M. Laïs nous repoussa et dit en se parlant à lui-même:

«Philippe va croire que je l'oublie!

--Non, mon bien-aimé père, non, répliqua Philippe, ce n'est pas

m'oublier que de songer à eux.

--Viens ici. Te voilà le dernier Laïs, le chef et le père. Sois pour

eux ce que tu as été pour moi, généreux et fidèle ami. Tu es la

sécurité de ma dernière heure, et je ne crains rien, puisque tu restes

après moi.»

Il voulut parler encore, mais sa gorge eut un râle, et Philippe,

devinant son désir, déposa doucement sa tête sur l'oreiller.

En ce moment, l'agonie commença, si l'on peut appeler agonie la courte

lutte qui eut lieu entre le corps épuisé et l'âme impatiente de

jaillir hors de sa prison.

Nous étions agenouillés tous trois et nos regards avides retenaient le

souffle sur ses lèvres.

«Je vous vois, prononça-t-il si bas que nous pûmes à peine l'entendre.

Le voile est tombé. Je vous vois encore une fois, mes enfants

chéris.... Adieu!»

Sa bouche resta ouverte, dans ce suprême sourire qui remerciait la

bonté de Dieu. Il ne respira plus. Philippe lui ferma les yeux.

Il se fit un grand bruit dans l'antichambre, et je reconnus la voix de

Joson Michais qui criait:

«Monsieur le chevalier! monsieur le chevalier!»

Je croyais courir, mais je me traînais chancelant. Il y avait une main

de fer qui étreignait ma poitrine.

Je trouvai Joson Michais accroupi par terre au milieu de

l'antichambre. Il leva sur moi des yeux stupides et me dit:

«Faut pas mentir! Notre monsieur Gérard a tiré sans viser. Ils

n'avaient rien pu se faire avec leurs épées. La balle de l'autre

colonel l'a frappé là, sous l'aisselle. Il a fait: Ah!--il est tombé

roide, la figure dans l'herbe, il était mort.

Annette Laïs · 第 76 / 115 题