Afin de répondre aux vœux ardents de tout l'empire.»

Voilà la bravoure de _Wen-wang. Wen-wang_ ne s'irrite qu'une fois, et

il pacifie toutes les populations de l'empire.

Le _Chou-king_, ou _Livre par excellence_[7], dit: «Le ciel, en créant

les peuples, leur a préposé des princes [pour avoir soin d'eux][8];

il leur a donné des instituteurs [pour les instruire]. Aussi est-il

dit: Ils sont les auxiliaires du souverain suprême, qui les distingue

par des marques d'honneur dans les quatre parties de la terre. Il

n'appartient qu'à moi (c'est _Wou-wang_ qui parle) de récompenser les

innocents et de punir les coupables. Qui, dans tout l'empire, oserait

s'opposer à sa volontés[9]?»

Un seul homme (_Cheou-sin_) avait commis des actions odieuses dans tout

l'empire; _Wou-wang_ en rougit. Ce fut là la bravoure de _Wou-wang_;

et _Wou-wang_, s'étant irrité une seule fois, pacifia toutes les

populations de l'empire.

Maintenant, si le roi, en se livrant une seule fois à ses mouvements

d'indignation ou de bravoure, pacifiait toutes les populations de

l'empire, les populations n'auraient qu'une crainte, c'est que le roi

n'aimât pas la bravoure.

4. _Siouan-wang_, roi de _Thsi_, était allé voir MENG-TSEU dans le

_Palais de la neige_ (_Siouëi-koung_). Le roi dit: Convient-il aux

sages de demeurer dans un pareil lieu de délices? MENG-TSEU répondit

avec respect: Assurément. Si les hommes du peuple n'obtiennent pas

cette faveur, alors ils accusent leur supérieur [leur prince].

Ceux qui n'obtiennent pas cette faveur, et qui accusent leur supérieur,

sont coupables; mais celui qui est constitué le supérieur du peuple, et

qui ne partage pas avec le peuple ses joies et ses plaisirs, est encore

plus coupable.

Si un prince se réjouit de la joie du peuple, le peuple se réjouit

aussi de sa joie. Si un prince s'attriste des tristesses du peuple, le

peuple s'attriste aussi de ses tristesses. Qu'un prince se réjouisse

avec tout le monde, qu'il s'attriste avec tout le monde; en agissant

ainsi, il est impossible qu'il trouve de la difficulté à régner.

Autrefois _King-kong_, roi de _Thsi_, interrogeant _Yan-tseu_ [son

premier ministre], dit: Je désirerais contempler les [montagnes]

_Tchouan-fou_ et _Tchao-wou_, et, suivant la mer au midi [dans l'Océan

oriental][10], parvenir à _Lang-ye_. Comment dois-je agir pour imiter

les anciens rois dans leurs visites de l'empire?

_Yan-tseu_ répondit avec respect: O l'admirable question! Quand le fils

du Ciel[11] se rendait chez les grands vassaux, on nommait ces visites,

visites d'enquêtes (_sun-cheou_); faire ces visites d'_enquêtes_,

c'est _inspecter ce qui a été donné à conserver_. Quand les grands

vassaux allaient faire leur cour au fils du Ciel, on appelait ces

visites _comptes-rendus_ [_chou-tchi_]. Par _comptes-rendus_ on

entendait _rendre compte_ [au roi ou à l'empereur] _de tous les actes

de son administration_. Aucune de ces visites n'était sans motif. Au

printemps [les anciens empereurs] inspectaient les champs cultivés, et

fournissaient aux laboureurs les choses dont ils avaient besoin. En

automne ils inspectaient les moissons, et ils donnaient des secours

à ceux qui ne récoltaient pas de quoi leur suffire. Un proverbe de

la dynastie _Hia_ disait: «Si notre roi ne visite pas [le royaume],

comment recevrons-nous ses bienfaits? Si notre roi ne se donne pas

le plaisir d'inspecter [le royaume], comment obtiendrons-nous des

secours?» Chaque visite, chaque récréation de ce genre, devenait une

loi pour les grands vassaux.

Maintenant les choses ne se passent pas ainsi. Des troupes nombreuses

se mettent en marche avec le prince [pour lui servir de garde][12],

et dévorent toutes les provisions. Ceux qui éprouvent la faim ne

trouvent plus à manger; ceux qui peuvent travailler ne trouvent plus

de repos. Ce ne sont plus que des regards farouches, des concerts

de malédictions. Dans le cœur du peuple naissent alors des haines

profondes; il résiste aux ordres [du roi], qui prescrivent d'opprimer

le peuple. Le boire et le manger se consomment avec l'impétuosité d'un

torrent. Ces désordres sont devenus la frayeur des grands vassaux.

Suivre le torrent qui se précipite dans les lieux inférieurs,

et oublier de retourner sur ses pas, on appelle cela _suivre le

courant_[13]; suivre le torrent en remontant vers sa source, et oublier

de retourner sur ses pas, on appelle cela _suivre sans interruption ses

plaisirs_[14]; poursuivre les bêtes sauvages sans se rassasier de cet

amusement, on appelle cela _perdre son temps en choses vaines_[15];

trouver ses délices dans l'usage du vin, sans pouvoir s'en rassasier,

on appelle cela _se perdre de gaîtê de cœur_[16].

Les anciens rois ne se donnaient point les satisfactions des deux

premiers égarements du cœur [le _lieou_ et le _lian_], et ils ne

mettaient pas en pratique les deux dernières actions vicieuses [le

_hoang_ et le _wang_]. Il dépend uniquement du prince de déterminer en

cela les principes de sa conduite.

_King-kong_ fut très-satisfait [de ce discours de _Yan-tseu_]. Il

publia aussitôt dans tout le royaume un décret royal par lequel il

informait le peuple qu'il allait quitter [son palais splendide] pour

habiter dans les campagnes. Dès ce moment il commença à donner des

témoignages évidents de ses bonnes intentions en ouvrant les greniers

publics pour assister ceux qui se trouvaient dans le besoin. Il appela

auprès de lui l'intendant en chef de la musique, et lui dit: «Composez

pour moi un chant de musique qui exprime la joie mutuelle d'un prince

et d'un ministre.» Or cette musique est celle que l'on appelle

_Tchi-chao_ et _Kio-chao_ [la première qui a rapport aux affaires du

prince, la seconde qui a rapport au peuple][17]. Les paroles de cette

musique sont l'ode du _Livre des Vers_ qui dit:

«Quelle faute peut-on attribuer

Au ministre qui modère et retient son prince?

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 201 / 266 题