Sur le devoir de bien gouverner un État, en mettant le bon ordre dans
sa famille.
1. Les expressions du texte, _pour bien gouverner un royaume, il est
nécessaire de s'attacher auparavant à mettre le bon ordre dans sa
famille_, peuvent s'expliquer ainsi: Il est impossible qu'un homme qui
ne peut pas instruire sa propre famille puisse instruire les hommes.
C'est pourquoi le fils de prince[15], sans sortir de sa famille, se
perfectionne dans l'art d'instruire et de gouverner un royaume. La
piété filiale est le principe qui le dirige dans ses rapports avec le
souverain; la déférence est le principe qui le dirige dans ses rapports
avec ceux qui sont plus âgés que lui; la bienveillance la plus tendre
est le principe qui le dirige dans ses rapports avec la multitude[16].
2. Le _Khang-kao_ dit: Il est comme une mère qui embrasse tendrement
son nouveau-né[17]. Elle s'efforce de toute son âme à prévenir ses
désirs naissants; si elle ne les devine pas entièrement, elle ne se
méprend pas beaucoup sur l'objet de ses vœux. Il n'est pas dans la
nature qu'une mère apprenne à nourrir un enfant pour se marier ensuite.
3. Une seule famille ayant de l'humanité et de la charité suffira pour
faire naître dans la nation ces mêmes vertus de charité et d'humanité;
une seule famille ayant de la politesse et de la condescendance suffira
pour rendre une nation condescendante et polie; un seul homme, le
prince[18], étant avare et cupide, suffira pour causer du désordre dans
une nation. Tel est le principe ou le mobile de ces vertus et de ces
vices. C'est ce que dit le proverbe: _Un mot perd l'affaire; un homme
détermine le sort d'un empire_.
4. _Yao_ et _Chun_ gouvernèrent l'empire avec humanité, et le peuple
les imita. _Kie_ et _Tcheou_[19] gouvernèrent l'empire avec cruauté, et
le peuple les imita. Ce que ces derniers ordonnaient était contraire à
ce qu'ils aimaient, et le peuple ne s'y soumit pas. C'est pour cette
raison que le prince doit lui-même pratiquer toutes les vertus, et
ensuite engager les autres hommes à les pratiquer. S'il ne les possède
pas et ne les pratique pas lui-même, il ne doit pas les exiger des
autres hommes. Que n'ayant rien de bon, rien de vertueux dans le cœur,
on puisse être capable de commander aux hommes ce qui est bon et
vertueux, cela est impossible et contraire à la nature des choses.
5. C'est pourquoi _le bon gouvernement d'un royaume consiste dans
l'obligation préalable de mettre le bon ordre dans sa famille_.