XII

_Projet d'adresse au Roi présenté par la commission_[37].

[Note 37: Cette commission était composée de MM. Passy (Hippolyte),

Debelleyme, Guizot, de Jussieu, Etienne, Thiers, Mathieu de la Redorte,

de la Pinsonnière, Duvergier de Hauranne.]

Séance du 4 janvier 1839.

Sire,

La Chambre des députés se félicite avec vous de la prospérité du pays.

Cette prospérité se développera de plus en plus au sein de la paix que

nous avons maintenue, et dont une politique prudente et ferme peut seule

nous garantir la durée.

Sous un gouvernement jaloux de notre dignité, gardien fidèle de nos

alliances, la France tiendra toujours dans le monde et dans l'estime des

peuples le rang qui lui appartient et dont elle ne veut pas déchoir.

Votre Majesté espère que les conférences reprises à Londres donneront de

nouveaux gages au repos de l'Europe et à l'indépendance de la Belgique.

Nous faisons des voeux sincères pour un peuple auquel nous lie

étroitement la conformité des principes et des intérêts. La Chambre

attend l'issue des négociations.

Vous nous annoncez, Sire, qu'en vertu d'engagements pris avec le

saint-siége, nos troupes sont sorties d'Ancône. Nous avons donné

d'éclatants témoignages de notre respect pour les traités, mais nous

regrettons que cette évacuation ne se soit pas effectuée en des

circonstances plus opportunes et avec les garanties que devait stipuler

une politique sage et prévoyante.

Un dissentiment a éclaté entre votre gouvernement et la Suisse. Nous

désirons qu'il n'ait point altéré les rapports de vieille amitié qui

unissaient les deux pays, et qu'avaient encore resserrés les événements

politiques de 1830.

C'est avec une profonde douleur que nous voyons l'Espagne se consumer

dans les horreurs de la guerre civile. Nous souhaitons ardemment que le

gouvernement de Votre Majesté, en continuant de prêter à la cause de

la reine Isabelle II l'appui que comportent les intérêts de la France,

emploie, de concert avec ses alliés, toute son influence pour mettre un

terme à de si déplorables excès.

La Chambre, vivement émue des malheurs de la Pologne, renouvelle ses

voeux constants pour un peuple dont l'antique nationalité est placée

sous la protection des traités.

Les outrages et les spoliations que nos nationaux ont subis au Mexique

réclamaient une satisfaction éclatante. Votre gouvernement a dû

l'exiger, et le brillant fait d'armes de Saint-Jean-d'Ulloa, en couvrant

notre armée d'une nouvelle gloire, est un juste sujet d'orgueil pour

la France. Elle a vu avec bonheur, Sire, un de vos fils partager les

dangers et les succès de nos intrépides marins.

Nous nous applaudissons avec Votre Majesté de l'état satisfaisant de nos

possessions d'Afrique. Nous avons la ferme confiance que cette situation

s'améliorera de jour en jour, grâce à la discipline de l'armée, à la

régularité de l'administration et à l'action bienfaisante d'une religion

éclairée.

Votre Majesté nous avait annoncé, dans une des précédentes sessions, que

des propositions relatives au remboursement de la dette publique nous

seraient présentées dès que l'état des finances le permettrait. La

situation de plus en plus favorable du revenu public nous donne le

droit d'espérer que le concours de votre gouvernement ne manquera pas

longtemps à cette importante mesure.

Les besoins de nos colonies et de notre navigation seront l'objet de

toute notre sollicitude. Nous nous appliquerons à les concilier avec les

intérêts de notre agriculture, dont le développement est d'une haute

importance pour la prospérité du pays.

La Chambre examinera avec le même soin les projets de loi destinés

à réaliser les promesses de la Charte et à introduire de nouveaux

perfectionnements dans la législation générale, ainsi que dans les

diverses branches de l'administration publique. Nos voeux appellent

aussi le projet de loi relatif à l'organisation de l'état-major général

de l'armée.

Sire, la France entière a salué de ses acclamations la naissance du

_Comte de Paris_. Nous entourons de nos hommages le berceau de ce jeune

prince accordé à votre amour et aux voeux les plus chers de la patrie.

Élevé, comme son père, dans le respect de nos institutions, il saura

l'origine glorieuse de la dynastie dont vous êtes le chef, et n'oubliera

jamais que le trône où il doit s'asseoir un jour est fondé sur la

toute-puissance du voeu national. Nous nous associons, Sire, ainsi que

tous les Français, aux sentiments de famille et de piété que cet heureux

événement vous inspire comme père et comme Roi.

Pourquoi, Sire, au moment où s'élèvent nos actions de grâces,

sommes-nous appelés à déplorer avec vous la perte d'une fille chérie,

modèle de toutes les vertus! Puisse l'expression des sentiments de la

Chambre entière apporter quelque soulagement aux douleurs de votre

auguste famille!

Nous en sommes convaincus, Sire; l'intime union des pouvoirs, contenus

dans leurs limites constitutionnelles, peut seule fonder la sécurité

du pays et la force de votre gouvernement. Une administration ferme,

habile, s'appuyant sur les sentiments généreux, faisant respecter

au dehors la dignité de votre trône et le couvrant au dedans de sa

responsabilité, est le gage le plus sûr de ce concours que nous avons

tant à coeur de vous prêter. Confions-nous, Sire, dans la vertu de nos

institutions; elles assureront, n'en doutez pas, vos droits et les

nôtres; car nous tenons pour certain que la monarchie constitutionnelle

garantit à la fois la liberté des peuples et cette stabilité qui fait la

grandeur des États.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 4) · 第 30 / 76 题