COMPOSÉ DE 25 ARTICLES[52].

1. _Tseu-tchang_ dit: L'homme qui s'est élevé au-dessus des autres

par les acquisitions de son intelligence[53] prodigue sa vie à la vue

du danger. S'il voit des circonstances propres à lui faire obtenir

des profits, il médite sur la justice et le devoir. En offrant un

sacrifice, il médite sur le respect et la gravité, qui en sont

inséparables. En accomplissant des cérémonies funèbres, il médite sur

les sentiments de regret et de douleur qu'il éprouve. Ce sont là les

devoirs qu'il se plaît à remplir.

2. _Tseu-tchang_ dit: Ceux qui embrassent la vertu sans lui donner

aucun développement; qui ont su acquérir la connaissance des principes

de la droite raison sans pouvoir persévérer dans sa pratique:

qu'importe au monde que ces hommes aient existé ou qu'ils n'aient pas

existé?

3. Les disciples de _Tseu-hia_ demandèrent à _Tseu-tchang_ ce que

c'était que l'amitié ou l'association des amis. _Tseu-tchang_ dit:

Qu'en pense votre maître _Tseu-hia_? [Les disciples] répondirent avec

respect: _Tseu-hia_ dit que ceux qui peuvent se lier utilement par les

liens de l'amitié s'associent, et que ceux dont l'association serait

nuisible ne s'associent pas. _Tseu-tchang_ ajouta: Cela diffère de ce

que j'ai entendu dire. J'ai appris que l'homme supérieur honorait les

sages et embrassait dans son affection toute la multitude; qu'il louait

hautement les hommes vertueux et avait pitié de ceux qui ne l'étaient

pas. Suis-je un grand sage; pourquoi, dans mes relations avec les

hommes, n'aurais-je pas une bienveillance commune pour tous? Ne suis-je

pas un sage; les hommes sages (dans votre système) me repousseront.

S'il en est ainsi, pourquoi repousser de soi certains hommes?

4. _Tseu-hia_ dit: Quoique certaines professions de la vie

soient humbles[54], elles sont cependant véritablement dignes de

considération. Néanmoins, si ceux qui suivent ces professions veulent

parvenir à ce qu'il y a de plus éloigné de leur état[55], je crains

qu'ils ne puissent réussir. C'est pourquoi l'homme supérieur ne

pratique pas ces professions inférieures.

5. _Tseu-hia_ dit: Celui qui chaque jour acquiert des connaissances

qui lui manquaient, et qui chaque mois n'oublie pas ce qu'il a pu

apprendre, peut être dit aimer l'étude.

6. _Tseu-hia_ dit: Donnez beaucoup d'étendue à vos études, et portez-y

une volonté ferme et constante. Interrogez attentivement, et méditez à

loisir sur ce que vous avez entendu. La vertu de l'humanité, la vertu

supérieure est là.

7. _Tseu-hia_ dit: Tous ceux qui pratiquent les arts manuels

s'établissent dans des ateliers pour confectionner leurs ouvrages;

l'homme supérieur étudie pour porter à la perfection les règles des

devoirs.

8. _Tseu-hia_ dit: Les hommes vicieux déguisent leurs fautes sous un

certain dehors d'honnêteté.

9. _Tseu-hia_ dit: L'homme supérieur a trois apparences changeantes:

si on le considère de loin, il parait grave, austère; si on approche de

lui, on le trouve doux et affable; si on entend ses paroles, il paraît

sévère et rigide.

10. _Tseu-hia_ dit: Ceux qui remplissent les fonctions supérieures d'un

Etat se concilient d'abord la confiance de leur peuple pour obtenir de

lui le prix de ses sueurs; s'ils n'obtiennent pas sa confiance, alors

ils sont considérés comme le traitant d'une manière cruelle. Si le

peuple a donné à son prince des preuves de sa fidélité, il peut alors

lui faire des remontrances; s'il n'a pas encore donné des preuves de sa

fidélité, il sera considéré comme calomniant son prince.

11. _Tseu-hia_ dit: Dans les grandes entreprises morales, ne dépassez

pas le but; dans les petites entreprises morales, vous pouvez aller au

delà ou rester en deçà sans de grands inconvénients.

12. _Tseu-yeou_ dit: Les disciples de _Tseu-hia_ sont de petits

enfants; ils peuvent arroser, balayer, répondre respectueusement, se

présenter avec gravité et se retirer de même. Ce ne sont là que les

branches ou les choses les moins importantes; mais la racine de tout,

la chose la plus importante, leur manque complètement[56]. Que faut-il

donc penser de leur science?

_Tseu-hia_, ayant entendu ces paroles, dit: Oh! _Yan-yeou_ excède les

bornes. Dans l'enseignement des doctrines de l'homme supérieur, que

doit-on enseigner d'abord, que doit-on s'efforcer d'inculquer ensuite?

Par exemple, parmi les arbres et les plantes, il y a différentes

classes qu'il faut distinguer. Dans renseignement des doctrines de

l'homme supérieur, comment se laisser aller à la déception? Cet

enseignement a un commencement et une fin; c'est celui du saint homme.

13. _Tseu-hia_ dit: Si pendant que l'on occupe un emploi public on a du

temps et des forces de reste, alors on doit s'appliquer à l'étude de

ses devoirs; quand un étudiant est arrivé au point d'avoir du temps et

des forces de reste, il doit alors occuper un emploi public.

14. _Tseu-yeou_ dit: Lorsqu'on est en deuil de ses père et mère, on

doit porter l'expression de sa douleur à ses dernières limites, et

s'arrêter là.

15. _Tseu-yeou_ dit: Mon ami _Tchang_ se jette toujours dans les plus

difficiles entreprises; cependant il n'a pas encore pu acquérir la

vertu de l'humanité.

10. _Thsêng-tseu_ dit: Que _Tchang_ a la contenance grave et digne!

cependant il ne peut pas pratiquer avec les hommes la vertu de

l'humanité!

17. _Thsêng-tseu_ dit: J'ai entendu dire au maître qu'il n'est personne

qui puisse épuiser toutes les facultés de sa nature. Si quelqu'un le

pouvait, ce devrait être dans l'expression de la douleur pour la perte

de ses père et mère.

18. _Thsêng-tseu_ dit: J'ai entendu souvent le maître parler de la

piété filiale de _Meng-tchouang-tseu_. [Ce grand dignitaire de l'Etat

de _Lou_] peut être imité dans ses autres vertus; mais, après la mort

de son père, il ne changea ni ses ministres ni sa manière de gouverner;

et c'est en cela qu'il est difficile à imiter.

19. Lorsque_Meng-chi_ (_Meng-tchouang-tseu_) nomma _Yang-fou_ ministre

de la justice, _Yang-fou_ consulta _Thsêng-tseu_ [son maître] sur

la manière dont il devait se conduire. _Thsêng-tseu_ dit: Si les

supérieurs qui gouvernent perdent la voie de la justice et du devoir,

le peuple se détache également du devoir et perd pour longtemps toute

soumission. Si vous acquérez la preuve qu'il a de tels sentiments de

révolte contre les lois, alors ayez compassion de lui, prenez-le en

pitié et ne vous en réjouissez jamais.

20. _Tseu-koung_ dit: La perversité de _Cheou-_(_sin_) ne fut pas aussi

extrême qu'on l'a rapporté. C'est pour cela que l'homme supérieur doit

avoir en horreur de demeurer dans des lieux immondes; tous les vices et

les crimes possibles lui seraient imputés.

21. _Tseu-koung_ dit: Les erreurs de l'homme supérieur sont comme des

éclipses du soleil et de la lune. S'il commet des fautes, tous les

hommes les voient; s'il se corrige, tous les hommes le contemplent.

22. _Kong-sun-tchao_, grand de l'Etat de _Weï_, questionna _Tseu-koung_

en ces termes: A quoi ont servi les études de _Tchoung-ni_

[KHOUNG-TSEU]?

_Tseu-koung_ dit: Les doctrines des [anciens rois] _Wen_ et _Wou_ ne

se sont pas perdues sur la terre; elles se sont maintenues parmi les

hommes. Les sages ont conservé dans leur mémoire leurs grands préceptes

de conduite; et ceux qui étaient avancés dans la sagesse ont conservé

dans leur mémoire les préceptes de morale moins importants qu'ils

avaient laissés au monde. Il n'est rien qui ne se soit conservé des

préceptes et des doctrines salutaires de _Wen_ et de _Wou_. Comment le

maître ne les aurait-il pas étudiés? et même comment n'aurait-il eu

qu'un seul et unique précepteur?

23. _Chou-sun_, du rang de _Wou-chou_ [grand de l'Etat de _Lou_],

s'entretenant avec d'autres dignitaires du premier ordre à la cour du

prince, dit: _Tseu-koung_ est bien supérieur en sagesse à _Tchoung-ni_.

_Tseu-fou_, du rang de _King-pe_ [grand dignitaire de l'Etat de

_Lou_], en informa _Tseu-koung. Tseu-koung_ dit: Pour me servir de la

comparaison d'un palais et de ses murs, moi _Sse_, je ne suis qu'un mur

qui atteint à peine aux épaules; mais, si vous considérez attentivement

tout l'édifice, vous le trouverez admirable.

Les murs de l'édifice de mon maître sont très-élevés. Si vous ne

parvenez pas à en franchir la porte, vous ne pourrez contempler toute

la beauté du temple des ancêtres, ni les richesses de toutes les

magistratures de l'Etat.

Ceux qui parviennent à franchir cette porte sont quelques rares

personnes. Les propos de mon supérieur [_Wou-chou_, relativement à

KHOUNG-TSEU et à lui] ne sont-ils pas parfaitement analogues?

24. _Chou-sun Wou-chou_ ayant de nouveau rabaissé le mérite de

_Tchoung-ni, Tseu-koung_ dit: N'agissez pas ainsi; _Tchoung-ni_ ne

doit pas être calomnié. La sagesse des autres hommes est une colline

ou un monticule que l'on peut franchir; _Tchoung-ni_ est le soleil et

la lune, qui ne peuvent pas être atteints et dépassés. Quand même les

hommes [qui aiment l'obscurité] désireraient se séparer complétement de

ces astres resplendissants, quelle injure feraient-ils au soleil et à

la lune? Vous voyez trop bien maintenant que vous ne connaissez pas la

mesure des choses.

25. _Tching-tseu-king_ (disciple de KHOUNG-TSEU), s'adressant à

_Tseu-koung_, dit: Vous avez une constance grave et digne; en quoi

_Tchoung-ni_ est-il plus sage que vous?

_Tseu-koung_ dit: L'homme supérieur, par un seul mot qui lui échappe,

est considéré comme très-éclairé sur les principes des choses; et par

un seul mot il est considéré comme ne sachant rien. On doit donc mettre

une grande circonspection dans ses paroles.

Notre maître ne peut pas être atteint [dans son intelligence

supérieure]; il est comme le ciel, sur lequel on ne peut monter, même

avec les plus hautes échelles.

Si notre maître obtenait de gouverner des Etats, il n'avait qu'à

dire [au peuple]: Etablissez ceci, aussitôt il l'établissait; suivez

cette voie morale, aussitôt il la suivait; conservez la paix et la

tranquillité, aussitôt il se rendait à ce conseil; éloignez toute

discorde, aussitôt l'union et la concorde régnaient. Tant qu'il vécut,

les hommes l'honorèrent; après sa mort, ils l'ont regretté et pleuré.

D'après cela, comment pouvoir atteindre à sa haute sagesse?

[52] Ce chapitre ne rapporte que les dits des disciples de KHOUNG-TSEU.

Ceux de _Tseu-hia_ sont les plus nombreux; ceux de _Tseu-koung_, après.

(_Commentaire_.)

[53] Tel est le sens du mot _sse_, donné par quelques commentateurs

chinois.

[54] Comme celles de laboureur, jardinier, médecin, etc.

(_Commentaire_.)

[55] Comme le gouvernement du royaume, la pacification de l'empire,

etc. (_Commentaire_.)

[56] Voyez le _Ta-hio_, chap. I, pag. 46-47.

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 189 / 266 题