COMPOSÉ DE 3 ARTICLES.

1. _Yao_ dit: O _Chun!_ le ciel a résolu que la succession de la

dynastie impériale reposerait désormais sur votre personne. Tenez

toujours fermement et sincèrement le milieu de la droite voie. Si les

peuples qui sont situés entre les quatre mers souffrent de la disette

et de la misère, les revenus du prince seront à jamais supprimés.

_Chun_ confia aussi un semblable mandat à _Yu_. [Celui-ci] dit: Moi

humble et pauvre _Li_, tout ce que j'ose, c'est de me servir d'un

taureau noir [dans les sacrifices]; tout ce que j'ose, c'est d'en

instruire l'empereur souverain et auguste. S'il a commis des fautes,

n'osé-je [moi, son ministre] l'en blâmer? Les ministres naturels de

l'empereur [les sages de l'empire][57] ne sont pas laissés dans

l'obscurité; ils sont tous en évidence dans le cœur de l'empereur. Ma

pauvre personne a beaucoup de défauts qui ne sont pas communs [aux

sages] des quatre régions de l'empire. Si les [sages] des quatre

régions de l'empire ont des défauts, ces défauts existent également

dans ma pauvre personne.

_Tcheou_ (_Wou-wang_) eut une grande libéralité; les hommes vertueux

furent à ses yeux les plus éminents.

[Il disait]: Quoique l'on ait des parents très-proches [comme des

fils et des petits-fils], il n'est rien comme des hommes doués de la

vertu de l'humanité[58]! je voudrais que les fautes de tout le peuple

retombassent sur moi seul.

[_Wou-wang_] donna beaucoup de soin et d'attention aux poids et

mesures. Il examina les lois et les constitutions, rétablit dans leurs

emplois les magistrats qui en avaient été privés, et l'administration

des quatre parties de l'empire fut remise en ordre.

Il releva les royaumes détruits [il les rétablit et les rendit à leurs

anciens possesseurs][59]; il renoua le fil des générations interrompues

[il donna des rois aux royaumes qui n'en avaient plus][60]; il rendit

leurs honneurs à ceux qui avaient été exilés. Les populations de

l'empire revinrent d'elles-mêmes se soumettre à lui.

Ce qu'il regardait comme de plus digne d'attention et de plus

important, c'était l'entretien du peuple, les funérailles et les

sacrifices aux ancêtres.

Si vous avez de la générosité et de la grandeur d'àme, alors vous vous

gagnez la foule; si vous avez de la sincérité et de la droiture, alors

le peuple se confie à vous; si vous êtes actif et vigilant, alors

toutes vos affaires ont d'heureux résultats; si vous portez un égal

intérêt à tout le monde, alors le peuple est dans la joie.

2. _Tseu-tchang_ fit une question à KHOUNG-TSEU en ces termes: Comment

pensez-vous que l'on doive diriger les affaires de l'administration

publique? Le Philosophe dit: Honorez les cinq choses excellentes[61],

fuyez les quatre mauvaises actions[62]; voilà comment vous pourrez

diriger les affaires de l'administration publique. _Tseu-tchang_ dit:

Qu'appelez-vous les cinq choses excellentes? Le Philosophe dit: L'homme

supérieur [qui commande aux autres] doit répandre des bienfaits, sans

être prodigue; exiger des services du peuple, sans soulever ses haines;

désirer des revenus suffisants, sans s'abandonner à l'avarice et à la

cupidité; avoir de la dignité et de la grandeur, sans orgueilleuse

ostentation, et de la majesté sans rudesse.

_Tseu-tchang_ dit: Qu'entendez-vous par être bienfaisant sans

prodigalité? Le Philosophe dit: Favoriser continuellement tout ce

qui peut procurer des avantages au peuple, en lui faisant du bien,

n'est-ce pas là être bienfaisant sans prodigalité? Déterminer, pour

les faire exécuter par le peuple, les corvées qui sont raisonnablement

nécessaires, et les lui imposer: qui pourrait s'en indigner? Désirer

seulement tout ce qui peut être utile à l'humanité, et l'obtenir,

est-ce là de la cupidité? Si l'homme supérieur [ou le chef de l'État]

n'a ni une trop grande multitude de populations, ni un trop petit

nombre; s'il n'a ni de trop grandes ni de trop petites affaires; s'il

n'ose avoir de mépris pour personne: n'est-ce pas là le cas d'avoir de

la dignité sans ostentation? Si l'homme supérieur compose régulièrement

ses vêtements, s'il met de la gravité et de la majesté dans son

attitude et sa contenance, les hommes le considéreront avec respect et

vénération; n'est-ce pas là de la majesté sans rudesse?

_Tseu-tchang_ dit: Qu'en tendez-vous par les quatre mauvaises actions?

Le Philosophe dit: C'est ne pas instruire le peuple et le tuer

[moralement, en le laissant tomber dans le mal][63]: on appelle cela

cruauté ou tyrannie; c'est ne pas donner des avertissements préalables,

et vouloir exiger une conduite parfaite: on appelle cela violence,

oppression; c'est différer de donner ses ordres, et vouloir l'exécution

d'une chose aussitôt qu'elle est résolue: on appelle cela injustice

grave; de même que, dans ses rapports journaliers avec les hommes,

montrer une sordide avarice, on appelle cela se comporter comme un

collecteur d'impôts.

3. Le Philosophe dit: Si l'on ne se croit pas chargé de remplir une

mission, un mandat, on ne peut pas être considéré comme un homme

supérieur.

Si l'on ne connaît pas les rites ou les lois qui règlent les relations

sociales, on n'a rien pour se fixer dans sa conduite.

Si l'on ne connaît pas la valeur des paroles des hommes, on ne les

connaît pas eux-mêmes.

[57] _Commentaire._

[58] Chapitre _Taï-tchi_, du _Chou-king_. Voyez la traduction que nous

en avons publiée dans les _Livres sacrés de l'Orient_. Paris, F. Didot,

1840.

[59] _Commentaire._

[60] _Ibid._

[61] «Ce sont des choses qui procurent des avantages au peuple.»

(_Commentaire_.)

[62] «Ce sont celles qui portent un détriment au peuple.»

(_Commentaire_.)

[63] _Commentaire._

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 191 / 266 题