Ceux qui ne reconnaissent ni parents ni princes[18] sont les barbares
que _Tcheou-koung_ mit en fuite.
Moi aussi je désire rectifier le cœur des hommes, réprimer les discours
pervers, m'opposer aux actions dépravées, et repousser de toutes mes
forces des propositions corruptrices, afin de continuer l'œuvre des
trois grands saints, YU, TCHEOU-KOUNG et KHOUNG-TSEU[19], qui m'ont
précédé. Est-ce là aimer à disputer[20]? Je n'ai pu me dispenser d'agir
comme je l'ai fait. Celui qui peut par ses discours combattre les
sectes de _Yang_ et de _Mé_ est un disciple des saints hommes.
10. _Khouang-tchang_ dit: _Tchin-tchoung-tseu_ n'est-il pas un lettré
plein de sagesse et de simplicité? Comme il demeurait à _Ou-ling_,
ayant passé trois jours sans manger, ses oreilles ne purent plus
entendre, et ses yeux ne purent plus voir. Un poirier se trouvait
là auprès d'un puits; les vers avaient mangé plus de la moitié de
ses fruits. Le moribond, se traînant sur ses mains et sur ses pieds,
cueillit le restant pour le manger. Après en avoir goûté trois fois,
ses oreilles recouvrèrent l'ouïe, et ses yeux la vue.
MENG-TSEU dit: Entre tous les lettrés du royaume de _Thsi_, je regarde
certainement _Tchoung-tseu_ comme le plus grand[21]. Cependant, malgré
cela, comment _Tchoung-tseu_ entend-il la simplicité et la tempérance?
Pour remplir le but de _Tchoung-tseu_, il faudrait devenir ver de
terre; alors on pourrait lui ressembler.
Le ver de terre, dans les lieux élevés, se nourrit de terre sèche,
et dans les lieux bas, il boit l'eau bourbeuse. La maison qu'habite
_Tchoung-tseu_ n'est-ce pas celle que _Pé-i_[22] se construisit? ou
bien serait-ce celle que le voleur _Tche_[23] bâtit? Le millet qu'il
mange n'est-il pas celui que _Pé-i_ sema? ou bien serait-ce celui qui
fut semé par _Tche_? Ce sont là des questions qui n'ont pas encore été
résolues.
_Kouang-tchang_ dit: Qu'importe tout cela? Il faisait des souliers de
sa personne, et sa femme tissait du chanvre pour échanger ces objets
contre des aliments.
MENG-TSEU poursuivit: _Tchoung-tseu_ est d'une ancienne et grande
famille de _Thsi_. Son frère aîné, du nom de _Taï_, reçoit, dans la
ville de _Ho_, dix mille mesures de grain de revenus annuels en nature.
Mais lui regarde les revenus de son frère aîné comme des revenus
iniques, et il ne veut pas s'en nourrir; il regarde la maison de son
frère aîné comme une maison inique, et il ne veut pas l'habiter.
Fuyant son frère aîné et se séparant de sa mère, il est allé se fixer
à _Ou-ling._ Un certain jour qu'il était retourné dans son pays,
quelqu'un lui apporta en présent, de la part de son frère aîné, une
oie vivante. Fronçant le sourcil à cette vue, il dit: A quel usage
destine-t-on cette oie criarde? Un autre jour sa mère tua cette oie et
la lui donna à manger. Son frère aîné, revenant du dehors à la maison,
dit: Cela, c'est de la chair d'oie criarde. Alors _Tchoung-tseu_
sortit, et il la vomit de son sein.
Les mets que sa mère lui donne à manger, il ne les mange pas; ceux que
sa femme lui prépare, il les mange. Il ne veut pas habiter la maison
de son frère aîné, mais il habite le village de _Ou-ling_. Est-ce de
cette façon qu'il peut remplir la destination qu'il s'était proposé
de remplir? Si quelqu'un veut ressembler à _Tchoung-tseu_, il doit se
faire ver de terre; ensuite il pourra atteindre son but.
[1] C'est-à-dire dans l'_humanité_. (_Commentaire._)
[2] Se maintenir constamment dans les limites des convenances
prescrites par les rites. (_Commentaire._)
[3] Observer constamment la justice et l'équité dans les fonctions
publiques que l'on occupe. (_Commentaire._)
[4] Ou entremetteur. Les mariages se font ordinairement en Chine par le
moyen des entremetteurs ou entremetteuses avoués, et pour ainsi dire
officiels, du moins toujours officieux.
[5] C'est-à-dire qu'ils n'auraient jamais voulu obtenir des emplois par
des moyens indignes d'eux.
[6] MENG-TSEU se désigne lui-même.
[7] Bourg très-fréquenté du royaume de _Thsi._
[8] Littéralement: qu'_une partie sur dix_, ou la dime.
[9] _Kiang-chouï-tche: koung-chouï-ye._
[10] En un mot, de toutes les bêtes que _Cheou-sin_ entretenait dans
ses parcs royaux pour ses plaisirs.
[11] _Commentaire._
[12] Histoire du royaume de _Lou_ (sa patrie). (_Commentaire._)
[13] C'est seulement dans ce livre que l'on trouve exprimés tous les
sentiments de tristesse et de douleur que KHOUNG-TSEU éprouvait pour la
perversité de son siècle. (_Commentaire._)
[14] Les mauvais princes et les tyrans qu'il flétrit dans ce livre.
[15] _Tchou-sse_; le Commentaire dit que ce sont les lettrés non
employés.
[16] Voyez précédemment, pag. 249.
[17] De l'espèce des tigres, des léopards, des rhinocéros et des
éléphants. (_Comm._)
[18] Les sectaires de _Yang_ et de _Mé_.(_Commentaire._)
[19] _Commentaire._
[20] La justification de MENG-TSEU peut bien être regardée comme
complète, et sa mission d'apôtre infatigable des anciennes doctrines
remises en lumière et prêchées avec tant de majesté et de persévérance
par KHOUNG-TSEU, se trouve ainsi parfaitement expliquée par lui-même.
[21] Le texte porte: comme _le plus grand doigt_ de la main.
[22] Homme de l'antiquité, célèbre par son extrême tempérance.
(_Commentaire._)
[23] Homme de l'antiquité, célèbre par son intempérance.