--Décidément, m'écriai-je, vous êtes un homme admirable, monsieur
Bread, et vous méritez que vos louanges soient chantées dans les cinq
parties du monde; en attendant elles vont l'être par moi, je vous le
promets, dans la capitale des cinq parties du monde.
--Je vous prie de n'en rien faire, me dit M. Bread; j'aurais peur que
ma clientèle ne s'augmentât outre mesure; car il y a peu de personnes
qui, comme vous, préféreraient rester ce que la nature les a faites,
quand il ne tiendrait qu'à elles d'être plus belles.
--Et quels sont vos prix, lui dis-je, combien prenez-vous pour
transformer votre homme ou votre femme?
--C'est selon le sexe, le sujet, et la fortune du sujet. Pour un homme
je prends le double de ce que je prends pour une femme, car le travail
est moins attrayant; et si le sujet est très difforme, naturellement
ma peine étant plus grande, mon salaire doit être aussi plus grand;
enfin, je tâche d'appliquer ce précepte de l'Evangile que le souffle
du vent se proportionne à la toison des brebis, et mes prix varient
toujours à ce point de vue entre vingt mille francs et cent francs. Je
ne prends pas moins de cent francs ou je ne prends rien, ce qui
m'arrive assez souvent. J'ai déjà gagné à mon métier de correcteur de
la Nature une véritable richesse en Amérique et en Angleterre. Mais,
comme je n'ai pas d'enfants, comme j'ai horreur du luxe, comme je
suis, Dieu merci, doué d'assez de bon sens pour ne trouver aucun
plaisir à thésauriser, je n'ai pas gardé cette richesse-là, et je ne
me repens point de la manière dont je l'ai employée.
Avec l'argent que les uns me donnaient pour devenir beaux, j'ai rendu
les autres heureux.
Là-dessus, je pris respectueusement congé de M. Bread en fixant avec
lui le jour de jeudi prochain pour la reconstruction du crâne de Rosa.
--A jeudi, donc.
--A jeudi, monsieur Bread.
* * * * *
Et puis, je me réveillai.