BOMBELLES[316].

[315] Henri-François, né le 26 juin 1789.

[316] Inédite, d'après l'original. Collection d'autographes de

Mme Louis de Cernay.

Ce ton enjoué n'empêchait pas M. de Bombelles de se voir en proie aux

plus grands ennuis. Sa cure ne lui suffisait pas pour vivre, car la plus

grande partie de ses maigres appointements passait aux pauvres dont il

s'était fait le soutien. Il dut avoir recours à celui des princes avec

lequel il entretenait les relations les plus suivies.

De Londres, le 4 juillet 1807, le duc de Berry lui répondit:

«MON CHER BOMBELLES,

«Je ne puis vous rendre tout ce que j'ai éprouvé en lisant le récit de

vos malheurs, ni vous exprimer le désespoir que me cause le retard de

votre lettre, qui a été quatre mois en route; elle m'est arrivée par

Mittau. Je m'empresse de mander à l'évêque de tâcher de vous faire

passer le plus tôt possible cinquante louis; c'est bien peu dans la

position où vous êtes, mais il m'est impossible pour à présent, d'en

faire plus. Combien je crains tout ce que vous aurez souffert pendant ce

temps-là; vous connaissez trop mon amitié pour ne pas juger que mon

cœur est déchiré du récit de vos peines. Adieu, mon cher Bombelles,

répondez-moi le plus tôt possible, et comptez sur ma tendre amitié.

«CHARLES-FERDINAND.»

Ainsi s'écoulèrent les années jusqu'à la chute de l'Empire...

En 1814, le curé d'Oppersdorff était doyen d'Oberglogau. La Restauration

des Bourbons le ramenait dans son ancienne patrie, et l'amitié du duc de

Berry qui ne lui avait jamais fait défaut s'employa à le retenir. Le

débarquement de Napoléon et la fuite de la famille royale devaient

inciter une seconde fois M. de Bombelles à quitter la France. Il

rejoignit son «doyenné» d'Oberglogau, et, en passant par Vienne où il

était allé voir ses fils, il reçut une lettre flatteuse du prince de

Hardenberg, premier ministre du roi de Prusse, qui, «en souvenir des

ambassades où le marquis s'était distingué, lui conférait au nom de son

maître le titre d'Excellence».

A la seconde Restauration sans doute, il eût été facile à l'abbé de

Bombelles excipant des services rendus--le comte d'Artois avait oublié

leurs anciennes querelles--de prendre place politique. Il n'eut pas

cette ambition, mais donna sa démission de doyen et se laissa nommer

aumônier de la duchesse de Berry. Deux ans après il était appelé à

l'évêché d'Amiens où il laissa sa réputation d'un organisateur zélé et

d'un prélat parfait[317].

[317] On chante encore ses louanges dans le diocèse, Alissan de

Chazet ne nous laisse ignorer aucun trait de sa bienfaisance. Mme

Auguste Craven, qui l'a beaucoup connu, avait conservé de Mgr

d'Amiens la plus douce et la plus affectueuse mémoire: «Par son

apparence de bonté et de sainteté, sa figure rappelait celle de

saint Vincent de Paul et de saint Alphonse de Liguori, et

quoiqu'il ne fût pas de haute taille, il avait l'air noble, et

ses manières étaient celles d'un grand seigneur, tout en étant

d'une simplicité et d'un enjouement qui attiraient autour de lui

les enfants partout où il se trouvait. Il aimait à leur parler, à

les exhorter et à les bénir» (_Récit d'une sœur_).

D'autres témoins oculaires ont souligné et sa mansuétude et la

gaieté de son esprit. C'est le maréchal de Castellane se rappelant

qu'un certain soir, chez M. de la Ferronnays, le marquis-évêque

joua des valses et des contredanses sur le piano. «Il a même un

peu dansé. Ce bon évêque n'aura pas été, je l'espère, damné pour

cela», et le _Journal_ ajoute: «il portait sur sa mitre ses deux

étoiles de maréchal de camp.» Un autre souvenir est conté dans les

_Mémoires_ de la Restauration et repris par M. Denormandie, dans

ses curieux _Souvenirs_. Un soir, comme M. de Bombelles,

accompagné de deux de ses fils, allait entrer dans les salons

d'une ambassade, l'huissier lui demanda son nom: «Annoncez

l'évêque d'Amiens et ses fils.» Devant la tête abasourdie de

l'huissier, il reprit: «Annoncez, alors, l'évêque d'Amiens et les

neveux de son frère.»

Comme évêque, il eut la joie de donner la bénédiction nuptiale à sa

fille Caroline, qui, le 5 juillet 1819, épousait le vicomte François

Biaudos de Castéjà[318]. La cérémonie eut lieu, 25, rue de la

Ville-l'Évêque, dans la maison qu'habitait M. de Bombelles, dont la

salle à manger avait été transformée en chapelle. De ce discours simple

et pénétrant d'un père bénissant ses enfants, naissait une sensation

attendrissante à laquelle n'échappèrent point les assistants[319].

[318] La marquise de Travanet, sœur de M. de Bombelles, était

rentrée en France sous l'Empire. Elle mourut à Paris, le 4 mai

1828. Son tombeau est au cimetière du Mont-Valérien, 10e rangée.

[319] Cette maison était en face de l'hôtel de Louvois; Mme de

Louvois, sœur du marquis, donna une soirée de noces où fut joué

un proverbe de Leclerc.

M. de Bombelles, jusqu'à la fin de sa vie, conserva une verdeur et une

activité étonnantes. A soixante-dix-huit ans, il accomplissait ses

devoirs de pasteur avec une vigilance et une ardeur que rien n'arrêtait.

Ses jours étaient pourtant comptés; un jour de fin de janvier 1822,

l'évêque s'alita pour ne plus se relever; administré le 22 février, il

sentit venir la mort et fit ses adieux à ses enfants. Son _Nunc

dimittis_ était empreint à la fois d'une grande humilité chrétienne et

d'une grande élévation de sentiments. «De toutes les grâces que Dieu m'a

faites, dit-il d'une voix ferme, j'ai toujours regardé comme la plus

grande celle d'être l'organe de ses commandements; mais aujourd'hui que

les forces de son serviteur sont épuisées, aujourd'hui que je suis dans

cet état de misère où se trouve réduit le pécheur, je remercie le

Très-Haut du fond du cœur de m'avoir laissé le temps de me

convertir...» Il vécut encore onze jours cependant et rendit le dernier

soupir, le 5 mars.

On ne s'étonnera pas que la fin de ce patricien, homme de bien, se soit

montrée digne de sa vie et ait édifié ses contemporains. Parmi les

serviteurs restés fidèles à la cause royale, il est des hommes plus

marquants, moins scrupuleux et mieux favorisés par le sort. En tenant

compte de l'époque où il eut à vivre et des erreurs communes à tous les

émigrés, on retiendra son nom comme celui d'un dévoué rempli des

meilleures intentions et sur lequel la calomnie n'a nulle prise.

* * * * *

Le marquis de Bombelles laissait quatre enfants: la vicomtesse Biaudos

de Castéjà et trois fils dont deux ont fait souche nombreuse dans leur

nouveau pays. Après avoir conté la vie de leurs parents, il n'est pas

sans intérêt de consacrer quelques lignes à ceux qui ont joué un rôle

public ou privé.

L'aîné, Louis-Philippe, le Bombon de la première partie de cette

histoire, né à Ratisbonne en 1780, est mort à Vienne en 1843. Après

avoir comme nous l'avons vu, pris du service à Naples, il entra au

service de l'Autriche et fit une brillante carrière dans la diplomatie,

fut successivement ministre de l'empereur en Suisse, en Toscane, en

Danemarck. Sa première mission à Copenhague, en 1813, consistait à

détacher le Danemarck de l'alliance avec Napoléon. Il put courir l'année

suivante à Paris pour assister au spectacle de l'entrée des alliés, et

revenir ensuite à Copenhague avec le grade de ministre plénipotentiaire

autrichien. C'était un homme spirituel, mais léger et très bavard, dit

une contemporaine l'ayant bien connu. Cette contemporaine, la baronne du

Montet, née la Boutetière[320], émigrée, vivant alors à Vienne, explique

ces défauts qui suivant elle, ont empêché le développement de la fortune

diplomatique du comte Louis. «S'il n'eût été que léger, cela n'eût

peut-être pas beaucoup nui à sa carrière; mais c'était un peu trop que

d'être Français, léger et beau parleur...» Ceci ne l'empêcha pas

d'ailleurs d'obtenir des postes agréables, et celui de Copenhague lui

valut son mariage avec Ida Brun, fille d'une femme auteur danoise connue

et que son culte pour les arts et l'amitié que lui témoigna Mme de

Staël, ont rendu elle-même presque célèbre.

[320] Dont les agréables _Souvenirs_ viennent d'être publiés par

le comte de la Boutetière, son petit-neveu (Plon).

Le troisième, Henri-François (1789-1850), après avoir été officier,

entra également dans la diplomatie autrichienne, remplit des missions en

Portugal et en Sardaigne. Sa carrière se termina à Vienne où, en 1845 il

avait été appelé au poste de gouverneur de l'archiduc François-Joseph,

empereur actuel et de son malheureux frère Maximilien. Il laissa deux

filles[321] et deux fils, Marc-Henri-Guillaume et Charles-Albert-Marie.

Ce dernier qui fut grand-maître de la Cour de l'archiduc Rodolphe, est

mort il y a quatre ans. C'est au comte Marc et à son fils que nous

devons des renseignements précieux sur la famille de Bombelles[322] et

surtout le portrait de la marquise Angélique qui orne le commencement du

premier volume.

[321] Mariée l'une au comte Clam Martinicz, l'autre au baron de

Puthon.

[322] Par l'aimable entremise de M. le comte Elie de Lastours,

alors secrétaire d'ambassade à Vienne, qui nous a mis en

correspondance avec les survivants de cette noble famille de

Bombelles, aujourd'hui dispersée en différentes parties de

l'Autriche.

Nous avons gardé le deuxième pour la fin[323], sa carrière étant fort

curieuse et méritant quelques instants d'attention. Charles de Bombelles

avait pris d'abord du service dans l'armée autrichienne et rentra en

France en 1814 comme aide de camp du prince de Schwarzemberg[324].

[323] Il n'était que le troisième; il devint le second après la

mort de Bitche, en 1805.

[324] Il correspondait directement avec Metternich. Welschinger,

le _Roi de Rome_, p. 93.

«C'était, dit la baronne du Montet qui a bien connu les trois frères, un

loyal gentilhomme bon comme ses frères.» Rempli d'ambition, il alliait

la rudesse militaire qui peut imposer à toute la douceur d'un homme du

monde qui veut plaire. On lui connaissait deux voix: l'une formidable,

étourdissante, cassante, et l'autre douce et timide; il passait

fréquemment de l'une à l'autre, ce qui formait un contraste bizarre. Ces

deux voix, qui offraient pour ainsi dire l'indice de deux caractères,

lui furent également utiles. «L'homme timide, réservé et délicat, a plu

à plusieurs femmes; l'homme rude a discuté, fait ses conditions,

remporté des victoires de salon: avec la grosse voix, il a prouvé qu'il

était apte à tout; avec la voix douce, il a parlé bas à l'oreille des

jeunes femmes.»

Rien d'amusant comme sa manière de poser des conditions à Mme de

Cavanagh, dont il voulait épouser la fille. Celle-ci était riche, lui

n'avait rien, absolument rien. Il faisait une cour douce et modeste à

Mlle Caroline et, vis-à-vis de la mère, prenait des airs de matamore:

«20.000 livres de rente, ou pas de Bombelles.» Des amis, timidement, lui

faisaient observer que 20.000 livres de rente c'était beaucoup demander

quand on ne possédait rien.--Qu'appelez-vous rien, s'écriait M. de

Bombelles avec sa voix de tonnerre, et _mon nom_?--«Cette négociation

mêlée d'amour (il était épris), d'intérêt (la fortune l'attirait), de

regrets d'ambition (l'alliance avec Mlle de Cavanagh ne flattait pas

suffisamment son amour-propre), «cette négociation, dit la baronne du

Montet qui y assista, fut un traité complet de fanfaronnades, d'esprit

et de cœur.»

A Vienne s'étaient traités les préliminaires, à Marseille eut lieu le

mariage. La jeune comtesse de Bombelles, agréable sans être jolie,

plaisait à son mari, que de son côté elle aimait passionnément. L'union

d'ailleurs fut fort courte, la phtisie minait la jeune femme: elle

mourut à vingt-cinq ans, à Vienne en 1819, laissant à son mari deux

enfants, une fille et un fils.

Charles de Bombelles pleura sa femme... mais ne tarda pas à faire la

cour à une belle et riche Autrichienne Mlle von Bartenstein dont il

était devenu amoureux. Ce fut un vrai roman allemand avec les longs

entretiens, les correspondances exaltées et sentimentales... La jeune

fille ne se décidait pas complètement, donnait sa parole, puis la

reprenait. Bombelles passait de la joie paradisiaque aux plus poignants

désespoirs. Agité et bizarre, passablement ennuyeux sans doute avec ses

débordements d'amour de tête, il n'améliorait guère sa cause. Un jour,

Mlle von Bartenstein put arriver à lui faire comprendre qu'elle

n'éprouvait pas pour lui un sentiment assez fort pour se décider à

l'épouser. Elle lui écrivit les plus belles choses du monde; les deux

amoureux de comédie se mirent d'accord pour se quitter bons amis et ne

pas s'épouser. Il fut permis à Bombelles de mettre un baiser sur le

front de la jeune fille, et chacun s'en fut de son côté. Mlle de

Bartenstein épousa un bon et gros garçon, un Hongrois riche, de famille

ordinaire et nullement sentimental.

Bombelles se consola, s'occupa de l'éducation de ses enfants... et

poursuivit ses rêves d'ambition, tout en aimant à raconter à satiété

l'histoire de son roman.

Il sollicita à la fois en Autriche et en France, et chose curieuse, il

obtint presque en même temps les faveurs qu'il demandait. A Vienne, il

était nommé chambellan du prince héritier et recevait le grade de

colonel, cependant qu'à Paris, son père et sa sœur, s'employaient avec

zèle pour lui faire obtenir la place de gentilhomme de la chambre avec

pension. La nomination française précédait de quelques jours l'obtention

des faveurs autrichiennes: c'eût pu être un obstacle à la régularisation

de ces dernières. Bombelles ne s'effraya pas pour si peu; il s'entremit

utilement, trouva moyen de persuader à l'Empereur et à son protecteur le

comte de Mercy, que son père avait agi sans son aveu, mais qu'il n'osait

pas mécontenter ce père si excellent. Si bien que l'adroit Bombelles put

partir pour Paris avec le brevet du titre de colonel.

Charles de Bombelles, Autrichien et Français à la fois, manifestait

surtout les opinions du vrai fils d'émigré et n'entendait faire aucune

concession aux idées nouvelles.

Un jour, à Vienne, à un dîner chez la baronne du Montet, il fut question

de Fouché et de la singulière idée qu'avait eue Louis XVIII d'accepter

les services d'un régicide. «Quelle concession horrible à la Révolution!

s'écria la maîtresse de maison... Puisque Louis XVIII est si

condescendant, il aurait dû conserver le titre d'empereur et le drapeau

tricolore, cela eût fasciné beaucoup de gens!»--A ces mots le comte

Charles se monta en fureur: «Qu'appelez-vous, dit-il d'une voix

tonnante, la cocarde tricolore? Allez dire une chose pareille au

faubourg Saint-Germain! Le faubourg Saint-Germain vous fermera toutes

ses portes! La cocarde tricolore!» Et il trépignait, frémissait et

s'emportait de plus en plus!--Et la baronne de lui répondre non sans

justesse: «Vous êtes bon, votre faubourg Saint-Germain n'a-t-il jamais

pris la cocarde tricolore? Et les chambellans, les gardes d'honneur,

quelle était leur cocarde, s'il vous plaît?» M. de Bombelles restait au

paroxysme de la fureur, on dut s'interposer tant la discussion était

devenue aigre.

Le soir même, chez la comtesse de Chotek, la baronne du Montet racontait

avec verve sa brouillerie avec le comte Charles. Soudain la porte

s'ouvrit et M. de Bombelles parut. L'heure des rodomontades était

passée, celle de la douceur avait sonné. Humblement, presque comme un

enfant qui promet de ne plus recommencer, il s'approcha de son ennemie

de l'après-midi et demanda à faire la paix. La grâce aussitôt et

gaiement octroyée, le comte voulut témoigner sa reconnaissance et s'en

fut prendre dans un vase de fleurs qui était sur une console une rose

blanche, une fleur bleue et une fleur rouge dont il forma un petit

bouquet et qu'il vint offrir à la baronne d'un petit air à la fois doux

et railleur.

«Je n'en veux point de votre main, lui dit celle-ci en repoussant le

bouquet, mais soyez sûr que si le Roi me l'offrait, je l'accepterais,

car il m'est fort égal de quelle couleur soit un drapeau, pourvu que ce

soit celui de la Légitimité. Or je crois que les rois peuvent adopter

telle couleur qu'il leur convient, surtout quand ces couleurs ont eu de

beaux jours de gloire.»

M. de Bombelles ne devait pas tarder à revoir la lutte entre les deux

drapeaux. Il servait à Nancy comme lieutenant-colonel du 5e régiment

d'infanterie légère--le colonel autrichien était devenu officier

supérieur français--lorsqu'éclata la Révolution de Juillet.

Le soir même du jour où fut connue la nouvelle, il entre chez une amie,

belle-sœur de la même baronne du Montet. Pâle, presque jaune, les

traits décomposés, terrassé par l'annonce de la Révolution, il tenait

son shako dans les deux mains. Il le déposa dans un angle obscur de

l'appartement, prit sa tête dans ses deux mains et se mit à éclater en

soupirs et en sanglots. On croit à une nouvelle catastrophe, au meurtre

du Roi, personne n'a l'idée d'une révolution. Chacun questionne

Bombelles, qui, d'une voix entrecoupée, apprend à ses interlocuteurs

que, le matin même, il avait reçu l'ordre de faire prendre la cocarde

tricolore à son régiment (en l'absence du colonel).

«Et vous l'avez prise! s'écria la baronne du Montet, vous l'avez prise

de la main sanglante de la révolte et de l'émeute?»

M. de Bombelles restait muet et consterné.--«Plût à Dieu, dit la

baronne, que Louis XVIII l'eût donnée cette cocarde; aujourd'hui vous ne

la prendriez pas teinte du sang de vos frères de la garde royale!»

Bombelles devait rester fidèle au drapeau blanc et ne jamais chercher à

se rapprocher du Gouvernement né de la Révolution. Il quitta le service

de la France et revint à Vienne. Il y retrouvait son fils[325] qui

servait dans l'armée autrichienne, et sa fille Marie que, depuis la mort

d'une fille de dix-sept ans, sa belle-sœur, la comtesse Henri, avait

recueillie maternellement[326].

[325] Devint colonel et fut longtemps attaché à la maison de

l'Empereur François-Joseph. C'est le comte Louis, aujourd'hui

octogénaire, et père de la baronne de Schell.

[326] Elle fut l'amie de Nathalie Narischkin; il est souvent

question d'elle dans: _La Sœur Nathalie Narischkin_, fille de la

Charité de Saint-Vincent-de-Paul, par Mme Aug. Craven, née la

Ferronnays.

Il reprit contact avec Metternich--avec lequel, on se le rappelle, il

avait entretenu autrefois des rapports réguliers. Un jour, le prince lui

dit à brûle-pourpoint: «Le poste de grand-maître de la Cour de Parme est

vacant[327] par suite de la mort du comte de Neipperg[328]. Ce poste

exige un homme capable de dominer le caractère faible de l'archiduchesse

Marie-Louise, de maîtriser sa petite Cour et de gouverner avec intégrité

son petit État. La famille impériale a jeté les yeux sur vous, elle

désire votre consentement, ne refusez pas[329].» Bombelles crut devoir

accepter.

[327] Wercklein, qui avait succédé comme ministre à Neipperg,

s'était vu chasser en 1830 par la Révolution, et il était trop

impopulaire pour être repris au retour de Marie-Louise.

[328] Comte de Falloux, _Mémoires d'un royaliste_.

[329] On se rappelle que l'archiduchesse avait épousé Neipperg

lors de sa deuxième grossesse en 1820, mariage nul, puisque

Napoléon n'était pas mort. En 1821, Neipperg chercha une formule

pour annoncer la mort de l'Empereur. Il trouva cette périphrase:

«serenissimo consorte della Duchessa», et la _Gazetta di Parma_

annonça que le _sérénissime prince consort de la duchesse_ était

mort. Metternich, après avoir beaucoup ri, écrivait le 2 août à

Neipperg: «Votre découverte du sérénissime consort est une

merveille». Trolard, _De Montenotte à Arcole_, Archives de Parme.

Les deux enfants portèrent le nom de Montenuovo, traduction

italienne du nom de Neipperg (nouvelle montagne). Neipperg mourut

en 1829 et fut enterré au couvent de Saint-Paul, où Marie-Louise

lui fit élever un monument de 120.000 francs. Ernesto Masi, _Li

due Moglie di Napoleone I_, Bologne, 1889.

Le comte de Falloux, qui raconte cet entretien, était parent de M. de

Bombelles. Il alla lui rendre visite vers 1840. «Lorsque je m'acheminais

vers Parme, dit-il, M. de Bombelles, qui n'avait cru et voulu accepter

que l'héritage politique du comte de Neipperg, avait obtenu sans le

chercher le même crédit que lui sur le cœur de la souveraine, et la

veuve de l'Empereur Napoléon avait contracté un troisième mariage.»

Les relations de Marie-Louise avec Charles de Bombelles semblent dater

de peu après la mort du duc de Reichstadt. Le mariage secret, mais

régulier, eut lieu le 17 février 1834[330]. Ce nouvel époux réunissait,

paraît-il, tout ce qu'on peut désirer, fermeté et douceur dans les

manières en même temps. «C'est un homme si vertueux, écrivait

Marie-Louise à la comtesse de Crenneville, c'est une vraie trouvaille.»

Elle ajoutait: «C'est un saint et un homme aimable en société.»

[330] Ce mariage eut lieu avec l'assentiment de la Cour

d'Autriche, et l'archiduchesse en a indiqué la date dans ses deux

testaments, celui du 25 mai 1837 et du 22 mai 1844. Il est dit à

l'article 17 du second testament: «Je lègue au comte Charles de

Bombelles, mon grand-maître, avec lequel je suis mariée

secrètement depuis le 17 février de l'année 1834, le capital

nominal de 300.000 livres italiennes en rentes milanaises, legs

qui se solde sur les papiers publics que je possède (Archives de

Parme, notes d'Armand Baschet).

Ce mélange de vertu et de qualités extérieures produisit un effet utile.

Bombelles continua les traditions de Neipperg et se montra comme lui

administrateur intelligent et honnête. L'archiduchesse, si insoucieuse

de ses devoirs et dévorée jusqu'à la fin de sa vie de la soif des fêtes

et des voyages avait eu la chance de rencontrer des ministres intègres

et bienfaisants qui enrichirent le duché d'une foule d'institutions de

charité et de monuments utiles (Archives de l'État, hospice des

Incurables, ponts, théâtre, bibliothèque, etc.)[331].

[331] _Monumenti e munificenza de S. M. la princessa imperiale

Maria Luigia_, Parme, 1845, publié par ordre du comte de

Bombelles.--Welschinger, _le Roi de Rome_.--Trolard, _De

Montenotte à Arcole_.--Chaillot, _Notice sur l'administration du

comte de Bombelles_, 1858.

Bombelles eut aussi une influence morale sur Marie-Louise et détermina

son évolution dernière vers la religion. Il était bien le fils du pieux

évêque d'Amiens et se montra, de plus, zélé défenseur des congrégations

et communautés religieuses. De là à être appelé jésuite et fanatique il

n'y a qu'un pas, ce que n'ont pas manqué de noter les écrivains

antireligieux. Par lui, a pu écrire un auteur récent, Trolard, «la ville

dégageait une odeur cléricale plus forte que le parfum de ses fleurs».

Faut-il attribuer aux représailles du carbonarisme les tentatives

d'empoisonnement qui menacèrent les jours de Marie-Louise et mirent la

vie de Bombelles en danger[332]?

[332] Une tradition très vivace raconte que Bombelles avait été

visé par les conspirateurs, et que le chapelain aumônier, ayant

bu de l'eau empoisonnée, mourut à sa place. D'après cette même

tradition, Marie-Louise, qui mourut, en effet, très rapidement,

aurait bien pu périr victime d'un empoisonnement. Voir la _Mort

de Marie-Louise_, d'après des documents italiens dans la MARQUISE

DE SADE. _Recueil de fragments historiques_, par M. Paul Ginisty.

Après la mort de Marie-Louise en 1847, Charles de Bombelles habita

quelque temps Vienne, puis il vint s'établir à Versailles avec sa fille

Marie[333]. Il mourut en 1855 dans l'ancien hôtel de Mademoiselle, 7,

rue de la Bibliothèque[334], tout près de ce palais où s'était effondrée

la royauté, non loin du domaine enchanteur de Montreuil où, sous la

tendre protection de Madame Élisabeth, s'était épanoui le roman conjugal

de notre attachante héroïne, Angélique de Mackau, marquise de Bombelles.

[333] _La Sœur Natalie Narischkin_, par Mme Aug. Craven.

[334] Aujourd'hui rue Gambetta.--Leroi, _Hist. de Versailles, rue

par rue_, t. II.

Les Dernières Années du Marquis et de la Marquise de Bombelles · 第 31 / 45 题