NOTES ET IMPRESSIONS

L'on est plus souvent dupe par la défiance que par la confiance.

Retz.

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Quand on a fait des fautes par la tête, tout est pardonnable; quand on a

péché par le coeur, il n'y a pas de remède et par suite pas d'excuse.

Talleyrand.

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Il n'y a pas un abîme entre celles qui nous trompent pour un autre et

celles qui en trompent un autre pour nous.

Émile Augier.

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Les bonheurs longtemps différés et qu'on a crus perdus sont les plus

doux, les plus durables, les plus profonds.

_(Violette Mérian)._

Aug. Filon.

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L'échelle sociale n'est, après tout, qu'un escalier parisien renversé:

elle commence au septième étage pour finir au premier.

_(Ibid.)_

Aug. Filon.

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Deux ou trois rayons de soleil consolent d'une semaine de pluie: c'est

toute l'histoire de la vie avec ses joies qui font si vite oublier ses

peines.

L'abbé H. Perreyve.

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Un homme d'esprit peut consentir à passer pour une bête,--pour un sot,

jamais.

Guy Delaforèt.

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Un cours d'éloquence ou de poésie n'est possible et n'a de substance et

de prix que s'il est l'oeuvre commune de l'auditoire et du maître.

J.-J. Weiss.

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La justesse toute seule est aussi du génie.

J.-J. Weiss.

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Il faut beaucoup de force d'âme ou beaucoup d'indifférence pour jouir

sans trouble de biens qu'on est assuré de perdre le lendemain.

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Tout ce qui rampe, on sent le besoin de l'écraser.

G.-M. Valtour.

La semaine parlementaire. _Les tarifs douaniers._--La Chambre a abordé

la discussion des divers articles de la loi spécifiant les tarifs qui

seront appliqués aux marchandises à leur entrée en France. Il y là la

matière d'un volume et, par conséquent, il n'y a pas lieu de donner même

une analyse de cette discussion. Il suffit de constater une fois de plus

que les doctrines protectionnistes de la commission et de son président,

M. Méline, triomphent sur tous les articles, malgré l'intervention du

gouvernement qui, en dépit du droit constitutionnel assurant sa liberté

dans les négociations avec l'étranger, se rend compte des immenses

difficultés que va lui créer une pareille loi. Il est évident, en effet,

que le parlement reconnaîtra les prérogatives du pouvoir exécutif,

c'est-à-dire la faculté qui lui est assurée par la Constitution de

conclure des traités au mieux des intérêts du pays, sous sa

responsabilité, et sauf ratification par les Chambres. Mais il sera tout

au moins fort gêné par cette certitude, que toutes les concessions

consenties par lui en faveur des nations disposées à nous donner en

retour certains avantages seront par avance désapprouvées par les

représentants du pays. Il y a là une source de conflits incessants dont

on ne peut prévoir l'issue.

L'inquiétude est d'autant plus légitime sur ce point que, sans avoir

aucun parti pris sur cette question difficile, dans laquelle les deux

adversaires produisent tour à tour des arguments qui semblent décisifs,

on peut cependant se demander si l'absolutisme protectionniste de la

Chambre ne constitue pas un danger. On est d'autant plus fondé à le

croire, qu'à un certain moment, la Chambre elle-même a paru ébranlée et

a été forcée de se déjuger. L'incident, très significatif, mérite d'être

mentionné.

Il s'agissait des peaux brutes, fraîches ou sèches, grandes ou petites.

La commission des douanes et le gouvernement en demandaient l'entrée en

franchise. C'est qu'ici il n'y avait pas de doute, car la discussion a

établi de la façon la plus claire qu'en mettant obstacle à l'importation

des peaux, on ruinait quantité d'industries françaises qui les

réexportent sous forme d'objets ouvrés. Or, l'ensemble de ces opérations

commerciales représente un mouvement d'affaires de 550 millions de

francs par an. M. Lavertujon, dans un discours absolument technique qui

a vivement frappé l'assemblée, a cité un exemple qui montre comment,

dans certains cas, la protection à outrance peut aller contre son but.

Soupçonne-t-on de quel bénéfice se contentent nos fabricants de gants?

Ce bénéfice oscille entre 20 et 25 centimes par douzaine de gants valant

de 30 à 33 fr. Grâce à cette modération, qui permet d'affronter la

concurrence étrangère, grâce aussi à de merveilleux perfectionnements

d'outillage, cette fabrication joint l'élégance au bon marché, si bien

que, aux États-Unis--le pays où M. Mac Kinley cherche à fermer la porte

à nos produits--l'importation des gants français a augmenté dans une

proportion de 62 pour cent. Or, un député protectionniste, M. Milochau,

proposait de taxer les peaux sèches qui sont employées dans la ganterie.

M. Lavertujon a établi que les droits demandés équivalaient à un franc

par chaque douzaine de gants. Le bénéfice actuel étant, comme nous

l'avons dit, de 25 centimes pour la même quantité, c'était obliger les

fabricants à augmenter leurs prix d'une somme égale et par conséquent

les mettre hors d'état de lutter avec la concurrence étrangère.

La démonstration a été cette fois saisissante; aussi l'entrée des peaux

en franchise a-t-elle été votée à une majorité considérable: 440 voix

contre 60. Mais, en présence d'un exemple aussi décisif, ne peut-on se

demander s'il n'est pas bien d'autres cas, moins évidents au premier

abord, dans lesquels la protection accordée à un produit pourrait avoir

pour effet d'apporter des entraves au développement de nos industries

nationales? Une remarque qui a sa valeur est que la presse, dans son

ensemble, est libre-échangiste. Cela est si vrai que le journal la

France, qui se fait gloire de rappeler de temps à autre les principes

émis par son ancien directeur, a pu constater, d'une part, que

l'unanimité de la presse protestait contre les tendances

protectionnistes de la Chambre, et de l'autre que la Chambre ne tenait

aucun compte de ces protestations, et la France en conclut à

«l'impuissance de la presse», la théorie favorite de M. de Girardin.

Étant donné qu'un journal ne réussit qu'à la condition de représenter

l'opinion moyenne de ses lecteurs et que ceux-ci nomment les députés, on

en arrive à se demander comment se forme l'opinion publique et aussi ce

qu'elle vaut, puisque ceux à qui elle donne sa confiance arrivent à des

conclusions diamétralement opposées.

_La question des courses au Sénat._--On croyait que la loi relative aux

courses serait ratifiée par la Chambre haute de façon à rendre possible

le fonctionnement du pari mutuel à la grande réunion de dimanche dernier

à Auteuil. Il n'en a pas été ainsi et le Sénat--auquel on demande trop

souvent, il faut le reconnaître, des votes hâtifs--a tenu à examiner de

près le projet qui lui était apporté. Tout s'est bien passé tant que le

débat a porté sur les mesures prises pour empêcher l'exploitation du

pari par des spéculateurs. Mais on a cessé de s'entendre quand on en est

arrivé à l'article 5 qui établit une exception en faveur des sociétés de

courses légalement constituées et auxquelles est accordée la faculté

d'établir sur leurs hippodromes, sous leur responsabilité et à certaines

conditions déterminées, le jeu connu sous le nom de pari mutuel.

Malgré les efforts de M. Develle et après une discussion assez vive à

laquelle ont pris part M. Bérenger, le général Deffis, M. Tirard et M.

Léon Renault, le Sénat, estimant que cet article n'était pas

suffisamment clair et impliquait une contradiction avec les articles

précédents, l'a renvoyé à la commission pour être examiné à nouveau.

Cependant, en fin de compte, l'esprit de conciliation l'a emporté, et,

dans la séance de lundi, la loi sur les courses a été votée par le Sénat

telle qu'elle lui était venue de la Chambre. Deux petites modifications

ont été introduites dans l'article 5, qui autorise le pari-mutuel.

Encore ces modifications sont-elles toutes de forme; elles répondent à

peine aux critiques formulées dans la séance de vendredi. On s'est

contenté de mettre à la fin d'un article ce qui était au commencement,

et la loi reste avec ses défauts, ses imperfections, ses contradictions,

on le verra bien dans la pratique.

Voici l'article 5, tel qu'il a été rédigé par la commission:

Toutefois, les sociétés remplissant les conditions prescrites par

l'article 2 pourront, en vertu d'une autorisation spéciale, et toujours

révocable, du ministre de l'agriculture, et moyennant un prélèvement

fixe en faveur de l'Assistance publique et de l'élevage, organiser le

pari mutuel sur leurs champs de course exclusivement, sans qu'il soit

dérogé aux autres prescriptions de l'article précédent.

Un décret, rendu sur la proposition du ministre de l'agriculture,

déterminera la quotité des prélèvements ci-dessus visés, les formes et

les conditions de fonctionnement du pari mutuel.

Quoi qu'il en soit, dimanche prochain, le pari mutuel pourra faire une

rentrée triomphante sur l'hippodrome de Longchamps.

Au début de cette même séance, le Sénat avait adopté, malgré une vive

opposition de M. Halgan, qui a prononcé à ce sujet un discours très

étudié auquel M. le ministre de l'instruction publique n'a peut-être pas

complètement répondu, un projet autorisant la ville de Versailles à

emprunter un million de francs pour construire un nouveau lycée de

jeunes filles.

Élections du 31 mai.--Une élection sénatoriale a eu lieu dimanche

dernier dans le Lot. Il s'agissait de remplacer le général Campenon,

sénateur inamovible républicain, décédé, dont le siège a été attribué

par le sort à ce département.

Après deux tours de scrutin, M. Pauliac a été élu par 372 voix, contre

305 à M. Relhié. Les deux candidats étaient républicains.

--Une élection législative a eu lieu le même jour dans la Côte-d'Or,

première circonscription de Beaune, en remplacement de M. Prost, décédé.

M. Ricard, candidat radical, a été élu par 5,248 voix contre 5,070 à M.

Bouhey-Allex, socialiste.

Les questions sociales et Léon XIII.--Partout aujourd'hui les questions

sociales tendent de plus en plus à prendre le pas sur les questions

purement politiques. Tous les gouvernements s'en préoccupent et des

régions officielles l'étude des réformes qui intéressent l'ouvrier est

passée dans les salons mêmes où le socialisme est devenu depuis quelque

temps une mode et une mode bien portée. Que sera-ce maintenant, alors

que le chef de l'Église en personne rappelle aux riches «qu'ils ont pour

devoir de veiller aux intérêts des déshérités de ce monde»?

L'encyclique de Léon XIII sur la question sociale était impatiemment

attendue depuis longtemps, et elle a eu le retentissement qu'elle devait

avoir. En effet, comme l'a fait remarquer un écrivain qui n'est pas

suspect de complaisance pour le parti catholique, M. Pierre Laffitte,

directeur de la _Revue positiviste_, la parole du pape, en cette

circonstance, a une haute portée. En faisant abstraction de tout parti

pris, quelle que soit la religion à laquelle on appartient, on ne peut

méconnaître, comme le dit M. Laffitte, «qu'il n'existe dans le monde

aucune autorité morale qui se puisse comparer, même de loin, à

l'autorité du pape»; et M. Laffitte ajoute: «Un écrivain, un philosophe,

un homme d'État s'adresse à quelques centaines, à quelques milliers

d'auditeurs ou de lecteurs. Le jeune empereur d'Allemagne lui-même,

quand il traite les questions sociales entre un discours militaire et un

discours pédagogique, n'est écouté que de son peuple. Livres ou

discours, qu'est-ce donc auprès de cette parole qui, commentée par le

clergé catholique, de l'évêque au curé de village, va retentir jusqu'aux

dernières limites du monde civilisé?... La lettre de Léon XIII n'est

donc pas une manifestation platonique... Elle produit ceci que des

millions d'hommes ayant vécu jusqu'ici dans l'ignorance ou l'insouciance

des questions sociales sauront dorénavant que ces questions s'imposent à

nous et que l'heure est venue de faire un choix: canaliser le torrent ou

qu'il nous emporte.»

On ne peut mieux dire et, en effet, l'importance de l'Encyclique tient

beaucoup moins aux doctrines qu'elle renferme qu'au fait même de son

apparition, et à ce point de vue tous les gouvernements comprennent

qu'ils doivent en tenir compte. Le Vatican est peut-être le seul coin du

monde où l'on conserve les traditions de la grande politique. On y

connaît le secret de la véritable puissance et si le chef suprême de

l'Église proclame que l'heure est venue de donner la première place aux

réformes sociales, il donne à tous ceux qui ont une part dans la

direction des choses humaines, chefs d'État ou détenteurs de la richesse

publique, un avertissement qu'ils doivent méditer.

La délimitation des frontières de la Guyane: Arbitrage du Tsar.--On se

rappelle qu'un conflit s'était élevé entre le gouvernement des Pays-Bas

au sujet de la délimitation des frontières qui séparent les territoires

que ces deux pays possèdent dans la Guyane.

D'un commun accord, les deux gouvernements ont soumis le point litigieux

à l'arbitrage de l'empereur de Russie qui vient de rendre la décision

suivante:

«L'Aoua devra être considéré comme fleuve limite et servir de frontière

entre la Guyane française et la Guyane hollandaise. Le territoire en

amont du confluent des rivières Tapanahoni et Aoua doit, désormais,

appartenir à la Hollande; seront respectés, d'ailleurs, tous les droits

acquis de bonne foi par les ressortissants français dans les limites du

territoire qui a fait l'objet de la présente décision.»

Cette sentence aura pour effet d'enlever à la France un territoire assez

considérable puisqu'il constitue le _Hinterland_ d'environ un quart du

littoral de la Guyane française.

L'Exposition de Moscou.--On s'était demandé si l'empereur de Russie

irait visiter l'Exposition française organisée à Moscou, et, supposant

que le tsar s'abstiendrait, un certain nombre de feuilles étrangères

avait cherché à donner par avance à sa réserve une interprétation

politique, naturellement défavorable à la France. Le fait a démenti ces

hypothèses peu bienveillantes. Toutefois nous nous garderons, tombant

dans le travers contraire, de donner à sa visite un caractère accentué

quelle ne saurait avoir. En venant à notre exposition, le tsar a

accompli un acte de courtoisie tout naturel en pareille circonstance. Ce

que l'on peut constater, c'est que l'accueil qui lui a été fait a été

très enthousiaste.

Le grand-duc Serge, gouverneur général, accompagné de la grande

duchesse, est arrivé d'abord, pour annoncer l'empereur et l'impératrice.

Cinq minutes après, le tsar faisait son entrée, salué de hourras

frénétiques.

L'empereur et l'impératrice ont été reçus par M. le comte de Vauvineux,

M. de Kergaradec, consul général à Moscou, M. Dietz-Monin. Il était

accompagné de sa maison militaire et du commandant général des troupes

de la circonscription de Moscou.

Un orchestre militaire a joué l'hymne national russe.

Leurs Majestés ont parcouru l'Exposition. Elles ont acheté plusieurs

objets; d'autres leur ont été offerts en présents. Ensuite visite au

panorama du couronnement. Les souverains se sont rendus ensuite dans le

pavillon impérial, où un lunch leur a été servi. Après un repos d'une

demi-heure, pendant lequel ils se sont entretenus avec de nombreux

exposants, l'empereur et l'impératrice ont traversé le pavillon

militaire et ont quitté l'Exposition pour se rendre au Kremlin.

Nécrologie.--M. Gustave Trubert, conseiller maître honoraire à la Cour

des Comptes.

L'Illustration, No. 2519, 6 Juin 1891 · 第 8 / 33 题