Les îles Comores viennent d'être le théâtre d'événements importants au
point de vue de notre empire colonial de la mer des Indes.
L'archipel des Comores se compose, outre l'île Mayotte, colonie
française depuis 1813, des îles d'Anjouan, Moheli et Grande-Comore, qui
ont réclamé notre protection en 1886.
Anjouan, la plus belle et la plus petite du groupe, peuplée de plus de
50,000 habitants et gouvernée par le sultan Abdallah, était en réalité
soumise à l'arbitraire de quelques Anglais et Américains, propriétaires
d'importantes sucreries et plantations. C'est pour se soustraire à leur
tyrannie que le sultan Abdallah demanda le protectorat de la France, qui
fut accordé aussitôt. Cet exemple a été suivi par les autres îles du
groupe, et un résident fut placé à Anjouan, sous l'autorité du
gouverneur de Mayotte.
Le sultan Abdallah avait alors près de quatre-vingts ans; il était
aveugle et son entourage, obéissant à des influences hostiles à la
France, suscita, vers la fin de l'année dernière, des difficultés d'une
nature assez grave pour obliger notre résident, M. le Dr Ormières, à se
retirer; il y avait même eu des insultes à notre pavillon.
A ce moment, Abdallah mourut. Son fils, le prince Salim, et son frère,
le prince Saïd-Omar, se disputèrent sa succession et chacun des
compétiteurs envoya des émissaires auprès du gouverneur français de
Mayotte afin d'essayer d'obtenir l'appui de la France. M. Hibon, notre
gouverneur par intérim, laissa les ambassadeurs sans réponse jusqu'au
retour du gouverneur titulaire, M. Papinaud, qui revenait le 5 mars,
muni d'instructions ministérielles.
Conformément à ces instruction, M. Papinaud s'embarquait sur le
Boursaint à destination d'Anjouan, accompagné du résident français, M.
Ormières, et portant un ultimatum qui non seulement ne fut pas écouté,
mais dont la teneur provoqua une vive effervescence parmi les indigènes.
A peine le Boursaint s'était-il retiré qu'il y eut une révolte suivie de
massacres parmi les partisans des divers compétiteurs au pouvoir et l'on
proclama sultan le prince Boura-Ali, parent éloigné du sultan Abdallah.
Il fallait agir: le 24 avril, le Boursaint arrivait devant Anjouan,
accompagné du D'Estaing, portant trois compagnies d'infanterie de marine
venues de la Réunion et de Diego-Suarez. Les troupes débarquaient
aussitôt et s'emparaient sans coup férir de la citadelle qui domine
Moussamoudou, la capitale de l'île. Nous donnons ici les vues de cette
forteresse ainsi que de la ville.
M. Papinaud procéda alors à l'installation de Saïd-Omar comme sultan
d'Anjouan, devant la population de l'île; puis une colonne volante
parcourut l'île, brûlant et bombardant les centres insurrectionnels,
notamment Bambao et Poumoni.
Les dernières nouvelles, à la date du 30 avril, annoncent que notre
autorité est à peu près rétablie partout. Il a suffi de montrer un peu
d'énergie pour ramener ces populations à l'ordre.