8. Le _Livre des Vers_ dit:

«Le prince dont la conduite est toujours pleine d'équité

et de sagesse

Verra les hommes des quatre parties du monde imiter sa

droiture.»

Il remplit ses devoirs de père, de fils, de frère ainé et de frère

cadet, et ensuite le peuple l'imite.

9. C'est ce qui est dit dans le texte: _L'art de bien gouverner une

nation consiste à mettre auparavant le bon ordre dans sa famille_.

Voilà le neuvième chapitre du Commentaire. Il explique

ce que l'on doit entendre par _bien gouverner le royaume

en mettant le bon ordre dans sa famille_.

[15] La glose du _Kiang-i-pi-tchi_ dit que c'est le fils d'un prince

possédant un royaume qui est ici désigné.

[16] En dégageant complètement la pensée du philosophe de sa forme

chinoise, on voit qu'il assimile le gouvernement de l'État à celui

de la famille, et qu'à ses yeux, celui qui possède toutes les vertus

exigées d'un chef de famille possède également toutes les vertus

exigées d'un souverain. C'est aussi ce que dit le _Commentaire

impérial_ (_Ji-kiang_): «Ces trois vertus: la _piété filiale_, la

_déférence_ envers les frères ainés, la _bienveillance_ ou l'affection

pour ses parents, sont des vertus avec lesquelles le prince orne sa

personne, tout en instruisant sa famille; elles sont généralement la

source des bonnes mœurs, et en les étendant, en en faisant une grande

application, on en fait par conséquent la règle de toutes ses actions.

Voilà comment le fils du prince, sans sortir de sa famille, se forme

dans l'art d'instruire et de gouverner un royaume.»

[17] Le _Commentaire impérial_ (_Ji-kiang_) s'exprime ainsi sur ce

passage: «Autrefois _Wou-wang_ écrivit un livre pour donner des

avertissements à _Kang-chou_ (son frère cadet, qu'il envoyait gouverner

un État dans la province du _Ho-nan_); il dit: Si l'on exerce les

fonctions de prince, il faut aimer, chérir les cent familles (tout le

peuple chinois) comme une tendre mère aime et chérit son jeune enfant

au berceau. Or, dans les premiers temps que son jeune enfant vient

de naître, chaque mère ne peut pas apprendre par des paroles sorties

de sa bouche ce que l'enfant désire; la mère, qui par sa nature est

appelée à lui donner tous ses soins et à ne le laisser manquer de rien,

s'applique avec la plus grande sincérité du cœur, et beaucoup plus

souvent qu'il est nécessaire, à chercher à savoir ce qu'il désire, et

elle le trouve ensuite. Il faut qu'elle cherche à savoir ce que son

enfant désire, et quoiqu'elle ne puisse pas toujours réussir à deviner

tous ses vœux, cependant son cœur est satisfait, et le cœur de son

enfant doit aussi être satisfait; ils ne peuvent pas s'éloigner l'un de

l'autre. Or, le cœur de cette mère, qui chérit ainsi son jeune enfant

au berceau, le fait naturellement et de lui-même: toutes les mères ont

les mêmes sentiments maternels; elles n'ont pas besoin d'attendre qu'on

les instruise de leur devoir pour pouvoir ainsi aimer leurs enfants.

Aussi n'a-t-on jamais vu dans le monde qu'une jeune femme apprenne

d'abord les règles des soins à donner à un jeune enfant au berceau,

pour se marier ensuite. Si l'on sait une fois que les tendres soins

qu'une mère prodigue à son jeune enfant lui sont ainsi inspirés par ses

sentiments naturels, on peut savoir également que ce sont les mêmes

sentiments de tendresse naturelle qui doivent diriger un prince dans

_ses rapports avec la multitude_. N'en est-il pas de même dans _ses

rapports avec le souverain_ et _avec ses aînés?_ Alors c'est ce qui est

dit, que _sans sortir de sa famille on peut se perfectionner dans l'art

d'instruire et de gouverner un royaume.»_

[18] Par _un seul homme_ on indique le _prince_. (_Glose_.)

[19] On peut voir ce qui a été dit de ces souverains de la Chine dans

notre _Résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises, depuis les

temps les plus anciens jusqu'à nos jours_, pag. 33 et suiv., et pag.

61, 70. On peut aussi y recourir pour toutes les autres informations

historiques que nous n'avons pas cru devoir reproduire ici.

[20] Dans la politique de ces philosophes chinois, chaque famille est

une nation ou État en petit, et toute nation ou tout État n'est qu'une

grande famille: l'un et l'autre doivent être gouvernés par les mêmes

principes de sociabilité et soumis aux mêmes devoirs. Ainsi, comme un

homme qui ne montre pas de vertus dans sa conduite et n'exerce point

d'empire sur ses passions n'est pas capable de bien administrer une

famille, de même un prince qui n'a pas les qualités qu'il faut pour

bien administrer une famille est également incapable de bien gouverner

une nation. Ces doctrines ne sont point constitutionnelles, parce

quelles sont en opposition avec la doctrine que le chef de l'_État

règne_ et _ne gouverne pas_, et qu'elles lui attribuent un pouvoir

exorbitant sur ses sujets, celui d'un père sur ses enfants, pouvoir

dont les princes, en Chine, sont aussi portés à abuser que partout

ailleurs; mais, d'un autre côté, ce caractère d'assimilation au

père de famille leur impose des devoirs qu'ils trouvent quelquefois

assez gênants pour se décider à les enfreindre; alors, d'après la

même politique, les membres de la grande famille ont le droit, sinon

toujours la force, de déposer les mauvais rois qui ne gouvernent pas en

vrais pères de famille. On en a vu des exemples.

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 49 / 266 题