LE GÉNÉRAL MADELON.

Après la représentation, la troupe était invitée chez le général

Madelon. Madame de Bormes et sa fille ne pouvaient s'y soustraire,

d'autant plus que Pesquel-Duport devait tenir là son rôle officiel.

Guillaume et ses camarades convinrent qu'en sortant, le trio viendrait

les rejoindre, qu'ils le mèneraient à Saint-Georges, en cachette; le

général interdisait qu'on montrât les lignes aux civils.

Ce général, qui avait mal compris le titre de Pesquel-Duport, et ne le

croyait pas directeur de journal, mais de théâtre, le félicita sur sa

troupe.

—-Vous avez là, lui dit-il, une troupe excellente.

—-Mon général, rectifia doucement Pesquel-Duport, je suis un invité.

—-Moi aussi, que diable! moi aussi. Et je ne m'en plains fichtre pas.

N'est-ce pas, mesdames? s'écriait le general.

Sa phrase n'avait aucun sens. Il appelait ce genre de phrases: l'esprit

d'à propos.

La princesse et Henriette ne souhaitaient que partir. Pesquel-Duport

fronçait les sourcils. Enfin, à la limite permise, ils prirent congé.

—-Bravo! encore bravo, mesdames! dit le général, qui reconnaissait en

elles les interprètes de Pailleron.

Le reste de la nuit fut sublime.

Bien que leurs souliers s'accrochassent entre les lattes des

caillebotis, les deux femmes marchèrent quatre heures.

Guillaume, dans une cave de Nieuport, les avait recouvertes de capotes

et de casques.

Au retour, elles chancelaient de fatigue.

Un moment, la princesse stoppa.

—-Je ne sais ce que j'ai, dit-elle, je suis prise d'angoisse.

—-Vous n'avez pas peur? Penchez-vous, ne craignez rien, dit Roy. Nos

ennemis dorment.

—-C'est stupide. Je suis une femmelette. Continuons.

Thomas l'imposteur Histoire · 第 40 / 71 题