CHRISTINE

I

Le lac Mélar, dont les longs bras projetés dans toutes les directions

font communiquer l'intérieur de la Suède avec la mer Baltique, offre,

pendant les belles journées d'hiver, un assez curieux spectacle.

Pénétrant par mille canaux la ville bâtie sur ses flots mêmes, il

devient, dès que le froid décembre l'a couvert d'une couche de glace

unie et transparente, le boulevard de Gand, le Hyde-Park, le bois de

Boulogne et le Prater de Stockholm: c'est le rendez-vous de la fashion

suédoise, et l'étranger peut en deux heures y passer la revue complète

des merveilleux et des élégantes de cette gracieuse capitale. Le beau

golfe, qui s'incline et s'arrondit vers l'orient, est pour la ville de

Charles XII--cette Venise du Nord--ce que le Grand-Canal est pour la

cité des doges. On s'y rassemble, on s'y promène, on y flâne, on y

patine. Tout Stockholm est là de deux heures à quatre, comme tout Paris,

de quatre à six, est au Lac ou à la Cascade.

En 184., par une radieuse après-midi de février, un traîneau lancé à

toute vitesse franchissait la place des Chevaliers, sur laquelle on

n'avait pas encore élevé la statue du roi Charles-Jean XIV, et laissant

à sa droite le noble palais de _Riddarhus_, débouchait au galop sur le

lac, à l'endroit même où l'un de ses bras s'infléchit comme pour enlacer

la ville dans sa molle étreinte.

Deux jeunes gens, enveloppés de fourrures, étaient assis à l'arrière du

traîneau.

«Que c'est donc beau, chevalier! dit l'un d'eux en se soulevant pour

mieux embrasser dans son ensemble la vaste étendue; il me semble que

j'ai pour la première fois l'idée de la blancheur; cette nappe uniforme

de neige amoncelée m'attire, m'éblouit, et m'attire encore. Elle donne à

l'atmosphère je ne sais quelle éclatante sérénité; je n'avais pas encore

vu cette lumière pure que tout répercute et que rien n'altère. C'est

vraiment beau!

--Mon Dieu! reprit l'autre, je sais bien que cela ne vaut pas Paris.

Rien ne vaut Paris, mon cher comte! mais je conviens pourtant que ce

premier coup d'œil a bien son charme.

--Je connais toutes les grandes villes d'Europe, reprit le premier

interlocuteur, et je vous déclare que je n'ai jamais admiré un plus

magnifique spectacle.

--Alors je suis heureux d'avoir pu vous l'offrir comme bienvenue à votre

arrivée parmi nous. Vous autres diplomates, vous êtes un peu gâtés:

vous prenez la fleur de tout, et quand elle est cueillie, vous partez.»

Le jeune homme sourit et ne répondit rien. C'est une habitude prudente,

qui ne compromet jamais: il l'avait prise avec un élève de M. de

Tallayrand dans sa première chancellerie.

Le comte s'appelait Georges de Simiane. Longtemps attaché à la légation

française près d'une petite cour d'Allemagne, il venait de passer en

qualité de secrétaire à l'ambassade de Suède. Arrivé à Stockholm depuis

deux jours seulement, il avait eu la bonne fortune de retrouver le matin

même une de ses plus aimables relations d'autrefois dans le chevalier

Axel de Valborg, chambellan du roi, qui avait été reçu tout un hiver à

Paris chez la mère de Georges, Mme la marquise de Simiane.

Ceux qui n'ont pas vécu dans les pays du Nord ne savent pas quelle vie

nouvelle leur apporte chaque hiver. Pendant de longues semaines, en

flocons drus et serrés, la neige tombe.... ou plutôt elle est si

abondante et si compacte, que l'on ne sait vraiment pas si elle tombe.

Vous marchez au sein d'un nuage de duvet froid; vous êtes enveloppé dans

un tourbillon blanc; à chaque pas que vous faites, il semble se

resserrer autour de vous et vous enlacer dans des entraves cotonneuses

et glacées. Le sol, sous vos pieds, c'est la neige; le ciel, sur vos

têtes, c'est encore la neige--toujours la neige. Il n'y a plus au monde

qu'un élément: la neige! C'est alors vraiment qu'il faut plaindre le

voyageur. L'instinct le conduit bien plus que la raison: il marche au

hasard, à demi aveuglé; ses chevaux, baissant tristement la tête et ne

pouvant plus retrouver la piste accoutumée, vont comme on les pousse,

sans savoir où; si vous vous arrêtez, si vous détournez les yeux, si

vous vous accordez une distraction d'un instant, vous ne retrouverez

plus votre route incertaine; vous êtes perdu! L'oreille, qui cherche en

vain à saisir une vibration dans l'air muet, s'effraye de ce calme

lugubre, symbole de la mort. La neige tombe sans bruit, et le pas mat

s'amortit dans une ouate molle.... Seulement, de temps en temps, un

corbeau secoue dans l'espace blanc ses ailes sombres et pesantes, et

mesure, par un croassement lugubre, les intervalles de ce silence plein

d'angoisse.

Mais quand la neige a tombé pendant bien longtemps, quand la plaine, la

montagne et les bois ont reçu leur parure d'hiver, la scène change

d'aspect. Une nappe partout égale, immense, s'étend sur la nature

uniforme; les vallées sont remplies, les montagnes abaissées; un seul

niveau passe sur le pays tout entier. La Suède n'est plus qu'une vaste

plaine, déroulant d'horizon en horizon, pendant cinq cents lieues, ses

perspectives infinies. Quand, vers midi, la brume, roulée par un vent

léger, s'écarte; quand rien ne trouble la transparence bleue de l'éther,

le soleil, sur la neige immaculée, resplendit avec un incomparable

éclat. Il y a je ne sais quelle gaieté légère dans l'air vif et sec, et

les rayons qui se brisent sur la surface brillante projettent dans

l'atmosphère sereine une lumière éblouissante. La scène change d'aspect

quand on entre dans les bois. La tête brune des grands sapins est

poudrée à frimas; leurs bras longs et maigres accrochent la neige au

passage; elle reste attachée aux rameaux, çà et là, comme les flocons

d'une toison déchirée. Les longues aiguilles des pins se recouvrent de

cristallisations diamantées, et des girandoles de glaçons, étincelantes

pierreries de l'écrin des hivers, courent d'un arbre à l'autre, comme

les pendeloques d'un lustre constellé, reflétant mille feux dans les

facettes de leurs prismes. Dans les environs de Stockholm, ces grands

spectacles prennent un caractère plus étrange encore. La civilisation,

dont cette ville élégante est un foyer ardent, se mêle à la nature, et

l'homme anime de sa présence et de sa joie la scène magique du paysage.

Le jour où commence ce récit, la ville entière semblait se répandre sur

son beau lac, dont la glace éclatante était à chaque instant sillonnée

de traîneaux et de patineurs, qui l'effleuraient par essaims rapides.

Les petites îles posées sur les rochers, et qui, pendant la saison

d'été, ressemblent de loin à des bouquets de fleurs dans des coupes de

granit et de porphyre, opposaient gaiement le contraste de leur verdure

foncée à la blanche monotonie de la plaine trop égale.

Un de ces îlots, situé à un quart de lieue de Stockholm, était entouré

d'une foule compacte et un peu bruyante. Du côté de la ville, il

s'échancrait en un croissant profond, dont les extrémités étaient

garnies d'une double rangée d'épicéas noirs et de laryx argentés, mêlés

de quelques saules aux bourgeons bruns sur des rameaux d'un vert pâle.

Cette petite anse abritée servait d'arène favorite aux patineurs, qui

venaient faire assaut de grâce et d'agilité, devant une élite de juges

coiffés jusqu'aux yeux et cravatés jusqu'aux oreilles.

Quelques femmes, descendues des traîneaux et appuyées aux bras de leurs

cavaliers servants, brillaient au premier rang et suivaient d'un œil

inquiet, comme on ferait chez nous les péripéties d'un steeple-chase,

les passes et les voltiges de cinq ou six virtuoses qui, dans leurs

jeux, décrivaient mille courbes, dessinaient des arabesques, brodaient

des festons, inventaient des figures, et, au milieu de leurs entrelacs

sans fin, traçaient rapidement des chiffres mystérieux, plus rapidement

effacés. Un jeune officier aux gardes, rose et blond comme un chérubin,

attirait particulièrement l'attention des belles promeneuses. Rien

n'égalait la souplesse et la force de ses muscles d'acier: il glissait à

travers mille obstacles sans s'y heurter jamais, et passait au milieu

des groupes sans effleurer la fourrure d'une pelisse ou la basque d'un

habit. Tout à coup, au plus vif de son élan, il s'arrêta, et, se

redressant sur le talon d'un seul patin, par une série de voiles

précipitées, il traça, sur la glace, qui se fendillait avec de petits

craquements secs, douze ou treize circonférences de même grandeur et se

coupant entre elles avec une régularité parfaite. Un murmure flatteur

s'éleva de toutes parts, et le jeune homme fut salué d'une triple salve

d'applaudissements.

«Et dire qu'_Elle_ n'est pas là! fit-il en se penchant à l'oreille du

chevalier Valborg.

--Voilà son traîneau qui passe, répondit celui-ci; à vrai dire, je

crois qu'il est vide, mais ses chevaux vous ont vu peut-être, c'est déjà

quelque chose.

--Si peu!» reprit l'officier en riant. Et il s'élança de nouveau sur la

glace polie.

Georges avait suivi des yeux la direction du regard de deux Suédois. Il

aperçut dans la distance un traîneau, vide en effet, qui se dirigeait

assez rapidement vers le nord.

Comme le sport du patin n'est pas précisément dans les habitudes de la

diplomatie, le comte de Simiane trouva que ces exercices, fort

intéressants tout d'abord, finissaient par devenir assez monotones, et

il demanda de continuer sa promenade. Le cocher, à qui on ne donna point

d'ordre, suivit la route que le traîneau avait prise avant lui.

Bientôt un point mouvant à l'horizon se détacha, noir sur la neige

blanche. C'était le traîneau qui revenait. Il approchait avec une

rapidité inouïe, et l'on put, au bout de quelques instants, distinguer

le harnachement rouge de quatre poneys noirs, de cette race d'Islande,

la plus petite de l'Europe, mais la plus intrépide, qui couraient comme

le vent. Je me trompe: ils bondissaient plutôt qu'ils ne couraient; leur

sabot soulevait la neige qui les enveloppait d'un tourbillon diaphane.

Leurs yeux brillaient comme des charbons; leurs naseaux soufflaient des

nuages, et ils secouaient, en mordant leur poitrail, leur épaisse et

rude crinière, emmêlée de givre.

Quand les traîneaux se croisèrent, ni l'un ni l'autre ne ralentit son

allure, et c'est à peine si Georges put apercevoir, à demi couchée sur

une peau de renard bleu, une femme qui lui parut jeune. Il ne distingua

point ses traits; mais en la voyant ainsi passer dans son nuage rapide,

il se rappela ces divinités du Walhalla, les walkyries belles et

froides, qui traversent le ciel en emportant les âmes.

«Est-ce que nous allons encore loin? dit M. de Simiane; je crois que

j'ai froid.»

Le chevalier de Valborg lui jeta un regard malicieux et, sans rien

répondre, se contenta de siffler d'une certaine façon--sage économie de

paroles dans un pays où elles pourraient geler en l'air avant d'arriver

à destination. Aussitôt le cocher tourna bride.

«Quelle est cette femme qui vous a salué de la main? demanda le comte au

cavalier.

--C'est la comtesse de Rudden; on l'appelle ici la comtesse Christine.

--Qui, on?

--Tout le monde.

--On s'en occupe donc?

--On s'en préoccupe.... Elle n'est indifférente à personne; et tenez!

vous-même, vous ne l'avez pas même vue.... vous seriez incapable de la

reconnaître....

--Vous croyez?

--J'en suis sûr! et pourtant vous me demandez déjà qui elle est.

--Mettons que je ne vous ai rien demandé.

--Soit! mais sachez que, si l'on s'occupe de la comtesse Christine, ce

n'est pas du tout comme vous l'entendez....

--Mais je vous jure que je ne l'entends d'aucune façon.

--Mme de Rudden est une de ces femmes qui n'ont que des amis!

--C'est ainsi qu'un homme du monde doit parler de toutes les femmes.

--Oui; mais je parle sincèrement.

--Et cet officier aux gardes qui dit: _Elle_?

--C'est un des mille soupirants. Il ne compte pas.

--Cela le regarde; mais il est du moins permis de trouver que votre

comtesse se donne des airs assez étranges, seule dans son traîneau,

emportée au galop sur la neige par quatre petits monstres. Je la tiens

pour une grande artiste: elle entend merveilleusement la mise en scène.

--Elle! c'est la femme la plus simple du monde.

--Chevalier, il n'y a pas de femme simple: la plus naïve est rouée comme

dix hommes. Mais, puisque nous retournons, je serais curieux de la voir.

--C'est précisément ce que je vous disais....

--Je ne comprends plus.

--A peine arrivé, vous voulez faire comme tous les papillons de

Stockholm, vous brûler les ailes à cette belle flamme.

--Rassurez-vous, mon cher chevalier. Il y a longtemps que je n'ai plus

d'ailes. On ne s'en sert pas dans la diplomatie; nous les coupons comme

nos moustaches.

--Alors il y a moins de danger,» dit Axel en riant.

Les deux jeunes gens approchaient de l'îlot des patineurs. L'œil

perçant de Georges avait déjà reconnu le traîneau étroit et allongé de

la comtesse et ses chevaux islandais, qui creusaient la neige d'un pied

impatient. Un petit groupe entourait Mme de Rudden. Elle aperçut les

deux nouveaux venus, qui se tenaient à quelque distance dans la foule.

Son regard glissa légèrement, et pour ainsi dire sans le toucher, sur M.

de Simiane, et il s'arrêta un instant avec une expression d'enjouement

affectueux sur Axel, à qui elle rendit son salut avec un sourire.

Georges, à première vue, lui donna trente ans, la trouva belle, mais la

jugea froide et même un peu hautaine. Sa pâleur était mate et vigoureuse

de teinte, comme celle de l'ivoire, et elle n'avait pas aux pommettes,

comme presque toutes les Suédoises, ces touffes de roses un peu trop

rouges que le froid fait éclore sur la joue. Elle avait relevé son

voile, et des bandeaux bruns à reflets d'or, trop appliqués sur le

front, échappant à la passe étroite du chapeau, coulaient en ondes

molles jusqu'au bas de son visage un peu long. Deux grands yeux, d'un

bleu si foncé que de loin ils paraissaient noirs, animaient sa

physionomie si expressive, même dans le repos. Un gros bouquet d'azalées

rouges était posé sur ses genoux, à côté de son manchon en peau de

cygne. Chacun de ceux qui venaient lui parler témoignait à la comtesse

une respectueuse déférence; elle montrait à tous cette bonne grâce polie

et cette bienveillance courtoise qui est le premier apanage et comme la

marque de la femme bien née.

«Voulez-vous que je vous présente? demanda le chevalier sans plus de

façon.

--Je n'en vois pas la nécessité.

--Vous avez peur?

--Non, malheureusement.

--Pourquoi malheureusement?

--C'est que la peur est le commencement de l'amour, comme de la sagesse,

et la sagesse est une bonne chose, et l'amour aussi!

--Alors, venez!

--Plus tard, si vous y tenez.... vous demanderez pour moi cette grâce à

Mme de Rudden.... mais ici, en plain air.... sans qu'elle ait pu

refuser.... Excusez-moi, chevalier, mais vous savez que je suis un peu

formaliste.

--C'est que vous n'êtes pas encore fait à la simplicité cordiale de nos

mœurs du Nord.... Cela viendra.... et l'amour aussi.»

Il était trois heures. Les nuits d'hiver ne se font point attendre sous

ces latitudes voisines du pôle. La comtesse regagna la ville, et la

foule la suivit comme une escorte.

Georges et le chevalier ne s'y mêlèrent point; ils revenaient

tranquillement, causant et regardant.

Devant eux, Stockholm, fièrement posé sur ses trois îles de granit,

entre le lac Mélar et la mer Baltique, dessinait sa silhouette élégante

sur un ciel de saphir pâle. Les flèches de ses églises, les toits de ses

maisons, la cime de ses palais, répercutaient comme des miroirs les

rayons du couchant, qui se prolongeaient en traînées de feu sur la

neige. Rien n'égale la splendeur de ces magnifiques adieux du soleil aux

trop courtes journées du Nord. L'astre enflammé descend peu à peu avec

une lenteur solennelle. Arrivé au bord extrême de l'horizon, il hésite

et s'arrête, et alors même qu'il a disparu, il reste si près de nous,

que l'on devine toujours sa présence. Cependant le ciel vers l'ouest

garde des teintes plus ardentes: c'est une palette radieuse, où les

nuances les plus riches se fondent et s'embrasent: il n'y a peut-être

que deux couleurs primitives, le rouge et le jaune, mais elles se

mêlent, se pénètrent, s'assortissent et se combinent de manière à nous

présenter dans une chaude harmonie les tons les plus radieux. Cette

lumière, qui naît à l'horizon dans une bande de pourpre foncé, va mourir

au zénith, au milieu de légers flocons orangés, qui ménagent la

transition avec l'azur sombre. Elle se dégrade d'une teinte à l'autre,

et tout à coup se réveille et s'avive, comme une voix qui rejaillit

d'échos en échos, et dont les vibrations se heurtent et se croisent dans

l'air sonore: parfois alors on a deux teintes superposées, dont

l'intensité même semble redoubler par le contraste; parfois de grands

nuages aux aspects étranges, chariots aux roues étincelantes, trônes

d'or, palais aux architectures fantastiques, croulant sous le vent,

s'élèvent de la mer, montent dans le ciel et se détachent vivement sur

ce fond resplendissant d'or et de feu. On comprend alors qu'en face de

ces spectacles sublimes Odin ait placé dans les nuages le paradis des

héros.

Cependant les derniers rayons s'évanouissent, les splendeurs s'effacent,

le ciel s'éteint, les touffes de lilas remplacent les bouquets de roses;

aux teintes fauves de l'or rutilant succèdent les délicates pâleurs de

l'argent; enfin, c'est le tour de la nuit, nuit sereine et limpide,

dont l'ombre même a des reflets de perle, irisés de la lueur lactée des

opales.

Georges était poëte à ses heures, et cette grande scène fit sur lui une

impression que peut-être il ne se croyait plus capable de ressentir.

L'homme qui se connaît le mieux a toujours dans son cœur des replis

secrets où la lumière ne pénètre point tous les jours. Et puis, à son

insu, le regard profond de la comtesse le suivait toujours; il se

surprit même, une fois ou deux, à chasser son souvenir. Mais comme, en

sa qualité de diplomate, il était de ceux qui prétendent que la parole a

été donnée à l'homme pour cacher sa pensée, il se garda bien de révéler

sa préoccupation naissante.

Les deux amis dînèrent ensemble dans un club, et allèrent le soir au

Grand-Théâtre, où l'opéra, trois fois par semaine, réunit la société

aristocratique de Stockholm. Georges lorgna dans toutes les loges. Il ne

découvrit point Mme de Rudden.

Christine(#35766) · 第 13 / 39 题