«Paris, 6 septembre 1834,
»Mon cher Alfred,
»Votre pauvre ami est à Paris.--Je suis allé chez vous demander de
vos nouvelles; on m'a dit que vous étiez à la campagne. Si j'avais
eu le temps, je serais allé vous embrasser, mais comme je suis ici
pour peu, je vous embrasse par cette feuille. Je ne sais combien de
jours encore je resterai à Paris; vous savez que je suis obligé
d'obéir à ma petite bourse, et celle-ci me commande déjà le
départ.--Adieu.--Si je puis vous voir à Paris, je serai heureux; si
je ne puis, envoyez-moi un baiser, vous aussi, sur un petit bout de
papier. Hôtel d'Orléans, n° 17, rue des Petits-Augustins.--Adieu,
mon bon, mon sincère ami, adieu.
»Votre très affectionné ami,
»PIERRE PAGELLO.»
Alfred de Musset, dans _Une Bonne Fortune_, raconte un des incidents de
son séjour à Bade[22]. Après un mois de promenades et de distractions
variées, entremêlées de travail, Alfred de Musset songea au retour; son
amour, qu'il pensait calmer par l'absence, n'avait fait que s'exalter.
Le 10 octobre, il passe à Strasbourg, et dès son arrivée à Paris, le 13,
il écrit à George Sand, encore à Nohant: «Mon amour, me voilà ici; tu
m'as écrit une lettre bien triste, mon pauvre ange, et j'arrive bien
triste aussi. Tu veux bien que nous nous voyions! Et moi, si je le
veux!...» Quelques jours après, George Sand venait le rejoindre.
Pagello n'était pas encore parti, mais ce double retour le décida bien
vite à reprendre le chemin de Venise, non sans avoir adressé une lettre
d'adieu à son ami Alfred Tattet, en lui recommandant le silence: