DES
DIFFÉRENTES
FAÇONS
D’ÊTRE BELLE
_Des différentes façons d’être belle._
I
Scrupuleux, comme toujours, des textes que je commente, en ces rapides
études, je transcris dans ces termes mêmes la question qui m’est
posée et à laquelle je tenterai de répondre aujourd’hui. Ce que je
désespère d’en reproduire, c’est le griffonnage subjectif. J’ai reçu
récemment, de son auteur lui-même, un traité de graphologie, et, avec
une sincérité parfaite, j’essaye d’en appliquer les principes aux
écritures des femmes qui me font l’honneur de m’écrire. Je n’en ai pas
rencontré encore une seule qui ne fût inquiétante et qui m’inspirât
l’idée d’une vie tranquille avec celle qui l’avait tracée. Comme les
peuples heureux, les femmes enviables n’ont pas d’histoire. Quel état
d’âme bizarre peut pousser mes correspondantes à me consulter sur des
points où l’avis d’un homme ne leur peut être qu’une curiosité, la
façon de penser et de sentir, ayant, avant tout, un sexe, et le cœur
ne parlant pas la même langue chez l’homme et chez la femme? Cette
fois-ci, cependant, c’est une opinion masculine avant tout qu’on me
demande et je l’entends donner avec une parfaite sincérité.
[Illustration]
«Vaut-il mieux pour l’honneur--mari ou amant, n’importe!--(comme vous
avez raison, Madame!) et au point de vue de son bonheur sensuel
(merci de tant de sollicitude!) d’avoir une femme correctement belle
comme tête, mais cachant sous les artifices de sa toilette--si grands,
hélas! aujourd’hui!--plus d’un défaut de structure plastique, ou une
femme malplaisante de figure, mais bien faite et largement pourvue des
détails que vous vous complaisez à décrire?»
J’entends fort bien, Madame, les détails dont vous parlez et qui sont
de ceux qu’on assied dans un fauteuil. Que voulez-vous! J’ai la
folie des grosseurs, à ce point de vue, comme d’autres ont celle des
grandeurs. Vous me permettrez de la trouver moins dangereuse. Mais
que vous m’embarrassez, dans ma ferme intention d’être véridique avec
moi-même, en ajoutant: «Je suis forcément intéressée dans la question,
un de ces deux cas étant le mien.»
[Illustration]
Dans lequel des deux vous trouvez-vous, Madame?--Voulez-vous parier,
avec moi, que c’est dans le second, celui des femmes mieux dotées du
corps que du visage? Sans cela pourquoi médiriez-vous de la toilette?
C’est une singularité réservée aux personnes qui auraient avantage à
se montrer toutes nues. Mes compliments! Si je me trompais cependant?
Une femme est rarement assez modeste pour qualifier, elle-même, sa
figure de déplaisante. Avez-vous de beaux yeux et de belles dents?
Alors vous exagérez. On n’est jamais absolument laide avec du ciel
dans le regard et de la fraîcheur dans le baiser. D’ailleurs vous avez
plu à quelqu’un--mari ou amant n’importe!--puisque vous vous demandez
ce que vaut son lot. Il est vrai que nous vivons en un temps où les
hommes sont moins difficiles, en matière de beauté, que ceux des grands
siècles où les courtisanes belles étaient traitées en déesses. Allons!
je ne sais toujours pas si c’est le nez que vous avez trop grand ou le
séant trop petit. Pardonnez ma franchise à mon ignorance, si elle a
quelque chose de blessant pour vous.