CHAPITRE PREMIER

1788

Les Bombelles à Versailles.--_Journal_ du marquis.--Mlle de

Matignon et l'hôtel de la Vaupalière.--Chez le comte de

Montmorin.--M. de Malesherbes et les Loménie de Brienne.--Refus

définitif de se marier de Mlle de Rohan-Rochefort.--Le château

de Meudon.--Nouvelles extérieures.--La Reine et la duchesse de

Polignac.--Nouvelles politiques.--Effervescence des

provinces.--Les gentilshommes bretons.--Départ du baron de

Breteuil.--Le maréchal de Vaux en Dauphiné.

Dans une précédente étude[1], nous avons laissé le marquis et la

marquise de Bombelles à Lisbonne et sur le point de regagner la France.

Angélique est partie la première avec ses enfants. Au milieu de mai

1788, les affaires de l'ambassade terminées, le marquis investi d'un

congé se mettait en route pour Versailles, avec sa sœur de Travanet, et

après une traversée sans incidents notables il débarquait aux

Sables-d'Olonne. De là la route est encore longue... Il faut s'arrêter

à Niort, à Poitiers, où les officiers leur font fête, à Tours et à

Blois, que le marquis visite avec conscience. Il aime à décrire dans son

_Journal_[2], le «Jardin de la France»; la «Pagode» de Chanteloup,

souvenir élevé par Choiseul à ses amis fidèles, que le duc de

Penthièvre, nouveau propriétaire du domaine, a tenu à conserver; le

château de Blois, dont l'ancien gouverneur, le comte de Breteuil, lui

fait les honneurs avant qu'il ne soit métamorphosé en caserne. A

Orléans, l'intendant, M. de Chevilly, est venu dîner avec eux, ce qui

fait un petit événement, mais les voyageurs ont hâte de terminer leur

voyage. Aussi, à Angerville, dernière couchée, maudissent-ils la

comtesse de Bourbon-Busset qui arrive des eaux, veut absolument les voir

et les retarde considérablement.

[1] _Angélique de Mackau et la Cour de Madame Élisabeth_,

Emile-Paul, 1905.

[2] Fragment des _Mémoires_ de Bombelles que je tiens de M. le

comte de Castéjà, son arrière-petit-fils. Le reste de ces

_Mémoires_ est en la possession de M. le comte Louis de Bombelles

qui habite l'Autriche. Il eût été intéressant sans doute de les

publier en entier; mais, d'après les instructions formelles du

marquis entré dans les ordres après la mort de sa femme, et qui

réprouvait certains chapitres tracés par l'homme de cour, ces

_Mémoires_ ne verront pas le jour.

Ils arrivent, le 30, à la dernière étape. A deux postes d'Angerville,

une bande de roue manque,... un orage à essuyer... Enfin, les voilà à

Versailles, dans la maison retenue près de la porte du Dragon. Grands

épanchements de famille. Femme et enfants d'abord; avec quelle joie le

marquis les revoit, on le laisse à penser au lecteur. Une ligne de

points dans le _Journal_, il ne veut pas en trop dire. Puis la petite

baronne de Mackau, la belle-mère, le beau-frère..., on s'embrasse avec

transports, «on se dit avec confusion ce qu'on se redira avec plus de

calme et d'ordre», et l'on visite la nouvelle demeure où les Bombelles,

sans doute, vont gîter quelque temps. La maison n'est pas très grande,

ni bien distribuée, mais elle est riante et plaît à Angélique, elle est

en bon air, ce qui est l'essentiel pour les enfants. Par un escalier ils

pourront descendre dans le parc, et grâce à une série de corridors on

peut rejoindre le château en restant continuellement à couvert.

Le lendemain Mme de Travanet s'est rendue à Paris qu'elle avait hâte de

revoir. Le frère et la sœur descendent chez Mme de Louvois, dont le

fils est fortifié et «joli à peindre sans avoir sa physionomie

spirituelle». La première visite de M. de Bombelles devait être pour le

baron de Breteuil, mais ce n'est que le soir, à Neuilly, qu'il lui a été

donné de voir son protecteur. Là, dans la maison dont M. de

Sainte-Foix[3] a fait «un séjour magnifique», se préparent les noces

somptueuses de Mlle de Matignon, petite-fille du baron, avec le fils du

duc de Montmorency.

[3] Radix de Sainte-Foix, ancien commis aux Affaires étrangères,

devenu trésorier général de la Marine. Il fut le commensal et le

favori de Choiseul, et il «inventa» avec le duc de Fitz-James la

future comtesse du Barry.

En peu de jours, presque en peu d'heures, le marquis de Bombelles

remplit ses devoirs sociaux et politiques. Comprendrait-on qu'il

différât à se montrer chez la duchesse de Montmorency, chez la comtesse

de la Marck, très occupée du mariage du troisième frère du duc

d'Aremberg, surtout chez son ministre, le comte de Montmorin, en son

hôtel de la rue Plumet[4]? De cet entretien où il a été question de

choses sérieuses, des différends survenus entre les commerçants français

en Portugal et l'ambassadeur qui voulait faire respecter les ordonnances

royales en vigueur,--toutes choses que le ministre ignorait totalement

et dont il aurait préféré n'avoir pas à s'occuper,--le marquis sort

«charmé de la politesse de M. de Montmorin, navré de son ton et de ses

propos comme ministre. Le cœur saigne, ajoute-t-il, à tout bon

serviteur du Roi, de voir avec quelle hâte, quelle légèreté, quelle

inconséquence les plus importantes affaires sont traitées.»

[4] L'hôtel du comte de Montmorin, construit en 1720, rue Plumet,

aujourd'hui rue Oudinot, fut habité, entre autres propriétaires,

par le comte Rapp, le duc d'Aumont, le marquis de la Roche-Dragon

qui céda cette demeure à la ville de Paris. On sait que les

Frères des Ecoles chrétiennes y résidaient jusqu'en ces derniers

temps.

Ce même jour il a dîné à Versailles avec ses enfants, il a rencontré

chez M. de Breteuil, à Saint-Cloud, M. de Malesherbes et un nouveau

contrôleur des finances, M. de Fourqueux; il a vu au Château la duchesse

de Polignac, les deux marquises de Soucy; à Longchamps il a rendu visite

à la princesse de Craon, puis il est revenu coucher à Paris en vue de la

cérémonie du lendemain.

* * * * *

Les fêtes données en l'honneur du mariage ne sont pas encore terminées,

puisque le lendemain M. de Bombelles se rend de plus, le soir, chez la

princesse de Montmorency, mère de la duchesse. L'hôtel est un des plus

beaux de Paris, il est décoré avec un goût égal à sa magnificence, le

jardin se termine en terrasse sur la Seine[5]. Illumination de l'hôtel,

bateaux chargés de lanternes de couleur et de pièces d'artifice et

«conduits par des joûteurs adroits», souper, bal, «tout était bien et

parfaitement ordonné».

[5] Cet hôtel se trouvait quai d'Orsay, là où commence la rue

Solférino.

Il n'y a que cinq jours que M. de Bombelles est à Versailles et il n'est

pas resté une demi-journée en repos. Ainsi le veulent ses fonctions

diplomatiques; ainsi le veut aussi son irrésistible goût de mouvement.

Le 5, il a été dîner à Marnes, chez le comte de Brienne, secrétaire

d'État de la Guerre, et aussitôt après à Jardy, chez l'archevêque de

Sens. Celui-ci, «tiraillé par tous les esclaves de la faveur, a

cependant eu un moment pour s'apercevoir que j'étais chez lui et m'y

recevoir honnêtement. Les affidés disent qu'il est très calme sur toutes

nos commotions intérieures, mais j'ai assez bonne opinion de lui pour

croire que quelque détermination qu'il prenne de faire tête à l'orage,

il sent, en homme sensé, que l'on ne peut jamais calculer bien juste sur

le point où s'arrêtera l'effervescence des têtes». Ceci n'est qu'une

première épigramme, on en soulignera d'autres.

A Versailles il a été admis à présenter ses devoirs à Madame Élisabeth,

mais à peine «a-t-il eu la satisfaction d'embrasser ses enfants qu'il a

trouvés fort gais», qu'il est revenu à Paris «pour se revêtir de la robe

nuptiale» et se rendre chez le marquis de la Vaupalière[6], faubourg

Saint-Honoré.» La marquise souffrante d'un commencement de grossesse ne

peut songer à l'accompagner, aussi a-t-il noté, pour les lui conter,

tous les détails de cette fête «la plus belle de celles qui ont été

données pour la noce de Mlle de Matignon; aucune n'a eu l'ensemble,

l'ordre, la recherche et l'agrément de celle de l'hôtel de La

Vaupalière[7].»

[6] Pierre-Etienne Maignard, marquis de la Vaupalière, né en

1731, lieutenant général en 1784.

[7] L'hôtel de la Vaupalière est celui qui porte aujourd'hui le

no 85, faubourg Saint-Honoré. Il avait appartenu au marquis

d'Argenteuil et aux de Chastenay.

Depuis les la Vaupalière, il fut la résidence du baron Rœderer,

du comte Le Hon, du comte Molé. Il appartient aujourd'hui au baron

Gérard.

Ruggieri s'est surpassé, le feu d'artifice eût été digne d'une fête

donnée à Versailles. Souper d'une magnificence sans pareille, cuisine

recherchée, service somptueux et irréprochable, à tout cela le marquis

est sensible. S'il ne donne pas le menu du festin, s'il n'énumère pas la

liste des élus de cette réunion superaristocratique, du moins a-t-il

sacrifié à son goût de la description en nous exposant en détail comment

la table était présentée.

«Des conduites d'eau artistement ménagées ont fait arriver sur la table

une cascade tombant d'un rocher et formant une rivière qui contenait

deux cents pintes d'eau; des poissons vivants s'y promenaient, des

maisons, des hameaux, tout cela en parfaite proportion se voyait sur

l'une et l'autre rive. Des ponts jetés de distance en distance, et d'une

vérité aussi grande que les représentations d'hommes et d'animaux qui

semblaient les passer ajoutaient au charme du paysage... A l'extrémité

opposée du rocher s'élevait, en colonnes de cristal, le temple de

l'hymen. Les glaces ont été servies pour la plupart attachées suivant

leur forme de fruit à des arbres d'un feuillage analogue. En sortant de

table, on s'est promené dans le jardin qui semblait une féerie durant

toute la nuit.»

Le marquis est revenu à Versailles débarrassé des fêtes nuptiales, mais

il a encore des ministres à saluer. Il n'a trouvé chez lui que M. de

Malesherbes dont il trace ainsi le portrait: «...Avec des connaissances

profondes, un esprit agréable et des choses qui tiennent au génie, il

est d'une abstraction qui ne lui permit et ne lui permettra jamais

d'appliquer son savoir au profit des affaires publiques. Gémissant par

instant comme tout bon citoyen de la situation actuelle de la France, il

passe un moment après à l'énumération de ses recherches sur l'inutilité

de la population juive dans le monde...»

En rentrant à Versailles, il trouve à la porte du Dragon les

ambassadeurs d'Espagne[8] et de Naples[9] et leurs femmes qui venaient

souper avec les Bombelles et les Mackau. Ces ménages de diplomates se

proposaient, en l'absence de la Cour[10], de passer quelques jours à

Versailles «pour en voir plus à l'aise toutes les merveilles». M. de

Bombelles et sa femme ont l'intention de les accompagner autant qu'il

leur sera possible, et le marquis, en somme, s'en montre heureux et

fier, car «les étrangers de bonne foi apprécient mieux que les Français

la beauté de ce royaume, la magnificence de ses villes et les prodigieux

travaux exécutés pendant que Louis XIV portait d'un pôle à l'autre le

nom de sa nation au plus haut degré de gloire».

[8] Le comte de Fernan Nunez, dont la mère était Rohan, comptait

nombre d'amis à Paris, quand, en 1786, il vint remplacer M.

d'Aranda.

[9] Thomas de Somma, marquis de Circello, arriva le 12 octobre

1786 à Paris en qualité d'ambassadeur de Naples, il y resta

jusqu'à la Révolution. Sa femme était née princesse Piccolomini.

M. de Bombelles l'avait beaucoup connu à Naples et à Vienne.

[10] Alors à Saint-Cloud.

La première excursion est à Saint-Cyr. Nous avons déjà dit combien

Madame Elisabeth montrait de prédilection à l'Institution de

Saint-Louis; avec quel plaisir, chaque fois qu'elle le pouvait,

accompagnée d'une de ses dames, elle allait visiter religieuses et

élèves, aimant à partager les jeux et le goûter de ces dernières; Le

marquis qui aime volontiers ce qu'aiment et sa femme et la chère

Princesse, est tout porté à défendre l'établissement de Saint-Cyr.

«Depuis quelques années, remarque-t-il, il est de bon ton de tout

ridiculiser, de trouver tout misérable et de conseiller de détruire

plutôt que d'améliorer ce qui émane de la sagesse de nos pères. Ce

mauvais ton souffle essentiellement sur la fondation de Mme de

Maintenon.»

Parmi les dames élevées à Saint-Cyr quelques-unes ne reparaissent que

pour apporter les bruits du dehors. «Avec une charité maligne elles

avertissent des propos tenus pour arrêter le bien qui se fait

journellement dans cette maison.» C'est là sujet de tristesse et de

découragement chez des religieuses qui d'abord se refusaient à montrer

aux visiteurs les différents talents de leurs élèves. Devant

l'insistance du marquis auquel se joignait sa jeune femme si appréciée

des dames de Saint-Louis, celles-ci ne surent pas refuser longtemps. Les

ambassadeurs ont entendu «en gens sensés» et «avec grand plaisir» _les

entretiens de Mme de Maintenon_. «Ils ont jugé des danses comme cela se

doit... Des demoiselles ne doivent point acquérir les grâces minaudières

des filles de l'Opéra ou des belles dames qui copient les actrices. Il

suffit que l'on développe en de jeunes personnes les moyens de se

présenter, de saluer avec noblesse et de ne pas être marquantes en

gaucherie lorsqu'elles entrent dans le monde... Les chœurs d'Athalie,

l'ordre du réfectoire, celui qui s'observe à l'église et dans les

promenades du jardin, tout a plu à nos ambassadeurs, tout à intéressé

leurs femmes. Elles l'eussent été davantage si elles fussent venues du

temps de Mmes de Mornay et du Haut; la supérieure actuelle, Mme

d'Ormesson, est une bonne et honnête personne, mais n'est que cela.»

Comme, le lendemain 8, le comte de Fernand Nunez et le marquis de

Circello se sont rendus au lever du Roi à Saint-Cloud, M. de Bombelles

se fait le cicerone des ambassadrices et les accompagne au château de

Meudon[11]. Suivons-le dans sa courte impression: le château du grand

dauphin ayant été incendié en 1871, il n'est pas sans intérêt d'avoir de

lui un dernier souvenir.

[11] Il y eut plusieurs châteaux à Meudon: 1º celui d'Antoine

Sanguin, évêque d'Orléans, puis archevêque de Toulouse,

grand-aumônier de France et gouverneur de Paris. Quand il reçut

la pourpre en 1539, il prit le nom de cardinal de Meudon. Sa

terre passa à sa nièce, la duchesse d'Etampes; 2º Charles,

cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, acheta Meudon et y fit

construire par Philibert Delorme un nouveau château sur le point

le plus élevé de la colline qui regarde la Seine.--Abel Servien,

conseiller d'Etat, secrétaire d'Etat et ambassadeur, qui fut un

des premiers membres de l'Académie française, acheta Meudon à la

maison de Lorraine et y mourut en 1659.--Louvois acquit le

château en 1680 et y fit des embellissements considérables. Louis

XIV, par un arrangement avec Mme de Louvois, acheta Meudon

900.000 livres avec Choisy en plus et le donna au Dauphin; 3º

Monseigneur, devenu maître du domaine, fit construire un nouveau

château par Mansart, et Le Nostre dessina les jardins (Voir

Piganiol de la Force, _Nouvelle Description de la France_;--et

Saint-Simon, édit Boislisle, t. II).

«Le château neuf où nous avons dîné chez le duc d'Harcourt[12] a été

bâti par Monseigneur pour Mlle Choin[13] qui était sa maîtresse.

[12] Gouverneur du jeune Dauphin.

[13] Marie-Emilie Jolly de Choin, fille du baron de Choin,

gouverneur et grand bailli de Bourg-en-Bresse, fut introduite à

la Cour par la princesse de Conti. Mariée secrètement au Dauphin,

elle lui survécut longtemps. La date de sa mort est incertaine

(d'après les _Mémoires de Saint-Simon_, t. VIII, elle mourut vers

1723. Dans _l'Addition_, il est question de 1732. La _Biographie

générale_ donne 1744. M. Ed. de Barthélemy n'a pas conclu, pas

plus que M. de Boislisle, nouvelle édition des _Mémoires de

Saint-Simon_, t. II, p. 184).

«Ce château est dans une proportion qui le rendrait convenable à tout

seigneur en état de dépenser 300.000 livres par an.» M. de Bombelles ne

semble guère là avoir une idée exacte des proportions: nous avons sous

les yeux la gravure de l'ouvrage de Piganiol de la Force, et aussi des

vues du Palais prises peu de temps avant sa destruction. Il paraît bien

que cet immense château eût été bien lourd pour des particuliers, à

trois ou quatre exceptions près.

La comparaison avec l'autre château continue: «Il n'en est pas de même

du vieux château[14]; ce palais que M. de Louvois avait augmenté,

embelli avec une magnificence aussi indécente qu'incroyable, serait

encore très facilement une demeure royale. Tous les plafonds sont peints

en arabesque comme si le goût régnant eût présidé à leur ordonnance. Les

corniches, les cheminées, les parquets de superbe boiserie, rien

n'aurait besoin d'être moderné. Il y a pratiqué dans une tourelle un

cabinet peint également en arabesque sur un fond d'or, qui est aussi

frais de peinture que s'il sortait des mains d'un de nos meilleurs

artistes. Il est question de faire de ce beau château la demeure de M.

le Dauphin pour tous les étés, si nous n'éprouvons pas le chagrin de

perdre ce prince[15]. On nous l'a fait voir: j'aurais pleuré si j'eusse

osé du lamentable état dans lequel je l'ai trouvé, courbé comme un

vieillard, ouvrant des yeux mourants au milieu d'un teint livide. Il

craint le monde, il a honte de se montrer. Si on le sauve du cruel

marasme dans lequel il est encore, bien qu'un peu mieux, ce ne sera

vraisemblablement qu'aux dépens de sa taille qu'il réchappera. Petit,

l'anatomiste, espère cependant qu'il guérira sa personne et sa taille,

mais il se plaint de n'avoir été appelé qu'au moment où le mal était

presque incurable. Il caractérise la maladie du nom de vertébrale et

diffère d'opinion avec Brunier, le premier médecin... Nos enfants de

France ont été souvent victimes de ces conflits d'opinion. Les soins que

le duc et la duchesse d'Harcourt prennent de ce précieux enfant sont

tout à fait respectables.»

[14] Celui du cardinal de Lorraine, construit par Philibert

Delorme. Ce château fut démoli en 1804.

[15] Le jeune Dauphin né en 1779, y demeura en effet les deux

dernières années de sa misérable vie. Il y mourut le 4 juin 1789.

Sur l'enfant royal atteint d'une maladie de la colonne vertébrale

il est des détails touchants. Voir surtout Hippeau, _Gouvernement

de la Normandie_, t. IV (Souvenirs de Lefèvre, secrétaire du duc

d'Harcourt), et les _Souvenirs_ d'émigration de la marquise de

Lâge de Volude, dame de la princesse de Lamballe.

* * * * *

Voici d'autres minuscules événements de Cour: «Mme de Raigecourt et son

«sourdaud» de mari ont donné à dîner aux ambassadeurs et aux Bombelles.

Après le repas, les dames sont allées voir les grandes eaux, tandis que

le marquis, emmenant son petit Charles[16] dans sa voiture, pique sur

Beauregard[17] pour faire visite au marquis et à la marquise de Sérent.

Tous deux sont absents, mais leur belle-fille reçoit le père et l'enfant

avec une grâce parfaite. Elle était avec M. de Chauvelin, «le jeune

homme le plus en faveur dans ce moment. Le petit Chauvelin fils de celui

qui fut ambassadeur à Turin et qui mourut dans la chambre du Roi (Louis

XV) d'une attaque d'apoplexie, a la même charge qu'avait son père, celle

de maître de la garde-robe du Roi. Il est très gentil et fait

l'amusement de la Garde royale. Combien cela durera-t-il? C'est ce que

les courtisans les plus déliés n'ont jamais, en pareil cas, apprécié

bien au juste.»

[16] Troisième fils de M. de Bombelles, celui qui sera le

troisième mari de Marie-Louise.

[17] Château aux portes de Versailles, près du Grand Chesnay, où

étaient élevés les fils du comte d'Artois.

Le ménage Bombelles est souvent en route. Tandis que la marquise est à

Paris, son mari va rendre à Marnes visite au comte de Brienne; à

Saint-Cloud, il est admis à assister à la toilette de la duchesse de

Polignac. Cet insigne honneur n'est pas perdu, car le remercîment

s'inscrit aussitôt sur les tablettes: «C'est encore la plus jolie femme

de la Cour. Les honneurs extérieurs, mais stériles de la plus haute

faveur lui sont revenus[18], mais ce n'en est pas moins l'archevêque qui

gouverne absolument.»

[18] Il y avait alors dans les relations de la reine avec Mlle de

Polignac des alternatives assez déconcertantes. Marie-Antoinette

ne portait plus la même affection à son amie, et depuis qu'elle

avait pris l'habitude de passer ses soirées chez la comtesse

d'Ossun, sa dame d'atours, elle s'était parfaitement

accoutumée,--chose qu'elle jugeait impossible autrefois--à savoir

se passer de la Gouvernante de ses enfants.

Il gouverne, mais n'inspire guère de confiance, à tout le monde en

général, aux Polignac en particulier. Il est vrai que ceux-ci regrettent

Calonne, et pour cause.

Quelque désordre en Dauphiné, le duc de Tonnerre «perdant le peu de tête

que Dieu lui a donné», les troupes blessées tirant sur les émeutiers; un

dîner en famille chez l'évêque de Lisieux, la journée se terminant à

l'hôtel de Soubise[19], dont le marquis est mis à même d'admirer les

splendeurs, voilà le bulletin des jours suivants, terminé par cette

appréciation sur le Palais Royal:

«Si l'hôtel Soubise, tant il a grand air, est digne d'être habité par un

prince de sang royal, il est une autre demeure à laquelle son maître a

enlevé toute dignité, mais il en a fait pour les étrangers et les

Parisiens un point de réunion de tout ce qu'il y a de plus agréable et

de plus commode. Ma femme et moi nous avons été finir la journée à

courir les allées et les galeries de ce palais marchand, car c'est ainsi

qu'il devrait être maintenant nommé. Avec de l'argent on peut dans le

même jour, et sans sortir de son enceinte, se fournir avec un luxe

prodigieux de tout ce qu'on ne se procurerait pas en un an dans tout

autre pays; on conçoit qu'un homme désœuvré passe sa vie au Palais

Royal, on conçoit qu'un homme occupé aille y chercher du délassement.»

[19] Attribué aujourd'hui aux Archives nationales.

De la Haye il est arrivé de fâcheuses nouvelles sur la manière dont le

comte de Saint-Priest est traité. Ses gens ont été attaqués et forcés de

se défendre pour n'être pas assommés par une populace qui voulait les

punir de ne pas porter des cocardes orange[20].

[20] Nous avions pris le parti de la Prusse--le plus fort--contre

les partisans du stathoudérat.

L'ambassadeur de Hollande, M. de Benkenrod, a fait des excuses et promis

au nom de la République que sa Cour serait satisfaite des réparations.

M. de Saint-Priest n'est pas amplement persuadé que son séjour en

Hollande puisse être long, et il s'apprête plutôt à rentrer en France,

et M. de Bombelles de prendre sa plume chagrine pour noter: «Si nous

continuons à nous conduire comme nous faisons, il faudra nous armer

d'une triste patience et nous attendre à recevoir toutes les avaries

imaginables.» Les lignes écrites en 1788 ne pourraient-elles s'appliquer

à notre politique extérieure actuelle? De concession en concession.....

Le marquis continue la vie de mouvement qui est dans ses goûts et qui

doit être dans ses intérêts. Il mène ses enfants chez le baron de

Breteuil, et ses trois fils sont jugés ce qu'ils sont: forts et gentils;

il est parfaitement reçu à Saint-Cloud par la duchesse de Lorge qui est

de service auprès de la comtesse d'Artois; un soir que Mme de Bombelles

est allée souper chez la comtesse de Marsan, il s'en va, lui, chez Mme

de Rougé, qui est toujours jolie «et qui le sera, à l'âge où Ninon de

Lenclos était sensible et aimée». Bien souvent il est seul à sortir, il

trouve en rentrant chez lui sa femme lisant, ses enfants dormant

heureusement, «enfin le calme d'un ménage dont une aimable compagne fait

les délices». Voilà dix ans que M. et Mme de Bombelles sont mariés;

cette phrase d'un journal n'en dit-elle pas plus que toutes les

déclarations arrangées?

On craint de nombreux troubles en Bretagne et en Bourgogne, le Dauphiné

s'apaise à peine, la Provence «a trompé l'espoir conçu par son

commandant en chef le comte de Caraman», pamphlets et chansons l'ont

devancé à Aix...

«On dit au Roi: le feu est aux quatre coins de votre royaume; toutes les

apparences donnent un air de vérité à cette phrase, et il faut de longs

raisonnements à M. de Brienne pour prouver à Sa Majesté que sa malignité

cherche à augmenter l'effroi des commotions qu'elle suscite...» Les

empiriques assaillent le principal ministre comme un médium, ils

s'emparent d'un homme affaibli par le choc de trop rudes attaques. «Si

M. de Brienne résiste à l'orage, je persiste à croire qu'il est en état

de faire le bien de ce pays, mais je commence à craindre qu'il ne soit

léger et qu'il ne trouve lui-même sa tâche supérieure à ses moyens.» Des

brochures contre ou pour Loménie de Brienne courent les rues. Dans l'une

d'elles, que Bombelles juge éminemment maladroite, l'auteur fait de la

monarchie un despotisme dont l'arbitraire doit même être regardé avec

respect par les sujets comme étant ce qui peut être le plus avantageux

pour eux. «Il en est de certains principes comme de l'emploi des poisons

en bonne pharmacie. On ne dit pas à un mourant: je vais vous sauver en

donnant à votre corps une secousse violente, une action qui, peut-être,

le rappellera à la vie.» Et Bombelles d'en arriver à cette conclusion:

«On sait bien que la ligne de démarcation entre le despotisme et notre

monarchie est presqu'imperceptible, et qu'un prince qui tient à sa

solde une nombreuse armée, ne sera déjoué que par sa propre et gratuite

faiblesse. Mais il est maladroit de montrer à une grande nation tous les

désavantages de sa constitution en voulant les lui faire adopter comme

un bien.»

* * * * *

C'est le 22 juin que Mlle de Rohan-Rochefort devait rendre une réponse

définitive au duc de Cadaval qui, ballotté depuis deux ans, n'avait pas

renoncé à l'épouser[21]. La réponse est venue le 21, et elle est

négative. Le marquis énonce sèchement, sans commentaire, mais en homme

peu satisfait de s'être donné à Lisbonne et à Paris, autant de mal pour

arriver à ce résultat blessant pour son amour-propre: «Mme la comtesse

de Marsan, le prince et la princesse de Guéménée[22] et la princesse

Charlotte de Rohan m'ont prié aussi ce soir de témoigner leurs regrets à

M. le duc de Cadaval sur ce que, par une répugnance invincible, Mlle de

Rohan-Rochefort ne peut accepter sa main, le 22, à Versailles.»

[21] Voir dans le précédent volume ces laborieuses négociations

qui devaient échouer. On se rappelle que cette Mlle de

Rohan-Rochefort est celle qui devait être aimée par le duc

d'Enghien, et à laquelle M. Jacques de la Faye a consacré un fort

agréable volume.

[22] Ce qui prouve que les «faillis» de 1781 pouvaient commencer,

ayant à peu près payé leurs dettes, à se remontrer à la cour.

Ceci a visiblement agacé M. de Bombelles. Il se venge par épigrammes...

sur les autres. «J'ai dîné avec une grande partie du corps diplomatique

chez M. l'ambassadeur de l'Empereur. Je me suis trouvé à table entre mon

bon ambassadeur de Portugal[23] qui n'a pas inventé la poudre et le

baron de Talleyrand, notre ambassadeur à Naples qui a peu de salpêtre

dans les idées... Au bout opposé à nous était M. de Suffren[24] qui perd

chaque jour de paix par son goût pour l'intrigue, par sa rebutante

gourmandise et sa dégoûtante malpropreté, quelques nuances de la

considération qu'il reprendrait s'il remontait nos vaisseaux.

[23] Le chevalier d'Alméida.

[24] Pierre-André, bailli de Suffren, Saint-Tropez, vice-amiral,

l'un des plus grands hommes de mer qu'ait eus la France,

(1726-1788).

Le 23 à son coucher, le roi «qui depuis son avènement à la couronne _ne

m'avait pas une seule fois adressé la parole_ m'a parlé fort longtemps.

Ses questions ont porté sur le Portugal, son climat, ses usages, la

fécondité des femmes et le mariage du duc de Bragance».

M. de Bombelles ne fait pas de réflexions sur cette faveur inattendue

d'avoir été à même d'entendre le son de la voix du Roi s'adressant à sa

personne. Ministre ou ambassadeur depuis treize ans et ayant fait

d'assez fréquents séjours à Versailles, il aurait le droit de marquer

son étonnement de cette indifférence. Il n'en fait rien, connaissant le

rôle effacé de Louis XVI!

Ce qui est plus important, c'est que la souveraine s'est montrée

aimable. «La Reine qui avait bien voulu faire attention à ce que, depuis

mon retour, je n'avais pas encore eu l'honneur de lui être présenté m'a

dit aujourd'hui, au moment où tout le corps diplomatique était chez

elle, qu'elle m'avait manqué dans plusieurs endroits où elle était venue

un instant après que je venais d'en sortir, qu'elle en avait été fâchée

parce qu'elle avait grand désir de me voir et qu'elle était charmée que

ma santé fût meilleure.»

Monsieur et Madame ont témoigné à Bombelles une égale bonté, «mais

jamais princes ou princesses n'ont eu la grâce qu'a la Reine lorsqu'elle

veut bien traiter qui que ce soit.»

Chez la duchesse de Polignac, le soir, se pressaient les ambassadeurs à

qui Marie-Antoinette a distribué des phrases aimables. «L'ambassadeur de

l'Empereur est venu montrer une minute sa longue et sèche nature,

accompagné d'un seigneur flamand qui s'est fait assigner en déplaisance

dans la société».

«La Reine a été chercher M. le duc de Normandie, un des plus beaux

enfants qu'on puisse voir. Elle l'a fait chanter, ce dont il s'acquitte

très drôlement. Sa Majesté m'a dit les airs qu'il fallait demander à son

fils... Quelques courtisans ont vanté la justesse des sons; heureusement

qu'il ne m'a pas été demandé ce que j'en pensais. Les princes de la

maison de Bourbon ne brillent pas par la justesse de leurs voix.»

* * * * *

Les nouvelles politiques ne sont pas sans attrister le marquis. Outre

les affaires de Hollande, il y a les questions intérieures dans

lesquelles se débat l'archevêque de Sens. «Tous les députés des

provinces ont dîné chez lui (le 29); il ne sait auquel entendre, les

prétentions croissent chaque jour davantage. La Bretagne déclare qu'elle

ne paiera plus rien, et qu'elle se considère comme affranchie de toute

dépendance de la couronne, depuis l'infraction annoncée de ses

privilèges.»

Que, faisant trêve à ses réflexions politiques ou à son bulletin de

Cour, M. de Bombelles émaille son _Journal_ de quelques notes de famille

écrites en gamme attendrie, ceci ne saurait nous étonner. Avec sa femme

et Louis, son fils aîné, le marquis s'est rendu le 30 juin à Paris. «Il

me quitte maintenant le moins que je puis, il est de jour en jour plus

doux, plus sensible aux avis dont son esprit sent la justesse. Sa

tendresse pour sa mère ne prend point sur celle qu'il a pour moi. Nous

voyons croître un ami, qui nous osons nous en flatter, fera notre joie

et la consolation de mes vieux jours. Ses frères font en ce moment le

délice de toutes les minutes de notre vie. Le ciel conserve ces chers

enfants!»

Tandis que Mme de Bombelles est de service auprès de Madame Élisabeth,

son mari s'efforce de distraire son isolement. Il a soin de nous

informer des visites qu'il rend au baron de Breteuil et au maréchal de

Castries, à la comtesse de la Luzerne, chez lui l'on fait bonne chère;

on y joue aussi au quinze, ce qui n'enrichit guère le marquis. Il y a eu

aussi dîner chez la marquise de Louvois. «En sortant de table, nous

avons mené le chevalier d'Almeida et les Portugais à la Comédie

Française. On y représentait _Mahomet_; ma soirée (du 10 juillet) s'est

terminée chez Mme de Rougé: les deux belles-sœurs Mmes de la

Rochefoucauld et de Léon, Mmes de Fronsac et de Damas n'avaient pour

leur conversation que deux jeunes gens plus jolis que parlants. Pour

nous soustraire à l'ennui qui venait nous atteindre en si élégante

compagnie, je me suis avisé d'être d'un avis contraire à tout ce qui

s'est dit. La conversation s'est ranimée, et il était tard que nous

discutions encore de toutes nos forces et de très bonne humeur.»

* * * * *

Pendant ce temps de gros événements se préparent. On a publié, le 7, un

arrêt du Conseil d'État concernant la convocation des États généraux:

officiers municipaux des villes et communautés du royaume «seront tenus

de rechercher dans les greffes et chartriers tout ce qui pourra donner

des lumières sur la manière de procéder à la tenue des États généraux».

On suppose que cette tenue aura lieu en 1789, une fois réunis les

documents nécessaires. «Les gens de lettres sont invités à communiquer

les renseignements qu'ils peuvent avoir et pourront se procurer... Les

papeteries du Royaume ne suffiront pas à tout ce que l'envie d'écrire

fera griffonner à tous les oisifs, ainsi qu'aux gens qui ont ordre de

diriger par leurs observations la marche du Gouvernement.»

L'avenir paraît bien noir à M. de Bombelles: «Le Roi perdra un temps

précieux et nécessaire dans cette dangereuse lutte; les États lui

donneront tout l'argent qu'il voudra; peut-être l'aideront-ils à faire

banqueroute, mais en même temps on gênera de tous côtés son autorité.

Cela se supportera pendant quelque temps, par un prince ami de la Paix

et ne voulant que le bonheur de ses peuples, mais un ministère plus

adroit et plus ferme, sous un règne plus prononcé, reprendra l'autorité

primitive et en fera payer les arrérages à la nation. Ce cours des

événements nous offrira, indépendamment de tous les maux faciles à

prévoir, ceux du parti que nos voisins tireront de nos divisions... On

n'entend que plaintes, que murmures et nous ne sommes pas au bout de

cette triste position.»

Les nouvelles de Bretagne[25] sont détestables; on confirme l'armement

d'une vingtaine de mille hommes qui se rassembleraient au premier acte

d'autorité fait par le Gouvernement. L'intendant[26] craignant pour ses

jours est revenu à Paris. Le 14, le bruit courait à Saint-Cloud que les

députés de Bretagne allaient être arrêtés. Le 15, la nouvelle éclatait

comme un coup de foudre: «Tout Paris a su de grand matin qu'on s'était

servi de l'obscurité de la nuit pour conduire à la Bastille les douze

Bretons députés par environ douze cents gentilshommes assemblés à

Saint-Brieuc et à Vannes. Ces députés sont: M. le comte de la Fruglaye,

le marquis de Montluc, le marquis de Trémergat, le marquis de Carné, le

comte de Châtillon, le vicomte de Cicé, le marquis de Bédée, le comte de

Gaer, le marquis de la Rouerie, le marquis de la Féronnière, le comte

des Nétumières, le comte de Bec de Lièvre, Peinhoet. «La captivité de

ces messieurs a été le principal objet de notre conversation ce matin à

notre cérémonie de l'ordre de Saint-Lazare.»

[25] Sur les incidents de Rennes et la suspension des réunions

parlementaires, voir le chapitre V de _Bretagne et Vendée_, par

Pitre Chevalier, les ouvrages de Droz et de Todière.

[26] Bertrand de Moleville.

Ces préoccupations politiques, cette lutte contre le Gouvernement du

Parlement de Bretagne n'empêche pas M. de Bombelles de continuer à faire

les honneurs de Paris et de Versailles au chevalier d'Alméida. «Après

l'avoir conduit chez Mme la duchesse de Polignac, je l'ai mené par Jouy

et Orsay au Marais. Mme de la Briche[27] nous a reçus avec beaucoup de

grâce; nous avons trouvé chez elle toute la famille de Montbreton, de

M. de Brienne, le secrétaire d'État au département de la Guerre... M.

d'Alméida ne revient pas de l'étonnement que lui cause la magnificence

d'une habitation et d'une campagne qui n'appartiennent qu'à une

particulière. «Promenades, le soir, morceaux exécutés sur le

piano-forte,» romances délicieuses dont les paroles sont de M. de

Florian et la musique d'elle».

[27] Mme La Live de la Briche, née Prévost, apporta en dot à son

mari le magnifique château du Marais. M. de la Briche était le

frère de la comtesse d'Houdetot, de M. d'Epinay et de M. de

Jully. Le château du Marais avait été construit par M. Lemaître,

oncle de Mme de la Briche, sur le plan des grands hôtels du

faubourg Saint-Honoré. Norvins en a fait une description

détaillée. Avant la Révolution et sous le Consulat il s'y tint

des réunions très distinguées.

«Le Ministre de la Guerre nous a quittés ce matin, écrit le marquis, le

17. M. de Brienne ne laisse pas ignorer à ses amis combien il achète

cher le cordon bleu, dont il sera décoré au mois de janvier, et

l'honneur d'être secrétaire d'État. Heureux autrefois à Brienne, il y

passait une grande partie de l'année, il y vivait en grand seigneur,

confondant son revenu avec celui de l'archevêque. L'opinion qu'on avait

alors des talents du préfet faisait rejaillir sur son frère une partie

de la considération qu'on avait pour un homme qu'on croyait propre à

régénérer nos finances et à influer avec avantage dans notre

administration... Aujourd'hui, c'est à qui épiera les côtés faibles de

l'archevêque et qui lui disputera jusqu'à du jugement. Son frère partage

la haine et la critique du nombreux parti qui s'augmente chaque jour et

cherche à culbuter le principal ministre. Celui-ci commence à jeter un

regard effrayé sur la tâche qu'il s'est donnée. Combien de gens comme

lui troquent une belle position pour endosser un harnais qui les

écrase.»

Il faut s'arracher aux entretiens avec M. de Brienne, aux proverbes

joués par Mmes de Damas, de la Briche et de Montbreton et MM. de

Vandœuvre et de Kergorlay, le marquis rentre à Versailles où

l'attendent femme, enfants et sœurs. Le marquis est souffrant et

morose: «Sans eux, souligne-t-il, j'irais passer mon congé et soigner ma

santé dans quelque coin bien ignoré où je n'apprendrais que bien tard

les malheurs de ma patrie.»

L'affaire de Bretagne continue et non dans la gamme douce. «On ne s'est

pas tenu à l'emprisonnement des douze gentilshommes bretons; les gens de

marque qui s'étaient rendus à l'Assemblée convoquée par eux à l'hôtel

d'Espagne ont été disgrâciés. A la Cour même, le contre-coup se fait

sentir. La duchesse de Praslin payant pour son mari a reçu l'ordre

d'envoyer sa démission de dame du Palais; le duc de Chabot a perdu ses

pensions, M. de la Fayette, son poste d'officier général divisionnaire,

et M. de Boisgelin, frère de l'archevêque d'Aix, l'ami intime du

principal ministre, a défense d'exercer sa charge de maître de la

garde-robe du Roi, et l'ordre de traiter de cette place et de s'en

défaire au plus tôt.» Ces exécutions amènent diverses réflexions de

l'auteur du _Journal_: celle-ci doit être remarquée: «_Quant à M. de la

Fayette, bien des gens demandent pourquoi il veut être de tout étant

intrinséquement si peu de chose_.»

Ces mesures contre les protestataires bretons sont diversement jugées.

«Le baron de Breteuil, las de signer des ordres dont l'exécution devient

si funeste au peuple, si fâcheuse pour le Roi», est résolu à se retirer.

«J'ai été avec lui dîner à Saint-Cloud. Il m'a parlé de sa retraite

comme en ayant balancé avec prudence tous les inconvénients, avec ceux

de tirer une charrue trop mal attelée. Les dépenses faites à Dangu ont

gêné la fortune de M. de Breteuil, mais il restreindra sa dépense. Il

espère que Mme de Matignon renoncera aussi volontiers que lui aux

charmes du souverain pouvoir. En cela je crains qu'il ne s'abuse...

«L'archevêque de Sens a été à neuf heures du soir au Petit Trianon. Le

Roi l'y a suivi de près; mais, pendant que le principal ministre a été

enfermé dans le cabinet de la Reine, le Roi est resté dans le salon.

Lorsque la Reine y a paru, il était clair qu'elle venait de pleurer. Ses

chagrins ne touchent pas malheureusement à leur terme et ses vrais

serviteurs croyent qu'elle s'en est ménagé de nouveaux en se faisant

admettre aux Comités, parce que depuis que l'on sait dans le public

qu'elle y assiste, on lui impute toutes les décisions sévères qui s'y

prennent». Bombelles, en l'espèce, a vu clair; cette impression des

contemporains se perpétuera, plus ou moins justement.

De nouvelles rigueurs se préparaient cependant contre dix-huit députés

qui allaient se rendre à Paris; dix-huit lettres de cachet étaient

expédiées pour les empêcher de venir. Que va-t-il advenir de

l'archevêque et de son frère dans cette crise qui menace tous les

ministères?

Bombelles a rencontré son vieil ami Esterhazy, qui si souvent s'est

entremis pour lui, il vient de causer une heure avec lui le 21 juillet,

il a noté son impression dont nous garderons surtout les détails sur la

Reine.

Esterhazy faisait partie du Conseil de la Guerre; il en prônait «un

réellement stable et à l'abri des fluctuations, où l'on ne se bornât

pas à lire rapidement une besogne faite sans l'avis d'aucun des membres

du conseil, dont M. de Guibert fût le despote» et «où le duc de Guines

ne vît que comme un échelon plus certain pour le porter au Ministère de

la Guerre».

«Ne pouvant seul parer à ces abus, il s'est mis à couvert des résultats

en protestant contre tout ce qui se faisait sans sa participation. Il

n'a donné cette protestation qu'après l'avoir lue à la Reine, et être

bien certain que le Roi en avait connaissance. Cela fait, il a prié

qu'on agréât sa démission; mais Leurs Majestés n'ayant pas voulu

l'accepter, il s'est retranché pour le courant des délibérations

derrière sa protestation et s'est attaché particulièrement à la partie

des hôpitaux militaires qui lui a été confiée. Son opposition n'a point

déplu à la Reine qui continue à la traiter avec la plus grande bonté, et

qui disait il y a peu de temps à Mme la duchesse de Polignac: «_Je ne me

connais que deux véritables amis dans le monde, c'est vous et le comte

Esterhazy_.» On conçoit que le comte Valentin, fier de cette confidence,

se soit empressé d'en faire part à Bombelles. Celui-ci, nous le savons,

admirait fort l'intelligence et le dévouement à ses amis que témoignait

Esterhazy, il avait à se louer des bons offices du colonel hongrois, il

ne lui venait pas à l'idée que sa conduite en toute occasion pût être

autre chose que désintéressée. Nous avons vu ailleurs[28], nous verrons

dans un chapitre postérieur que, si Esterhazy était capable de sincère

et grand dévouement à un moment donné, il partageait avec les autres

hommes ce défaut commun de ne pas négliger ses intérêts chaque fois

qu'il en trouvait l'occasion.

[28] Voir _Fantômes et Silhouettes_.

Sur la situation politique la Reine avait donné aussi ses impressions à

Esterhazy. «Sa Majesté, continuait Bombelles, confiait à ce loyal favori

il n'y a pas plus de quatre jours, en se promenant avec lui à Trianon,

combien elle était malheureuse d'avoir choisi pour ministre principal un

homme qui, désigné comme doué d'un mérite éminent, se rendait odieux à

la nation; combien il était cruel pour elle de se voir détestée en ne

voulant que le bien de la France; de voir en même temps son fils aîné

dans le plus triste état et son frère humilié dans tous ses projets.

«Connaissez-vous, ajouta-t-elle, une femme plus à plaindre que moi!»

Et Bombelles qui a oublié ses anciens griefs contre la Reine--longtemps

soupçonnée par lui d'avoir, pour raisons autrichiennes, entravé ou au

moins retardé son avancement de diplomate--Bombelles, en veine de

dévouement attendri, ajoute cette phrase: «Il est aisé de concevoir

combien cette princesse, foncièrement bonne et aimable, doit souffrir de

tant de chagrins réunis.»

Avec sa femme, le marquis est allé à Beauregard rendre visite au marquis

de Sérent que les affaires de Bretagne menacent de dépouiller de ses

fonctions de gouverneur auprès des fils du comte d'Artois. Il a trouvé

les Sérent assez ennuyés et dépités, pas encore découragés, car ils

savent le frère du Roi décidé à les défendre. Le lendemain 22 juillet,

«Mgr le comte d'Artois a eu une prise très vive avec Mgr l'archevêque de

Sens, relativement à M. le marquis de Sérent. L'archevêque lui ayant dit

qu'on pourrait trouver un autre homme pour élever Mgrs les ducs

d'Angoulême et de Berry, Mgr le comte d'Artois lui a répondu que

l'estime qu'il avait pour le gouverneur de ses enfants ne lui permettait

pas de les confier en d'autres mains, et qu'ils suivraient le marquis de

Sérent dans l'exil qu'on ordonnerait et que c'était à Mgr l'archevêque

de Sens à voir s'il voulait outrer assez les choses pour exiler, par

contre-coup, les petits-fils de France».

Ainsi monté, le prince court chez le Roi chez qui il reste trois quarts

d'heure en conversation. «Il en est sorti fort rouge, mais, en somme,

ayant gain de cause, puisqu'il paraît décidé que l'on ne sévira pas

autant qu'on le voulait dans la personne du marquis de Sérent. Mais on

ne sait pas positivement s'il est exilé à Beauregard ou s'il a

simplement défense de paraître à la Cour.»

Les événements de Dauphiné ne laissent pas d'inquiéter aussi. «Le

maréchal de Vaux[29] qu'on y a envoyé est personnellement respecté; mais

ayant voulu exercer les pouvoirs que la grande patente de commandement

donne sur le civil comme sur le militaire, on lui a observé que les

bourgeois ne pouvaient être soumis à l'autorité que d'après

l'enregistrement de sa grande patente, et que le Parlement ne pouvant

s'assembler, cet enregistrement était impossible à effectuer. Il a fallu

en conséquence renvoyer à Grenoble M. de Tonnerre qui en revenait et

n'était plus qu'à vingt lieues de Paris. On réglera le pouvoir de ces

deux commandants, ou on ne réglera rien, laissant aller tout cela comme

cela pourra aller[30]».

[29] Noël de Jourdan, comte de Vaux, né en 1705, entré au service

en 1724. Après des services éclatants surtout pendant la guerre

de Sept Ans, il devint lieutenant général en 1759, commanda en

chef dans la Corse, soumit l'île en trois mois; maréchal en 1783,

mort en 1788. Le général Canonge lui a consacré une étude

militaire très fouillée (Le _Carnet_, 1905).

[30] La vérité est que le maréchal de Vaux dut transiger pour

rendre aux Dauphinois leurs Etats particuliers. Voir la note plus

loin.

Chacun s'agite et se trouble des événements provinciaux, dont la

répercussion peut être immense; on commente la retraite de M. de

Breteuil, que Bombelles n'est pas sans sentir très vivement. Le marquis

a été questionné chez le Nonce où il a dîné avec les ambassadeurs, et il

n'a pu que confirmer une nouvelle maintenant vraie. «J'ai passé la

soirée avec M. le baron de Breteuil, écrit-il le lendemain 23, à

Saint-Cloud. Il est aussi calme, aussi touchant, aussi noble que ferme

dans sa résolution; avant de remettre sa démission, il désirait d'en

prévenir la Reine qui lui a refusé une audience par une lettre faite

pour raviser un des meilleurs serviteurs qu'aura jamais cette Princesse.

Il lui a répondu dans les meilleurs termes sans insister pour la voir,

et en prenant congé d'elle par écrit.

«La Reine s'est ravisée, car le lendemain, ayant quitté dès le matin son

pavillon du Mail, Breteuil s'est rendu à Versailles, et là il reçoit une

lettre obligeante de la Reine qui lui donne audience entre une heure et

deux au Petit Trianon.

«M. de Breteuil s'est rendu avant au lever du Roi et lui a remis sa

démission. Le Roi a écouté avec intérêt et bonté tout ce que le plus

fidèle et le plus zélé de ses ministres lui a dit en se retirant. Au

sortir de cette audience, M. le baron de Breteuil a été faire ses adieux

au principal ministre, au garde des sceaux et aux autres ministres et

secrétaires d'État. Il est entré dans son cabinet avec le calme d'un

homme qui vient de se conduire noblement et qui a bien pesé d'avance ses

démarches.»

Après signature des lettres dont l'expédition ne souffrait pas de délai,

après les adieux «remarquables en amabilité et en raison faits à ses

commis»,--il a cherché à les consoler ainsi que nombre de ses gens qui

fondaient en larmes,--Breteuil est parti pour Trianon avec Bombelles. Il

a rapporté à la Reine les sceaux de sa maison qu'elle lui avait

confiés[31]. Pendant les quelques minutes qu'a duré l'audience,

Marie-Antoinette lui a proposé de rester dans le Conseil, bien qu'il eût

donné sa démission de secrétaire du Roi, mais Breteuil refusa tout en

remerciant avec respect. «La Reine, lorsqu'il s'est retiré, lui a dit de

toujours s'adresser à elle pour tout se qu'il pourrait désirer.»

[31] Laurent de Villedeuil, son successeur, prêta serment dès le

27. C'était un ancien intendant de Rouen qui, un instant, avait

été contrôleur général.

A Saint-Cloud les visites affluent. C'est d'abord le comte de Montmorin,

M. de Lamoignon, des personnages politiques, des gens de Cour... même la

comtesse du Barry. Le vertueux Bombelles éprouve un peu d'humeur à voir

«le ton d'intimité de quelques femmes de la société du baron avec cette

ancienne maîtresse de Louis XV. Elle n'a plus de beauté et n'a pas

acquis, comme on me l'avait pourtant assuré, du maintien». Le soir, la

duchesse de Praslin est venue, «mais elle n'a pas eu avec le ministre

retiré, le ton de gens qu'un mutuel contentement rapproche... Mme de

Bombelles qui avait été obligée de passer la journée à Versailles est

arrivée au pavillon pour souper. M. de Breteuil avait eu l'attention de

l'aller voir en retournant de Trianon à Saint-Cloud. C'est dans ce

moment que n'ayant plus à craindre que l'attendrissement de ses vrais

amis diminuât un peu de sa fermeté que nous nous sommes livrés sans

scrupule à toute notre sensibilité».

Bombelles doit énormément à Breteuil: c'est lui qui a protégé ses débuts

de jeune diplomate, il s'est montré avec constance le conseil dévoué,

l'ami chaud du ménage, il est juste que leurs témoignages de regret et

de considération se montrent à la hauteur des services rendus et de

l'amitié affichée. Mais Bombelles ne se contente pas des démonstrations

verbales, il aime à écrire sa reconnaissance, et son _Journal_ amplifie

encore: «Je perds dans le conseil le seul homme qui eût à cœur d'y

faire approuver ma besogne. Je porterai peut-être la peine de mon

attachement à un ministre dont la conduite est une censure importune de

celle de ses confrères; mais quelque chose qui m'arrive ou puisse

m'arriver en mal, jamais la malice, l'injustice ou les fausses

préventions ne pourront, en me conduisant bien, me faire autant de mal

que l'amitié et les soins paternels de M. le baron de Breteuil ne m'ont

fait de bien. C'est maintenant qu'il connaîtra ceux qui lui sont

véritablement dévoués; c'est maintenant qu'il me sera vraiment doux de

lui consacrer l'hommage d'une juste, mais vive reconnaissance.»

Voilà une vraie profession de foi. Si hyperbolique qu'elle puisse

sembler, Bombelles l'écrit comme il la pense; il donnera plus tard

mainte preuve de son attachement à Breteuil, comme Breteuil ne manquera

pas une occasion de protéger Bombelles, de le pousser dans les voies

politiques jusque dans l'émigration. On appellera Bombelles le Sosie de

Breteuil, parce que leurs actes et leurs dires s'entr'aideront et se

complèteront. Nous verrons même en quoi le fait d'être inféodé à la

politique royaliste de Breteuil aliénera à Bombelles et les faveurs des

Princes et la bonne volonté de ceux qui suivaient leur sillon...

Dans sa tristesse de voir s'éloigner le ministre de la maison du Roi,

Bombelles n'en oublie pas d'autres préoccupations. Au dîner de

Saint-Cloud où sont venus le comte de la Luzerne[32], les ducs de

Saulx[33] et de Céreste[34] et beaucoup d'autres personnes de marque,

chez la maréchale de Duras où le marquis a soupé, tandis que Mmes de

Bombelles et de Louvois se consacrent à Mme de Matignon, le sujet

presque unique de l'entretien est la question de l'assemblée du

Dauphiné. Le maréchal de Vaux ayant dû reculer, il sera difficile de

s'opposer à ce que les Dauphinois gardent la forme ancienne de leurs

Parlements. Deux jours après, des nouvelles complémentaires arrivent.

L'assemblée de Grenoble a déclaré que si le Roi ne retire pas ses édits

elle pourvoiera elle-même «à sauver les peuples des inconvénients de ces

édits. On est partagé sur la conduite du maréchal de Vaux...; cinquante

mille livres ont été donnés à la ville de Grenoble pour réparer les

dommages occasionnés par l'émeute[35]».

[32] Ministre de la Marine.

[33] Charles-François, comte de Saulx, duc héréditaire de

Saulx-Tavannes en 1786, colonel aux grenadiers de France,

chevalier d'honneur de la Reine; émigré, pair de France en 1814;

titre éteint.

[34] Titre ducal héréditaire, concédé en 1764 à Louis-Albert de

Brancas, frère consanguin du duc de Brancas-Villars. Devenu

chambellan de Napoléon Ier, pair de France, grand d'Espagne par

héritage de son cousin le marquis de Céreste, mort sans enfant.

[35] Voir dans l'ouvrage de Todière, le chapitre XI, _Funestes

suites du coup d'Etat du 8 mai 1788_.

Les émeutes que Bombelles ne fait qu'indiquer avaient été fort

graves à Grenoble. On avait rappelé Clermont-Tonnerre, qui n'avait

pas su se faire respecter et qui, pour sauver sa vie menacée par

la hache d'un mutin, avait capitulé. Ce n'était plus seulement une

assemblée de gentilshommes, un corps de magistrats en état de

résistance, c'était une portion de l'armée en état de dissolution,

disposée à passer de l'obéissance à la révolte. Des soldats

étaient gagnés. Comme un officier donnait l'ordre de faire feu, on

entendit ces mots: _Tirerez-vous donc sur vos frères?_ C'était

déjà le début du système des crosses en l'air. Le peuple voulait

fraterniser avec le soldat, bientôt le soldat n'obéirait plus.

Royal Marine se défendit, le régiment d'Austrasie épargna le

peuple.

L'Assemblée des Etats _permise_ par le maréchal de Vaux après

échange de lettres avec le ministère eut lieu non pas à Grenoble,

mais à Vizille. Mounier et Barnave dirigèrent les débats de cette

assemblée où Gon tenait tête au Gouvernement. Celui-ci dut céder

et rendre aux Dauphinois leurs Etats particuliers et suivant leurs

vues: Voir _Mémoires_ de Weber, t. I, et Todière; _Louis XVI_,

etc.

En Béarn il y eut aussi des désordres. Le duc de Guiche, comme

représentant des Gramont, la plus illustre famille du pays, a été envoyé

par le Roi. Un grand nombre de nobles et de paysans allèrent à la

rencontre du duc, avec des démonstrations de joie et de vénération en

portant au milieu d'eux, comme un palladium, le berceau de Henri IV. Le

Béarn ne proclama pas son indépendance comme le faisait craindre l'état

d'exaspération où se montraient ses habitants, mais l'envoyé du Roi

n'obtint pas que les édits nouveaux fussent acceptés.

Les Dernières Années du Marquis et de la Marquise de Bombelles · 第 17 / 45 题