«Venise, 7 juin 1834.
»Mon cher ami,
»Je me suis hâté de faire votre commission et je me suis assuré que
les deux caisses de bouteilles sont déjà sur la route de
France.--S'il n'arrivait rien au contraire, écrivez-moi et je vous
servirai.--Madame G. (George) vous salue cordialement; elle va bien
de santé et se divertit suffisamment, pour le peu qu'offre Venise
en comparaison de Paris.--Adieu, bon ami; notre amitié d'un jour
semble celle de deux années; peut-être nous verrons-nous à
Paris.--Je ne sais vous dire ni quand ni comment, je sais que nous
nous reverrons.--Si vous voyez Alfred de Musset, embrassez-le pour
moi.
»Adieu, adieu, votre sincère
»PIERRE PAGELLO.»
Pendant que s'échangeaient toutes ces lettres, on s'occupait d'Alfred de
Musset et de George Sand à Paris beaucoup plus qu'ils ne l'auraient
désiré. Le brusque retour du poète sans sa compagne avait prêté à des
récits fort éloignés de la vérité: ne sachant rien, on inventait. Les
premières semaines, confiné dans sa solitude volontaire, Musset ignora
ce qui se disait; mais, dès sa rentrée dans le monde, ces méchants
propos parvinrent à ses oreilles. Ce fut Buloz qui, sans le savoir,
éveilla ses soupçons. Alfred de Musset donna le démenti le plus formel à
tous ces mensonges et défendit énergiquement George Sand. Mais les
insinuations malveillantes de Gustave Planche avaient fait leur chemin;
malgré ses efforts, Musset ne put imposer silence aux calomniateurs. De
leur côté, les amis de George Sand avaient jasé à tort et à travers, et
quand on sut qu'elle allait revenir avec le troisième complice, avec
Pagello, ce fut un véritable scandale.
[Illustration]