsi. Lorsque _Y-yin_
s'occupait du labourage dans les champs du royaume de _Yeou-sin_, et
qu'il faisait ses délices de l'étude des institutions de _Yao_ et de
_Chun_, si les principes d'équité et de justice [que ces empereurs
avaient répandus] n'avaient pas régné alors, si leurs institutions
fondées sur la raison n'avaient pas été établies, quand même on
l'aurait rendu maître de l'empire, il aurait dédaigné cette dignité;
quand même on aurait mis à sa disposition mille quadriges de chevaux
attelés, il n'aurait pas daigné les regarder. Si les principes d'équité
et de justice répandus par _Yao_ et _Chun_ n'avaient pas régné alors,
si leurs institutions fondées sur la raison n'avaient pas été établies,
il n'aurait pas donné un fétu aux hommes, et il n'aurait pas reçu un
fétu d'eux.
_Thang_ ayant envoyé des exprès avec des pièces de soie afin de
l'engager à venir à sa cour, il répondit avec un air de satisfaction,
mais de désintéressement: A quel usage emploierais-je les pièces de
soie que _Thang_ m'offre pour m'engager à aller à sa cour? Y a-t-il
pour moi quelque chose de préférable à vivre au milieu des champs et à
faire mes délices des institutions de _Yao_ et de _Chun_?
_Thang_ envoya trois fois des exprès pour l'engager à venir à sa
cour. Après le départ des derniers envoyés, il fut touché de cette
insistance, et, changeant de résolution, il dit: «Au lieu de passer ma
vie au milieu des champs, et de faire mon unique plaisir de l'étude
des institutions si sages de _Yao_ et de _Chun_, ne vaut-il pas mieux
pour moi de faire en sorte que ce prince soit un prince semblable à
ces deux grands empereurs? Ne vaut-il pas mieux pour moi de faire en
sorte que ce peuple [que je serai appelé à administrer] ressemble
au peuple de _Yao_ et de _Chun?_. Ne vaut-il pas mieux que je voie
moi-même par mes propres yeux ces institutions pratiquées par le prince
et par le peuple? Lorsque le ciel [poursuivit _Y-yin_] fit naître ce
peuple, il voulut que ceux qui les premiers connaitraient les principes
des actions ou des devoirs moraux instruisissent ceux qui devaient
les apprendre d'eux; il voulut que ceux qui les premiers auraient
l'intelligence des lois sociales la communiquassent à ceux qui devaient
ne l'acquérir qu'ensuite. Moi je suis des hommes de tout l'empire
celui qui le premier ai cette intelligence. Je veux, en me servant des
doctrines sociales de _Yao_ et de _Chun_, communiquer l'intelligence
de ces doctrines à ce peuple qui les ignore. Si je ne lui en donne pas
l'intelligence, qui la lui donnera?»
Il pensait que si parmi les populations de l'empire il se trouvait un
simple homme ou une simple femme qui ne comprît pas tous les avantages
des institutions de _Yao_ et de _Chun_, c'était comme s'il l'avait
précipité lui-même dans le milieu d'une fosse ouverte sous ses pas.
C'est ainsi qu'il entendait se charger du fardeau de l'empire. C'est
pourquoi en se rendant près de _Thang_ il lui parla de manière à le
déterminer à combattre le dernier roi de la dynastie _Hia_ et à sauver
le peuple de son oppression.
Je n'ai pas encore entendu dire qu'un homme, en se conduisant d'une
manière tortueuse, ait rendu les autres hommes droits et sincères;
à plus forte raison ne le pourrait-il pas s'il s'était déshonoré
lui-même[17]. Les actions des saints hommes ne se ressemblent pas
toutes. Les uns se retirent à l'écart et dans la retraite, les autres
se produisent et se rapprochent du pouvoir; les uns s'exilent du
royaume, les autres y restent. Ils ont tous pour but de se rendre purs,
exempts de toute souillure, et rien de plus.
J'ai toujours entendu dire que _Y-yin_ avait été recherché par _Thang_
pour sa grande connaissance des doctrines de _Yao_ et de _Chun_; je
n'ai jamais entendu dire que ce fût par son habileté dans l'art de
cuire et de découper les viandes.
Le _Y-hiun_[18] dit: «Le ciel ayant décidé sa ruine, _Thang_ commença
par combattre _Kie_ dans le _Palais des pasteurs_[19]; moi j'ai
commencé à _Po_[20].»
8. _Wen-tchang_ fit cette question: Quelques-uns prétendent que
KHOUNG-TSEU, étant dans le royaume de _Weï_, habita la maison d'un
homme qui guérissait les ulcères; et que dans le royaume de _Thsi_ il
habita chez un eunuque du nom de _Tsi-hoan_. Cela est-il vrai?
MENG-TSEU dit: Aucunement; cela n'est pas arrivé ainsi. Ceux qui aiment
les inventions ont fabriqué celles-là.
Étant dans le royaume de _Weï_, il habita chez _Yan-tcheou-yeou_[21].
Comme la femme de _Mi-tseu_ et celle de _Tseu-lou_ [disciple de
KHOUNG-TSEU] étaient sœurs, _Mi-tseu_, s'adressant à _Tseu-lou_, lui
dit: Si KHOUNG-TSEU logeait chez moi[22], il pourrait obtenir la
dignité de _King_ ou de premier dignitaire du royaume de _Weï_.
_Tseu-lou_ rapporta ces paroles à KHOUNG-TSEU. KHOUNG-TSEU dit: «Il
y a un mandat du ciel, une destinée.» KHOUNG-TSEU ne recherchait les
fonctions publiques que selon les rites ou les convenances, il ne les
quittait que selon les convenances. Qu'il les obtînt ou qu'il ne les
obtînt pas, il disait: Il y a une destinée. Mais s'il avait logé chez
un homme qui guérissait les ulcères et chez l'eunuque _Tsi-hoan_, il ne
se serait conformé ni à la justice ni à la destinée.
KHOUNG-TSEU n'aimant plus à habiter dans les royaumes de _Lou_ et de
_Weï_, il les quitta, et il tomba dans le royaume de _Soung_ entre les
mains de _Houan_, chef des chevaux du roi, qui voulait l'arrêter et le
faire mourir. Mais, ayant revêtu des habits légers et grossiers, il se
rendit au delà du royaume de _Soung_. Dans les circonstances difficiles
où il se trouvait alors, KHOUNG-TSEU alla demeurer chez le commandant
de ville _Tching-tseu_, qui était ministre du roi _Tcheou_, du royaume
de _Tchin_.
J'ai souvent entendu tenir ces propos: «Vous connaîtrez les ministres
qui demeurent près du prince, d'après les hôtes qu'ils reçoivent
chez eux; vous connaîtrez les ministres éloignés de la cour, d'après
les personnes chez lesquelles ils logent.» Si KHOUNG-TSEU avait logé
chez l'homme qui guérissait les ulcères et chez l'eunuque _Tsi-hoan_,
comment aurait-il pu s'appeler KHOUNG-TSEU?
9. _Wen-tchang_ fit encore cette question: Quelques-uns disent que
_Pe-li-hi_[23] se vendit pour cinq peaux de mouton à un homme du
royaume de _Thsin_ qui gardait les troupeaux; et que pendant qu'il
était occupé lui-même à faire paître les bœufs, il sut se faire
reconnaître et appeler par _Mou-koung_, roi de _Thsin_. Est-ce vrai?
MENG-TSEU dit: Aucunement; cela ne s'est pas passé ainsi. Ceux qui
aiment les inventions ont fabriqué celles-là.
_Pe-li-hi_ était un homme du royaume de _Yu_. Les hommes du royaume
de _Thsin_ ayant, avec des présents composés de pierres précieuses de
la région _Tchoui-ki_, et de coursiers nourris dans la contrée nommée
_Kiouë_, demandé au roi de _Yu_ de leur permettre de passer par son
royaume pour aller attaquer celui de _Kouë, Koung-tchi_ en détourna le
roi; _Pe-li-hi_ ne fit aucune remontrance.
Sachant que le prince de _Yu_ [dont il était ministre] ne pouvait pas
suivre les bons conseils qu'il lui donnerait dans cette occasion, il
quitta son royaume pour passer dans celui de _Thsin_. Il était alors
âgé de soixante et dix ans. S'il n'avait pas su, à cette époque avancée
de sa vie, que de rechercher la faveur de _Mou-koung_ en menant paître
des bœufs était une action honteuse, aurait-il pu être nommé doué de
sagesse et de pénétration? Comme les remontrances [au roi de _Yu_] ne
pouvaient être suivies, il ne fit pas de remontrances; peut-il pour
cela être appelé un homme imprudent? Sachant que le prince de _Yu_
était près de sa perte, il le quitta le premier; il ne peut pas pour
cela être appelé imprudent.
En ces circonstances il fut promu dans le royaume de _Thsin_. Sachant
que _Mou-koung_ pourrait agir de concert avec lui, il lui prêta son
assistance; peut-on l'appeler pour cela imprudent? En étant ministre du
royaume de _Thsin_, il rendit son prince illustre dans tout l'empire,
et sa renommée a pu être transmise aux générations qui l'ont suivi.
S'il n'avait pas été un sage, aurait-il pu obtenir ces résultats? Se
vendre pour rendre son prince accompli est une action que les hommes
les plus grossiers du village, qui s'aiment et se respectent, ne
feraient pas; et celui que l'on nomme un sage l'aurait faite!
[1] Ode _Nan-chan_, section _Kouë-foung._
[2] Parce qu'il n'aurait pas obtenu leur assentiment, et qu'il n'aurait
pas voulu leur désobéir.
[3] _Commentaire._
[4] Frère cadet de _Chun_, mais d'une autre mère.
[5] Chapitre du _Chou-king._
[6] Ode _Pe-chan_, section _Siao-ya._
[7] Ode _Yun-han_, section _Ta-ya._
[8] C'est _Li-wang_ qui est ici designé. (_Glose._)
[9] Ode _Hia-wou_, section _Ta-ya._
[10] Chapitre _Ta-yu-mo_, pag. 52, des _Livres sacrés de l'Orient._
[11] _Pe-chin_, littéralement, les _cent esprits_; ce sont les esprits
du ciel, de la terre, des montagnes et des fleuves, (_Glose._)
[12] _Tchoung-kouë_, c'est-à-dire, le royaume suzerain qui se trouvait
placé au milieu de tous les autres royaumes feudataires qui formaient
avec lui l'empire chinois.
[13] Un des chapitres du _Chou-king_, pag. 84, lieu cité.
[14] Pour le philosophe chinois, les intentions du ciel concernant la
succession à l'empire se manifestaient par le vœu populaire, qui se
produisait sous trois formes: l'adhésion des grands vassaux; celle
du commun du peuple, qui se choisit le dispensateur de la justice;
et enfin les chants des poëtes, qui sanctionnent, pour ainsi dire,
les deux premières formes du vœu populaire, et le transmettent à la
postérité. La question serait de savoir si ces trois formes du vœu
populaire sont toujours véritablement et sincèrement produites.
[15] _Ming_, ordre donné et reçu, mandat.
[16] Où était élevé le monument funéraire du roi son père.
[17] En s'introduisant près du prince sous le prétexte de bien cuire
et de bien découper les viandes, comme on le supposerait de _Y-yin_.
(_Glose._)
[18] Chapitre du _Chou-king_, qui rapporte les faits de _Y-yin._
[19] _Mou-kong_, palais de _Kie_, ainsi nommé.
[20] _Po_, la capitale de _Thang._
[21] Homme d'une sagesse reconnue, et premier magistrat du royaume de
_Weï_.
[22] Il était le favori du roi de _Weï_.
[23] Sage du royaume de _Yu._