L. P.

_Du Havre à Marseille par l'Amérique et le Japon_, par M. Léon de

Tinseau. 1 vol. in-18, 3 fr. 50 (Calmann-Lévy).--On pense bien qu'il

n'est pas sans agrément de suivre un guide comme M. Léon de Tinseau, et

je crois qu'il est bien inutile de le recommander aux lecteurs de

l'_Illustration_. Ils s'embarqueront sans hésiter à sa suite sur le

paquebot la _Normandie_, qui les conduira directement à New-York. De là

ils visiteront, en compagnie de l'aimable touriste, Boston, Montréal,

Québec, le Niagara, Chicago, Vancouver... Hang-haï, Hong-Kong, Saïgon...

Aden, Suez, Alexandrie... Marseille enfin! quittant tour à tour le

paquebot pour le sleeping-car, et le rail pour la mer. En tout 42,473

kilomètres. Cela en vaut la peine, d'autant plus que si on veut voir le

monde, il faut se presser. C'est l'auteur qui le dit et après expérience

faite: «Hâtez-vous, le rail détruit plus sûrement une époque et un

aspect que ne le faisait jadis une invasion de barbares.» Les chemins de

fer ne seraient-ils qu'une des formes de la barbarie? Je me le suis,

pour ma part, souvent demandé, et voilà qui semblerait me donner raison.

_Inconvenances sociales_, par Zed, 1 vol. in-12, 3 fr. 50. (Ernest Kolb,

éditeur, 8, rue Saint-Joseph).--Très amusant, ce journal d'un vieux

garçon prenant l'une après l'autre toutes nos conventions sociales et

s'efforçant de nous démontrer l'inconvenance... des convenances qu'il

est le moins permis d'oublier. Tout y passe: le mariage, la politesse,

la bienséance, la morale, la pudeur, la modestie, le point d'honneur, le

chic, la toilette, le théâtre, voire les opinions politiques; et, au

fond de tout, le terrible philosophe mondain nous montre l'hypocrisie

grimaçante et... triomphante. Et le plus curieux de l'affaire, c'est que

cette diatribe de pince-sans-rire n'est pas toujours si paradoxale

quelle en a l'air et que le vieux garçon qu'est Zed nous fait entendre,

sous couleur de plaisanterie, pas mal de vérités. Inutile d'ajouter que

cela ne changera rien aux choses, de quoi Zed ne prendra d'ailleurs

point de mélancolie, n'ayant pas pris pour mission de réformer

l'univers.

_Les desserts gaulois_, par Octave Pradels (librairie Marpon et

Flammarion.) C'est un recueil de contes et de monologues joyeux, et rien

n'est plus amusant que ces récits, dont quelques-uns font déjà la joie

des banquets artistiques et littéraires de Paris. Les illustrations de

Fraipont soulignent spirituellement les joyeusetés de ce livre de

dessert par excellence.

L'Illustration, No. 2506, 7 Mars 1891 · 第 19 / 30 题