Jupillon se plaignait sans cesse de l'ennui de travailler pour les
autres, de ne pas être «à ses pièces,» de ne pouvoir trouver dans la
bourse de sa mère quinze ou dix-huit cents francs. Il ne demandait pas
une plus grosse somme pour louer deux chambres, au rez-de-chaussée et
monter un petit fonds de ganterie. Et déjà il faisait ses plans et ses
rêves: il s'établirait dans le quartier, quartier excellent pour son
commerce, plein d'acheteuses et de gâcheuses de chevreaux à cinq francs.
Aux gants, il joindrait bientôt la parfumerie, les cravates; puis avec
de gros bénéfices, son fonds revendu, il irait prendre un magasin rue
Richelieu.
Chaque fois qu'il parlait de cela, Germinie lui demandait mille
explications. Elle voulait savoir tout ce qu'il faut pour s'établir.
Elle se faisait nommer les outils, les accessoires, indiquer leurs prix,
leurs débitants. Elle l'interrogeait sur son état, son travail, si
curieusement, si longuement, qu'à la fin Jupillon impatienté finissait
par lui dire:--Qu'est-ce que ça te fait tout ça? L'ouvrage m'embête déj
assez; ne m'en parle pas!
Un dimanche, elle montait avec lui vers Montmartre. Au lieu de prendre
par la rue Frochot, elle prit par la rue Pigalle.
--Mais ce n'est pas par là, lui dit Jupillon.--Je sais bien, dit-elle,
viens toujours.
Elle lui avait pris le bras et marchait en se détournant un peu de lui
pour qu'il ne vît pas ce qui passait sur son visage. Au milieu de la rue
Fontaine-Saint-Georges, elle l'arrêta brusquement devant deux fenêtres
de rez-de-chaussée, et lui dit:
--Tiens! Elle tremblait de joie.
Jupillon regarda: il vit entre les deux fenêtres sur une plaque
lettres de cuivre qui brillaient:
_Magasin de Ganterie_.