Christine revint à Stockholm le jour marqué. Son retour fut une fête: on
eût dit une jeune reine rentrant dans ses États. Ses amis l'adoraient;
on l'invitait partout. Le deuil récent l'empêchait d'accepter. Sa porte
s'ouvrit à un battant, et elle ne reçut que les intimes: aux yeux de
tous, Georges fut bientôt du nombre. Les amis de la comtesse s'en
effrayèrent tout d'abord: autour d'une jolie femme, l'amitié est presque
aussi jalouse que l'amour. La prudence et la retenue du jeune diplomate
endormirent les soupçons des uns et désarmèrent les défiances des
autres. Mais rien n'échappait à la clairvoyance du baron de Vendel: il
n'y a que les amants aimés qui soient aveugles. Christine contenait mal
son bonheur; il lui échappait de toutes parts.
«Que vous êtes belle! lui dit un jour le baron d'un ton chagrin, plus
belle que jamais, en vérité! vous vous transfigurez!
--En êtes-vous fâché?
--Oui.
--Et pourquoi donc?
--C'est le bonheur qui vous rend belle, et c'est l'amour qui vous rend
heureuse!
--Je retrouve là votre ancienne idée: l'amour est le fard de la
femme....
--Je vous aimais mieux quand vous n'en mettiez pas.»