COMPOSÉ DE 28 ARTICLES.

1. Le Philosophe dit: _Young_ peut remplir les fonctions de celui qui

se place sur son siège, la face tournée vers le midi (c'est-à-dire

gouverner un État).

_Tchoung-koung_ (_Young_) dit: Et _Tsang-pe-tseu?_ Le Philosophe dit:

Il le peut; il a le jugement libre et pénétrant.

_Tchoung-koung_ dit: Se maintenir toujours dans une situation digne

de respect, et agir d'une manière grande et libérale dans la haute

direction des peuples qui nous sont confiés, n'est-ce pas là aussi ce

qui rend propre à gouverner? Mais si on n'a que de la libéralité, et

que toutes ses actions répondent à cette disposition de caractère,

n'est-ce pas manquer des conditions nécessaires et ne posséder que

l'excès d'une qualité?

Le Philosophe dit: Les paroles de _Young_ sont conformes à la raison.

2. _Ngaï-kong_ demanda quel était celui des disciples du Philosophe qui

avait le plus grand amour de l'étude.

KHOUNG-TSEU répondit avec déférence: Il y avait _Yan-hoeï_ qui aimait

l'étude avec passion; il ne pouvait éloigner de lui l'ardent désir de

savoir; il ne commettait pas deux fois la même faute. Malheureusement

sa destinée a été courte, et il est mort jeune. Maintenant il n'est

plus[32]! je n'ai pas appris qu'un autre eût un aussi grand amour de

l'étude.

3. _Tseu-hoa_ ayant été envoyé (par le Philosophe) dans le royaume

de _Tchi_, _Yan-tseu_ demanda du riz pour la mère de _Tseu-hoa_, qui

était momentanément privée de la présence de son fils. Le Philosophe

dit: Donnez-lui-en une mesure. Le disciple en demanda davantage.

Donnez-lui-en une mesure et demie, répliqua-t-il. _Yan-tseu_ lui donna

cinq _ping_ de riz (ou huit mesures).

Le Philosophe dit: _Tchi_ (_Tseu-hoa_), en se rendant dans l'État de

_Thsi_, montait des chevaux fringants, portait des pelisses fines et

légères; j'ai toujours entendu dire que l'homme supérieur assistait

les nécessiteux, et n'augmentait pas les richesses du riche.

_Youan-sse_ (un des disciples du Philosophe) ayant été fait gouverneur

d'une ville, on lui donna neuf cents mesures de riz pour ses

appointements. Il les refusa.

Le Philosophe dit: Ne les refusez pas; donnez-les aux habitants des

villages voisins de votre demeure.

4. Le Philosophe, interpellant _Tchoung-koung_, dit: Le petit d'une

vache de couleur mêlée, qui aurait le poil jaune et des cornes sur

la tête, quoiqu'on puisse désirer ne l'employer à aucun usage, [les

génies] des montagnes et des rivières le rejetteraient-ils?

5. Le Philosophe dit: Quant à _Hoeï_, son cœur pendant trois mois ne

s'écarta point de la grande vertu de l'humanité. Les autres hommes

agissent ainsi pendant un jour ou un mois; et voilà tout!

6. _Ki-kang-tseu_ demanda si _Tchoung-yeou_ pourrait occuper un emploi

supérieur dans l'administration publique. Le Philosophe dit: _Yeou_

est certainement propre à occuper un emploi dans l'administration

publique; pourquoi ne le serait-il pas?--Il demanda ensuite: Et _Sse_

est-il propre à occuper un emploi supérieur dans l'administration

publique?--_Sse_ a un esprit pénétrant, très-propre à occuper un

emploi supérieur dans l'administration publique; pourquoi non?--Il

demanda encore: _Kieou_ est-il propre à occuper un emploi supérieur

dans l'administration publique?--_Kieou_, avec ses talents nombreux

et distingués, est très-propre à occuper un emploi supérieur dans

l'administration publique; pourquoi non?

7. _Ki-chi_ envoya un messager à _Min-tseu-kien_ (disciple de

KHOUNG-TSEU), pour lui demander s'il voudrait être gouverneur de _Pi.

Min-tseu-kien_ répondit: Veuillez remercier pour moi voire maître; et

s'il m'envoyait de nouveau un messager, il me trouverait certainement

établi sur les bords de la rivière _Wan_ (hors de ses États).

8. _Pe-nieou_ (disciple de KHOUING-TSEU) étant malade, le Philosophe

demanda à le voir. Il lui prit la main à travers la croisée, et dit:

Je le perds! c'était la destinée de ce jeune homme qu'il eut cette

maladie; c'était la destinée de ce jeune homme qu'il eût cette maladie!

9. Le Philosophe dit: O qu'il était sage, _Hoeï!_ il avait un vase

de bambou pour prendre sa nourriture, une coupe pour boire, et il

demeurait dans l'humble réduit d'une rue étroite et abandonnée; un

autre homme que lui n'aurait pu supporter ses privations et ses

souffrances. Cela ne changeait pas cependant la sérénité de _Hoeï_: ô

qu'il était sage, _Hoeï!_

10. _Yan-kieou_ dit: Ce n'est pas que je ne me plaise dans l'étude

de votre doctrine, maître; mais mes forces sont insuffisantes. Le

Philosophe dit: Ceux dont les forces sont insuffisantes font la moitié

du chemin et s'arrêtent; mais vous, vous manquez de bonne volonté.

11. Le Philosophe, interpellant _Tseu-hia_, lui dit: Que votre savoir

soit le savoir d'un homme supérieur, et non celui d'un homme vulgaire.

12. Lorsque _Tseu-yeou_ était gouverneur de la ville de _Wou_, le

Philosophe lui dit: Avez-vous des hommes de mérite? Il répondit:

Nous avons _Tan-taï_, surnommé _Mie-ming_, lequel en voyageant ne

prend point de chemin de traverse, et qui, excepté lorsqu'il s'agit

d'affaires publiques, n'a jamais mis les pieds dans la demeure de _Yen_

(_Tseu-yeou_).

13. Le Philosophe dit: _Meng-tchi-fan_ (grand de l'État de _Lou_)

ne se vantait pas de ses belles actions. Lorsque l'armée battait

en retraite, il était à l'arrière-garde; mais lorsqu'on était près

d'entrer en ville, il piquait son cheval et disait: Ce n'est pas que

j'aie eu plus de courage que les autres pour rester en arrière; mon

cheval ne voulait pas avancer.

14. Le Philosophe dit: Si l'on n'a pas l'adresse insinuante de _To_,

intendant du temple des ancêtres, et la beauté de _Soung-tchao_, il est

difficile, hélas! d'avancer dans le siècle où nous sommes.

15. Le Philosophe dit: Comment sortir d'une maison sans passer par la

porte? pourquoi donc les hommes ne suivent-ils pas la droite voie?

16. Le Philosophe dit: Si les penchants naturels de l'homme dominent

son éducation, alors ce n'est qu'un rustre grossier; si, au contraire,

l'éducation domine les penchants naturels de l'homme [dans lesquels

sont compris la droiture, la bonté de cœur, etc.], alors ce n'est qu'un

homme politique. Mais lorsque l'éducation et les penchants naturels

sont dans d'égales proportions, ils forment l'homme supérieur.

17. Le Philosophe dit: La nature de l'homme est droite; si cette

droiture du naturel vient à se perdre pendant la vie, on a repoussé

loin de soi tout bonheur.

18. Le Philosophe dit: Celui qui connaît les principes de la droite

raison n'égale pas celui qui les aime; celui qui les aime n'égale pas

celui qui en fait ses délices et les pratique.

19. Le Philosophe dit: Les hommes au-dessus d'une intelligence moyenne

peuvent être instruits dans les plus hautes connaissances du savoir

humain; les hommes au-dessous d'une intelligence moyenne ne peuvent pas

être instruits des hautes connaissances du savoir humain.

20. _Fan-tchi_ demanda ce que c'était que le savoir. Le Philosophe dit:

Employer toutes ses forces pour faire ce qui est juste et convenable

aux hommes; révérer les esprits et les génies, et s'en tenir toujours

à la distance qui leur est due: voilà ce que l'on peut appeler

_savoir_. Il demanda ce que c'était que l'humanité. L'humanité [dit le

Philosophe], c'est ce qui est d'abord difficile à pratiquer, et que

l'on peut cependant acquérir par beaucoup d'efforts: voilà ce qui peut

être appelé _humanité_.

21. Le Philosophe dit: L'homme instruit est [comme] une eau limpide qui

réjouit; l'homme humain est [comme] une montagne qui réjouit. L'homme

instruit a en lui un grand priucipe de mouvement, l'homme humain un

principe de repos. L'homme instruit a en lui des motifs instantanés de

joie; l'homme humain a pour lui l'éternité.

22. Le Philosophe dit: L'État de _Thsi_, par un changement ou une

révolution, arrivera à la puissance de l'Etat de _Lou_; l'Etat de

_Lou_, par une révolution, arrivera au gouvernement de la droite raison.

23. Le Philosophe dit: Lorsqu'une coupe à anses a perdu ses anses,

est-ce encore une coupe à anses, est-ce encore une coupe à anses?

24. _Tsaï-ngo_ fit une question en ces termes: Si un homme plein de

la vertu de l'humanité se trouvait interpellé en ces mots: «Un homme

est tombé dans un puits,» pratiquerait-il la vertu de l'humanité, s'il

l'y suivait? Le Philosophe dit: Pourquoi agirait-il ainsi? Dans ce

cas, l'homme supérieur doit s'éloigner; il ne doit pas se précipiter

lui-même dans le puits; il ne doit point s'abuser sur l'étendue du

devoir, qui ne l'oblige point à perdre la vie [pour agir contrairement

aux principes de la raison].

25. Le Philosophe dit: L'homme supérieur doit appliquer toute son étude

à former son éducation, à acquérir des connaissances; il doit attacher

une grande importance aux rites ou usages prescrits. En agissant ainsi,

il pourra ne pas s'écarter de la droite raison.

26. Le Philosophe ayant fait une visite à _Nan-tseu_ (femme de

_Ling-koung_, prince de l'Etat de _Weï_), _Tseu-lou_ n'en fut pas

satisfait. KHOUNG-TSEU s'inclina en signe de résignation, et dit: «Si

j'ai mal agi, que le ciel me rejette, que le ciel me rejette.»

27. Le Philosophe dit: L'invariabilité dans le milieu est ce qui

constitue la vertu; n'en est-ce pas le faite même? Les hommes rarement

y persévèrent.

28. _Tseu-koung_ dit: S'il y avait un homme qui manifestât une extrême

bienveillance envers le peuple, et ne s'occupât que du bonheur de la

multitude, qu'en faudrait-il penser? pourrait-on l'appeler homme doué

de la vertu de l'humanité? Le Philosophe dit: Pourquoi se servir [pour

le qualifier] du mot _humanité?_ ne serait-il pas plutôt un _saint?

Yao_ et _Chun_ sembleraient même bien au-dessous de lui.

L'homme qui a la vertu de l'humanité désire s'établir lui-même, et

ensuite établir les autres hommes; il désire connaître les principes

des choses, et ensuite les faire connaître aux autres hommes.

Avoir assez d'empire sur soi-même pour juger des autres par comparaison

avec nous, et agir envers eux comme nous voudrions que l'on agît envers

nous-même, c'est ce que l'on peut appeler la doctrine de l'_humanité;_

il n'y a rien au delà.

[32] _Yan-hoeï_ mourut à trente-deux ans.

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 144 / 266 题